• The Osterman weekend, Sam Peckinpah, 1984

    The Osterman weekend, Sam Peckinpah, 1984 

    C’est la deuxième fois que Peckinpah aborde le genre du film d’espionnage après The killer elite. Cette fois il s’agit d’adapter le roman à succès d’un auteur qui est en train de monter. Cet auteur va devenir de plus en plus célèbre, puisque c’est lui qui va créer le personnage de Jason Bourne. Il se tient sur cette crête du récit d’espionnage qui s’attache plutôt au fonctionnement glauque des agences d’Etat, qu’à décrire une réalité tangible et bien documentée. Ces récits sont le plus souvent guidés par une paranoïa non dissimulée, mais ça convient très bien à Peckinpah. Ce sera son dernier film. Au moment de réaliser ce projet, il est déjà très malade, conséquence des excès de boisson et de cocaïne sans doute. Mais il arrivera tout de même à boucler le projet, preuve qu’il était aussi un grand professionnel. Il a même trouvé le temps pour se disputer avec ses producteurs.  

    The Osterman weekend, Sam Peckinpah, 1984

    Dans des conditions obscures, Lawrence Fassett a découvert sa femme morte dans son lit. Un film atteste du fait qu’elle aurait été assassinée par des tueurs du KGB. Fou de douleur, il ne rêve que de se venger de Maxwell Danforth, le chef de la CIA, qu’il considère comme le véritable ordonnateur de ce meurtre. Comme il travaille lui-même pour la CIA, il va monter un plan en plusieurs étapes pour arriver à ses fins. Le premier point consiste à convaincre  d’abord Danforth lui-même qu’il existe un réseau Omega qui travaille pour les Russes, puis ensuite John Tanner, un présentateur très connu que ses amis sont en réalité des agents Russes et qu’il convient de les éliminer ou de les retourner. A l’aide de films et de documents, il arrive à les convaincre. Tanner doit inviter Osterman, un puissant producteur mais aussi un grand expert en arts martiaux, Richard Treymaine, un toubib un peu véreux, et Cardone qui viendront tous les deux avec leur femme. Fassett, avant que le week-end démarre investit les lieux et truffe la maison de caméras et de micros. Le week-end va se passer plutôt mal, notamment parce que les « amis » passent leur temps à régler les vieux comptes. Mais peu à peu les invités commencent à comprendre qu’ils ne sont pas là pour s’amuser. Devant l’étrangeté de la situation, Treymaine, Cardone et leurs femmes, vont prendre la fuite au bord d’un véhicule qui appartient à Tanner. La femme de Tanner et son fils prennent aussi la fuite. Tanner qui veut rencontrer Fassett pour avoir des explications est suivi par Osterman qui commence à comprendre que des choses louches se passent. Fassette fait sauter le véhicule où les fuyards se sont réfugiés. Tanner et Osterman se battent, mais c’est aussi l’occasion pour eux d’avoir une explication, et ils comprennent qu’ils ont été manipulés, que Omega n’existe pas et que les amis de Tanner n’ont jamais été des espions. Fassett a enlevé sa femme et son fils, il exige pour leur libération que Tanner invite Danforth dans son émission Face to Face, émission où il se propose de dénoncer le chef de la CIA. Entre temps Danforth et son adjoint ont compris que Fassett était un dangereux manipulateur qui avait tout inventé pour assouvir sa soif de vengeance. Ils lancent la chasse après lui. Fassett se moque bien de mourir, mais il poursuit le but de dénoncer. Il pense avoir toutes les cartes en main, mais c’est sans compter sur la malice de Tanner et Osterman. Ceux-ci vont en effet truquer l’émission qui ne se passera pas en direct, et s’ils piègent bien Danforth en le mettant devant ses contradictions, cela va laisser le temps à Tanner de retrouver Fassett et de l’abattre. Il récupérera ainsi sa femme et son fils.

