• Thomas Kelly, Rackets, The rackets, Rivages, 2003

    thomas Kelly 5 

    Second ouvrage de Thomas Kelly, Rackets, comme son titre l'indique porte sur l'activité du crime organisé. L'histoire est celle de Jimmy Dolan, double assez transparent de Thomas Kelly. Il a fait des études brillantes qui lui ont permis de s'extraire de la pauvreté de son quartier, de s'élever comme on dit sur le plan social. Il travaille pour le maire républicain de New York qu'il accompagne pour sa campagne électorale en vue de sa réélection. Au cours d'une réception Jimmy Dolan se heurte au leader du syndicat des camionneurs, Frankie Keefe, qui en fait travaille pour la mafia et pille le syndicat. Au départ c'est une simple bousculade, mais cet événement va déclencher des réactions en chaîne tout à fait dramatique. En effet, la bousculade a été photographiée, publiée dans les journaux, et Keefe prend cela comme une humiliation personnelle. Il va vouloir se venger, d'autant qu'on se trouve en pleine élection à la tête du syndicat et que cette place rapporte gros à la mafia. Jimmy Dolan va perdre à la fois son boulot et sa fiancée qui le met simplement et purement à la porte. Tous ces événements vont éveiller la conscience de classe bien endormie de Jimmy Dolan, et ce d'autant plus que son père se présente aux élections contre Frankie Keefe. Bien obligé de gagner sa vie, Jimmy Dolan retrouve la vie rude des ouvriers du bâtiment, et aussi l'esprit de camaraderie et d'altruisme qui l'accompagne. Il va finir lui même par se présenter aux élections, affrontant mille dangers dont les policiers magouilleurs du FBI ne sont pas les moindres. Il va également retrouver son ancienne fiancée, Tara, dont il s'était éloigné parce qu'il avait fait des études et s'était séparé de sa classe.

    Le livre comporte son lot d'actions et de description du pouvoir corrompu de la mafia et satisfait ainsi l'amateur de romans policiers. Les magouilles sordides des agents du FBI qui visent à détruire les syndicats en les noyautant, donnera aussi des arguments tout à fait convaincants aux amateurs de complot. Et ce n'est pas la moindre des qualités de ce livre de montrer comment le pouvoir républicain - que Kelly vomit - en plaçant le clown Reagan (Kelly le traite de singe, ce qui n'est pas mieux) à la tête de l'Etat a entrepris une lutte des classes à l'envers avec la volonté évidente de rabaisser et de corrompre les syndicats.

    C'est donc un livre "noir" éminemment politique, et sa grande force est que Thomas Kelly a vécu parmi les ouvriers du bâtiment. Il sait de quoi il parle, il connaît le rude labeur de ces hommes, leurs défauts - ils sont soiffards, brutaux et assez inconscients - et les qualités - ils manifestent une solidarité et une générosité qui n'existe pas dans la classe moyenne formée à l'Université. D'ailleurs Kelly méprise les étudiants dont la seule ambition est de faire du fric sans travailler.

    L'histoire, bien que très crédible, est un peu embrouillée. Elle débouchera d'ailleurs sur une fin qui n'en est pas une puisqu'on ne sait pas si Dolan pourra continuer à s'opposer au pouvoir conjugué de la mafia, du FBI et du patronat, ou si au contraire il se soumettra à ce pouvoir parce que c'est son intérêt.

    Evidemment c'est un livre qui identifie directement le capitalisme à une forme de racket, donc à la criminalité. Kelly a la fibre prolétarienne, et quand on le lit on comprend que la dégénérescence de la lutte pour la transformation sociale a commencé avec l'expansion de la classe moyenne, classe qui ne comprend pas l'intérêt d'un travail physique, qui se laisse facilement corrompre, qui n'a pas les moyens de s'opposer intellectuellement et physiquement aux entreprises malfaisantes de la bourgeoisie.

    Nostalgique d'une lutte des classes qui paraît ne plus exister, Kelly a une grande capacité à décrire le monde ouvriers, aussi bien dans les relations sociales qui s'y noue, que dans le déroulement du travail proprement dit. Pour lui il est évident que l'abandon du travail ouvrier est une trahison, mais aussi que cela va de pair avec une dévirilisation de la société. Et à ce titre, pour lui qui y est passé, l'Université est une entreprise de dressage qui apprend la soumission.

    Les dialogues sont excellents et sont en prise directe sur le langage du milieu que Kelly décrit. On aimera aussi le portrait un rien hystérique des mafieux ou de l'agent Roth qui se perd dans ses combinaisons. Une particularité de Kelly est également de se revendiquer irlandais, comme un signe de refus, et de décrire les rouages complexes de l'éclatement des Etats-Unis dans ses différentes communautés. Les Irlandais sont opposés aux Italiens qui eux-mêmes s'étonnent de la sauvagerie nouvelle des Russes qui viennent empiéter sur leur territoire.

    C'est donc un grand livre, même si on peut regretter parfois que le rythme de l'écriture soit un peu lent. Thomas Kelly est certainement l'auteur le plus intéressant de ces dernières années dans le livre noir, bien au-dessus des fantaisies clownesques de James Ellroy auquel on l'a hâtivement comparé.

    « L’inconnu du Nord express, Strangers on a train, Hitchcock, 1951Quand la ville dort, The asphalt jungle, John Huston 1950 »
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