• Un aller simple, José Giovanni, 1970

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    Marty et son ami Tom commettent des hold-ups, affublés de masques de chat. Ils aiment la vie facile et l’argent qui va avec. Mais au cours d’un dernier hold-up, ils ont été balancés. Tom meurt dans les bras de son ami, et un des policiers qui voulait abattre de sang-froid Marty est tué par lui. Marty est blessé et capturé, cloué sur son lit d’hôpital, il avoue le meurtre du policier et la série de hold-ups. Mais l’affaire se complique quand un avocat véreux, vient essayer de lui faire endosser un meurtre qu’il n’a pas commis. Pour protéger Tina, sa fiancée, Marty va s’évader et trouver les bijoux et la femme qui est la complice de Legget. Il la livre à la police et se rend. Il sait qu’il va être condamné à mort.

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    C’est tout simplement un remake de La proie, Cry of the city, film de Robert Siodmak, adapté d’un roman de Henry Edward Helseth, Un aller simple, publié en Série noire. Si le film de Siodmak est considéré aujourd’hui comme une référence du film noir, celui de José Giovanni est en voie d’oubli. Il est même impossible de le trouver en DVD et en français. Je possède deux versions de ce film, l’une en français en K7 avec une image pourrie, et une autre en numérique mais en italien. Il est a noté que la version italienne comporte des scènes qui n’existent pas dans la version française et qui sont relatives à Teena. Pourtant c’est un très bon José Giovanni dont la carrière de réalisateur a alterné le très bon, Le rapace, Dernier domicile connu et le moins bon, Le ruffian, Les égouts du paradis ou encore Les loups entre eux.

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    Le film date de 1970, il sera boudé par le public et par la critique. Il intervient dans la carrière de réalisateur de José Giovanni, juste après les triomphes des deux films qu’il a tourné avec Lino Ventura, Le rapace et Dernier domicile connu. Il précède également un autre échec tourné l’année suivante : Où est passé Tom ? Ce dernier film n’existe d’ailleurs même pas en K7.

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    La première raison de ces échecs successifs qui interviennent dans une carrière jusque-là couronnée de succès, aussi bien en tant que romancier, scénariste ou réalisateur, doit être recherchée dans le fait que Giovanni renonce pour un temps aux gros budgets et aux grosses vedettes. En effet, dans les deux films, les acteurs se nomment Jean-Claude Bouillon, Nicoletta, ou encore Rufus, soit des noms difficiles à attirer les grandes foules. Il y a donc un parti pris de sobriété qui se veut un parti pris de vérité chez Giovanni, sans doute se souvenait-il du succès de son premier film, La loi du survivant, tourné en 16mm, gonflé en 35, avec des moyens de fortune. Cela se marie bien avec l’esprit du temps qui se veut une critique du spectaculaire et de l’effet. Si, coproduction oblige, Ottavia Piccolo et Giancarlo Giannini font des apparitions, elles sont plutôt brèves et assez insignifiantes.

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    La seconde raison de l’échec d’Un aller simple est que le film a été photographié par deux opérateurs différents. Il semble que le début soit dû à Henri Decae, photographe de Melville, à cause des images bleutées et froides, et la deuxième partie à Pierre-William Glenn. On n’en connait pas les raisons, mais connaissant le caractère ombrageux de José Giovanni, on peut les imaginer.

    Le scénario est très bon, même supérieur à celui de l’adaptation de Siodmak, plus simple et moins torturé, moins saturé de références psychologiques. En effet, il use intelligemment de la nuance, les flics ne sont ni tout bon, ni tout mauvais, et le milieu de la pègre apparaît tout de même assez vérolé, en tous les cas plutôt hostile à des aventuriers.

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    C’est peut-être le plus melvilien des films de Giovanni, quoiqu’un peu bavard par endroit, son film qui se rapproche le plus des canons du film noir. On y reconnaît ses obsessions : l’amitié à la vie à la mort entre Tom et Marty, la confrontation d’un homme seul face à son exécution imminente, avec des scènes finales qui rappellent à la fois Deux hommes dans la ville, et Mon père, il m’a sauvé la vie, ultime œuvre cinématographique de José Giovanni. La marche debout des hommes pour affronter la cruelle condition humaine.

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    L’ensemble est éclairé de scènes excellentes, le guet-apens de la police, la fuite dans Anvers, ou encore les dernières scènes émouvantes précédant l’exécution des deux hommes. Tourné en Belgique, les décors sont magnifiques et novateurs. L’interprétation est solide. Jean-Claude Bouillon, qui à l’époque bénéficiait encore de la gloire des Brigades du Tigre, feuilleton télévisé à succès, est excellent, c’est à mon avis son meilleur rôle. Mais on compte aussi sur des vieux routiers comme Jean Gaven en flic impulsif et rageux, Maurice Garrel en commissaire plus pondéré et humain. Mais la révélation c’est sans doute Nicoletta dont c’est l’unique apparition au cinéma. Elle est parfaite en femme de mauvaise vie, cupide et pourtant naïve.

    Bref, voilà un film noir qui mérite d’être redécouvert et qu’il serait bienvenu de rééditer en DVD dans une version propre et sans coupure. Ce serait une très bonne occasion de rendre hommage à un auteur complet qui a tant donné au film noir et au roman noir.

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    Après les échecs successifs d’Un aller simple et de Où est passé Tom ? José Giovanni retrouvera le succès avec une nouvelle adaptation de son roman L’excommunié avec Jean-Paul Belmondo – qui avait tenu le rôle de La Rocca dans le film de Jean Becker, Un nommé La Rocca. Et il enchaînera ensuite avec trois films avec Alain Delon. C’est dire qu’il allait s’éloigner des formes un peu trop éthérées qu’il avait tentées.

    « Voyage sans retour, Where danger lives, John Farrow, 1950Classe tous risques, Claude Sautet, 1960 »
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