     The Osterman weekend, Sam Peckinpah, 1984 

    Danforth se laisse convaincre par Fassett de détruire Omega 

    C’est un scénario particulièrement dense. Mais ce qui est le plus frappant, ce n’est pas l’intrigue elle-même et les retournements de situation. C’est plutôt l’ambiance. Il y a deux éléments dominants, d’abord une présentation acerbe des relations d’amitiés dans la bourgeoisie américaine. Le week-end tourne au grand déballage entre les amis. Les insultes et les coups sont au rendez-vous, et les femmes ne sont pas les dernières. La femme de Tanner est particulièrement teigneuse, et ne fait rien pour montrer combien elle déteste ces « amis » qui empiètent sur ses droits de contrôler « son » mari. Elle représente la volonté féminine de prendre le pouvoir et de le garder. Les deux autres femmes ne sont pas en reste et regardent d’un air très supérieur leurs compagnons.  Mais si les uns et les autres se détestent c’est parce qu’ils ne supportent pas les défauts qu’ils voient chez les autres mais qu’ils sont incapables de voir chez eux. Tanner déteste le c ôté escroc de Treymaine, Cardone hait littéralement le chien de Tanner. Mais tous détestent Tanner qui est un personnage public très populaire. C’est du Claude Sautet façon Vincent, François, Paul et les autres, en plus violent évidemment. L’autre point c’est l’affrontement quand Tanner et ses amis sont traqués comme des bêtes par les hommes de Fassett. Là on se croirait carrément dans The Most Dangerous Game. Même si Fassett ne suit l’évolution du jeu – d’ailleurs le terme sera employé à la fois par Fassett et par Tanner- que par écrans interposés, c’est une chasse sanglante qui doit se terminer par la mort du vaincu. Et donc il vient que même si le film est sensé se passer à une époque hypermoderne où le progrès technologique domine les êtres humains, les ressorts de l’action et des passions humaines restent les mêmes. Il y a un côté horrifique dans ce film qui se marie très bien avec la paranoïa du thème et du réalisateur.

    The Osterman weekend, Sam Peckinpah, 1984 

    Tanner va se laisser convaincre par Fassett et accepter d’œuvrer contre ses amis 

    Fassett et son équipe disposent de ce qui se fait de mieux en matière d’appareillage pour espionner, truquer manipuler les individus. On bascule dans le monde d’Orwell, le contrôle social est permanent et utilise l’image et le mensonge : qui contrôle les images contrôlera le monde. La fin sera très explicite puisque nous voyons que si on veut retrouver son libre arbitre, il est conseillé d’éteindre sa télévision. Peckinpah est un homme du passé, et on ne s’étonnera pas qu’il s’élève avec colère contre l’envahissement de la technologie dans notre quotidien. On verra Fassett se délecter de la possibilité d’espionner ce qui se passe dans les chambres à coucher entre les amants. Mais ce voyeurisme est également le fait de Tanner, il se surprend à aimer ça ! Il lui faudra de la force de caractère pour se détacher de ce spectacle. L’individu se trouve écrasé, aussi bien par l’organisation du pouvoir et ses mensonges mis en scène, que par l’argent qu’il cherche en permanence à se procurer pour accroître sa consommation de drogue, d’objets ou pour accroitre son pouvoir. C’est l’œuvre d’un anarchiste, car elle dénonce aussi le pouvoir en tant que tel. Nous verrons vers la fin du film le très froid et méthodique Danforth basculer et perdre la maîtrise de ses nerfs en tentant de présenter son travail comme important pour la sécurité. C’est un vieux thème du roman d’espionnage qui remonte au moins à John Le Carré : les bureaucraties pour survivre ont besoin de s’inventer un ennemi. Et plus cet ennemi est monstrueux, et plus leur pouvoir se concentre et se justifie. C’est une des raisons qui font que l’ennemi ne doit jamais être vraiment terrassé. On le voit aujourd’hui encore quand, alors que le communisme s’est effondré à la fin des années quatre-vingts, on en est à réveiller les vieilles craintes d’une agression russe, sauf qu’aujourd’hui il est bien difficile de justifier cela par la nécessité de lutter contre les « rouges ». 

