• The Phenix city story, 1955, Phil Karlson

     

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    Phil Karlson est un réalisateur très sous-estimé. Si toute sa carrière n’est pas remarquable, il a par contre laissé une trace intéressante dans le domaine du film noir : Le Quatrième homme, Tight spot et bien sûr The Phenix city story. Ce dernier titre, peu connu, semble être son chef d’œuvre.

    Le film s’inspire de faits réels, l’assassinat de l’homme de loi Albert Patterson. Ce rapport au réel est revendiqué, et à priori il faut se méfier de ce genre d’effet d’annonce. The Phenix City Story s’inscrit dans la double veine du film noir documentaire et du film noir où la ville est un personnage à part entière. Le thème est celui de la corruption : comment une ville peut-elle se débarrasser de la domination d’un gang qui dans la foulée promeut le vice à tous les niveaux. On connait cela depuis au moins La moisson rouge de Dashiell Hammett.

    Phenix est à cette époque une petite ville de garnison et cette affluence de soldats entraîne le développement de la prostitution, du jeu et des débits de boisson, ce qui est suffisant pour qu’un gang veuille s’emparer de la ville. Les Patterson après bien des hésitations vont se lancer dans la bagarre, à moitié parce qu’ils sont honnêtes, et à moitié parce que le gang s’en est pris à leurs amis.

     Les héros sont un père et un fils, tous les deux procureurs, qui vont s’organiser pour lutter contre la terreur qu’inspire le gang. C’est un thème qui a servi un grand nombre de fois aussi bien au western qu’au film noir. Mais ce qui est intéressant ici, ce n’est pas tant qu’on ait voulu donner un côté réaliste à l’affaire en introduisant dès le début des interviews de journalistes ou de témoins de cette affaire, c’est plutôt dans la manière dont la violence est mis en scène. Car en effet, c’est un des films noirs les plus violents qui aient été tournés à cette époque. Meurtres d’enfants, trucages des élections, tabassage des récalcitrants, tout y pense, mais c’est stylisé d’une telle manière que cela ressemble à La nuit des morts vivants. La campagne électorale est une succession de scènes de foules et de scènes de violence. Les bagarres sont filmées d’une manière réaliste et pas du tout comme dans certains westerns comme une joute sportive. On frappe pour tuer, le sang coule. Au passage on y apprend qu’à Phenix la dernière élection non truquée date de 1943 !

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    L’autre aspect remarquable est que les méchants ne sont pas particulièrement antipathiques et différents des autres membres de la communauté, le chef du gang est d’ailleurs un bon gros commerçant nonchalant et débonnaire. Bien sûr il a des accès de colère, mais surtout il fait du business. De temps en temps il utilise des brutes épaisses pour faire avancer ses idées, mais le plus souvent il se tient à l’écart de la violence. Pourtant c’est bien lui qui met la ville en coupe réglée. La ville dans son ensemble est passive, il faut qu’on la secoue qu’on lui mette le nez dans sa débauche pour qu’elle consente à réagir, et encore, le père Patterson ne sera élu procureur que grâce à l’apport des voix de l’extérieur de la ville.

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     Il y a bien sûr beaucoup de passages convenus, comme la femme du fils Patterson qui l’incite à ne pas entrer en guerre contre le gang. C’est souvent le rôle des femmes mariées dans les films de cette époque que d’inciter leur époux à baisser la tête, à regarder ailleurs. Mais il y a aussi cette audace pour l’époque de mettre en scène une police complètement corrompue qui au mieux arrive en retard et au pire embarque les victimes des exactions du gagng. Les policiers ont d’ailleurs des têtes de bandits. Certes on avait vu cette corruption dans de nombreux westerns, mais c’était surtout destiné à réssurer les américains : cela appartenait au passé. Ici, c’est bien d’une corruption présente qu’il s’agit et qui doit inciter les citoyens à se révolter.

    Petit film fauché, il n’y a guère d’acteurs connus, John McIntire incarne le vieil homme de loi, le peu convaincant Richard Kiley est son fils. Kathryn Grant incarne aussi la jeune Ellie, une croupière qui espionne le gang pour la bonne cause. Les gangsters sont plus intéressants, que ce soit le chef du gang incarné par le mou Edwards Andrews ou le brutal Clem Wilson incarné par John Larch. Pour renforcer la crédibilité du film, Karlson a fait appel à une figuration locale et les extérieurs sont bien ceux de la ville de Phenix.

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     Le film a pris de grandes libertés avec la réalité. Par exemple, le scénario introduit un assassinat d’une petite fille noire pour démontrer la brutalité ignoble du gang. D’après les témoignages des gens de Phenix, cela ne s’est pas passer ainsi. Quel est le sens de cette scène au-delà du désir de provoquer l’émotion ? Probablement montrer qu’il y a un lien entre la corruption d’une ville et le racisme ordinaire. N’oublions pas que l’action se situe en Alabama, fief du Ku Ku Klan encore important à cette époque. Mais si le film introduit un personnage de noir courageux malgré sa situation, le combat antiraciste n’est pas sa préoccupation.

    On comprend au passage qu’il peut y avoir de la bonne et de la mauvaise délation – diable on est encore à l’époque de la Guerre froide. Les scènes d’extérieur sont particulièrement bien tournées, par l’usage des travellings longs qui donne du mouvement à l’ensemble, qui fait vibrer la foule le long des trottoirs qui bordent les débits de boisson. On rajoutera une mention spéciale aux scènes tournées de nuit qui rendent encore plus glauque l’ensemble.

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    « L’enfer de la corruption, The force of evil, Abraham Polonsky, 1948La privé, The long goodbye, 1973, Robert Altman »
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