• Tous peuvent me tuer, Henri Decoin, 1958

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     Le film démarre comme un film de voyous de la fin des années cinquante. Cinq malfrats vont commettre un hold-up de cinq cent millions. Et pour ne pas être soupçonnés, ils vont se faire mettre en prison pour un délit mineur. Ils s’en prennent pour un an, et pensent ainsi qu’ils vont retrouver leur magot à la sortie. Mais leur séjour à l’ombre ne se passe pas au mieux. Un après l’autre les membres de la bande se font assassiner. Seuls restent Cyril et Tony. Mais Cyril est aussi victime d’un attentat. Finalement, le coupable est démasqué et tué : il s’agissait du détenu coiffeur. Isabelle qui attend Tony pour se marier va l’inciter à rendre le magot et à retrouver le chemin d’une vie honnête.

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    Le coup est bien préparé

     

    Le point de départ s’inspire du vol des bijoux de la Bégum. Un cycliste arrête une automobile et le reste de la bande s’empare du coffret à bijoux. L’histoire est située à Marseille, on y reconnait quelques rues, la Canebière notamment. Les prisonniers sont incarcérés à la prison Saint-Pierre. Le scénario est assez bancal, commençant comme un roman d’Auguste Le Breton, il continue comme un film de prison, genre Le trou, et se termine comme une histoire d’Agatha Christie. La fin à la fois simpliste et peu crédible ruine assez l’ensemble. La manière dont Tony retrouve la voie de l’honnêteté est carrèment grotesque.

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    Luigi va confier la clé du coffre qui conservera le magot

     

    Le scénario est d’Albert Simonin à partir d’une idée d’André Versini, acteur au physique plutôt difficile, qui tient le rôle principal. C’est un scénario très paresseux, mais Simonin, s’il avait un sens aigü de la langue verte n’a jamais su boucler une histoire. Malgré cela le film possède deux atouts importants : d’abord une réalisation soignée, à la Decoin, ensuite une distribution éblouissante, avec une mention spéciale pour Dario Moreno qui à l’évidence à raté une belle carrière de comédien. Probablement que ses succès en tant que chanteur  pour noces et banquets lui a donné une image dont il n’est pas arrivé à se défaire. Pierre Mondy est excellent également. Mais on trouve encore des débutants intéressants qui vont faire carrière par la suite Jean-Claude Brialy dans le rôle d’un inspecteur de police au nœud papillon, ou Jean-Pierre Marielle en détenu inquiétant et mythomane. François Perrier est bon, comme à son ordinaire, mais sans plus et Anouk Aimée est tout à fait intéressante. Le moins intéressant reste finalement André Versini qui n’a ni les épaules, ni le charisme pour un tel emploi.

     

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    La prison est un univers plus dur qu’ils ne pensaient

    Il y a beaucoup d’idées inabouties, comme de faire de ces bandits des personnes assez anonymes, des petits escrocs sans dimension particulière. Le plus réussi est sans doute de montrer l’univers de la prison comme angoissant, tout le monde se méfie de tout le monde, dangereux, mais aussi qui transforme la mentalité de ceux qui la subisse, même si c’est pour quelques mois. Decoin d’ailleurs n’appuie pas sur le sadisme des gardiens de prison, ou du directeur. La contrepartie, c’est que trop souvent il donne à ces personnages essentiels une dimension rigolarde et burlesque qu’ils n’ont probablement pas dans la réalité, même dans les années cinquante.

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     Isabelle retrouve Tony au parloir

    Cette approche est renforcée par la façon de filmer directement inspirée des films noirs américains : le jeu sur les diagonales, les ombres, une grande maitrise des éclairages ou encore les plans obliquent qui vers la fin vont se multiplier. La scène finale, à la sortie de la consigne de la gare est manifestement inspirée de The big combo, avec ces personnages qui s’en vont dans une sorte de brouillard. L’usage du cinémascope, ici dyaliscope, est tout à fait convaincante.

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      Les morts se succèdent, le directeur veut comprendre ce qui se passe

     

    Il n’est pas très certain que Decoin ait trouvé ce scénario passionnant. La scène entre Cyril et Tony à leur sortie de prison est en quelque sorte gâchée par un barman insolent qui chante alors que deux hommes ont des affaires importantes à régler entre eux. Mais il est vrai qu’il y a bien trop d’invraisemblances, factuelles et psychologiques dans ce film pour le prendre au sérieux : le comportement de Chanu qui tue un gardien avant de s’échapper de prison pour aller occire Cyril n’a ni sens, ni crédibilité.

     

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     Isabelle s’inquiète pour Tony

    L’ensemble est émaillé d’anecdotes que Simonin a du reprendre de sa propre expérience de prisonnier lorsqu’il fut embastillé à Frontevault. Le détenu qui fait la dictée au gardien qui vise une promotion de brigadier, le mouchard bien sûr, ou encore la maladresse du détenu chargé de raser les nombreuses barbes de la prison.  

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     Chanu le coiffeur se montre menaçant

    On pourrait encore en rajouter, faire de Tony un marchande cravattes à la sauvette qui s’enfuit à toutes jambes lorsque la police  montre le bout de son nez, est aussi une bonne idée. Bref au moment de rendre le verdict, on ne peut que constater que le savoir faire de Decoin est tout à fait insuffisant pour sauver un scénario bancal.

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    Chanu tue le gardien à qui il fait des dictées

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    Des plans obliques

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    Chanu se fait tuer par les gardiens

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    Isabelle finira par rendre Tony honnête

    « Hollywood Babylone, Kenneth Anger, Souple, 2013Stéphane Zagdanski, La mort dans l’œil, Maren Sell éditions, 2004 »
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