    The Osterman weekend, Sam Peckinpah, 1984 

    Tanner repasse en boucle les vidéos qui prouvent la trahison de ses amis 

    La réalisation est à la hauteur du projet. Une large partie des séquences est faite des images de mauvaise qualité qu’on visionne à travers les appareils d’espionnage. Tous ces écrans qu’on trouve de partout dans la maison de Tanner sont des appareils destinés à violer l’intimité, donc à nier l’individu, à le rendre obéissant. Ce film ayant été tourné il y a plus de trente ans, on voit les progrès que nous avons faits avec le numérique. Cette dictature de l’image est pire encore aujourd’hui, sauf que plus personne n’est capable de la maitriser, c’est c e qui se passe déjà quand justement Tanner va renverser le principe actif et manipuler à son tour à la fois Danforth et Fassett. Tout cet aspect est filmé à la manière d’un documentaire, sans apprêt. Le meurtre de la femme de Fassett est vu à travers des images abimées et déformées, capturées par une caméra médiocre. Mais c’est justement une manière de prendre une distance d’avec cette réalité. Et puis bien évidemment puisque nous sommes chez Peckinpah, il y a des scènes d’action et de violence extrêmement intéressantes. Des poursuites en voitures, jusqu’au scènes de chasse où on verra la femme de Tanner exécuter froidement un agent de la CIA, en passant par les combats, c’est très rythmé, avec un découpage soigné et serré. Pour ce dernier opus, Peckinpah n’avait pas perdu la main. 

    The Osterman weekend, Sam Peckinpah, 1984 

    Osterman et Tanner se battent 

    L’interprétation est plus problématique. John Hurt dans le rôle du larmoyant Fassett ne fait clairement pas le poids, il a l’air de s’ennuyer et parait sans conviction. Il n’est pas bon. Rutger Hauer qui vient de nous quitter, est meilleur, mais il est affublé d’une coupe de cheveu difficile à supporter, parce qu’elle lui donne l’allure d’un mannequin. Plus convaincants estt Craig T. Nelson dans le rôle d’Osterman – il est excellent et dégage une grande force. Il parait que Peckinpah ne s’est pas entendu avec lui à cause de sa moustache postiche ! Et puis il y a Burt Lancaster dans le rôle de Danforth. Il a une présence incroyable et surtout il rend très crédible la perte de contrôle du directeur de la CIA lorsqu’il se trouve confronté à l’une de ses victimes. Le reste de la distribution est assez neutre, et même Dennis Hopper apparaît très discret. 

    The Osterman weekend, Sam Peckinpah, 1984 

    Tanner va présenter son émission avec Danforth 

    Le film n’a pas été apprécié, ni par la critique, ni par le public. Ce fut un échec commercial sans appel. C’est seulement avec le recul qu’on fait un parallèle avec le film de Fritz Lang, Doktor Mabuse, der Spieler, film muet qui date de 1922 et qui alertait déjà sur les rapports entre modernité, technologie et contrôle social. Ce qui me parait judicieux. Il commence à être un peu réhabilité et retrouve sa place dans l’œuvre de Peckinpah. A mon sens ce qui a empêché le succès de ce film est son trop grand pessimisme, bien plus sans doute que les problèmes qu’il y aurait eu au montage. On pourra me rétorquer que The wild bunch est aussi un film très pessimiste et pourtant cela a été un très grand succès. Mais The wild bunch parle d’une époque qui est en train de disparaître, tandis qu’Osterman WeekEnd parle de nous et de notre époque. Et c’est sans doute cela qui est gênant parce que Peckinpah nous dit que notre société n’a pas d’avenir. Bien entendu il ne serait pas juste de classer ce film parmi les chefs d’œuvre de Peckinpah, ne serait ce que parce que les moyens ne sont pas là et que le réalisateur n’a pas eu l’entière maitrise du projet. Mais c’est un film très intéressant et qu’il faut avoir vu. Après ce film il restera un an à vivre à Peckinpah. Il passera son temps à boire et à fréquenter les bordels mexicains, mais comme il a encore besoin d’argent, il aura le temps de tourner un clip vidéo stupide pour le fils de John Lennon et il remplacera au pied levé Don Siegel sur Jinxed, un film que je n’ai jamais vu et que tout le monde s’accorde à dire très médiocre. Notez qu’Osterman WeekEnd  est appuyé sur une très bonne musique de Lalo Schifrin et une photographie de John Coquillon qui avait déjà travaillé avec lui sur Straw dogs.

     The Osterman weekend, Sam Peckinpah, 1984 

    C’es Tanner qui liquidera le trouble Fassett

     

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  • Commentaires

    1
    Martin
    Jeudi 5 Septembre à 14:59

    les moyens ne sont pas là et que le réalisateur 

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