• Un flic, Jean-Pierre Melville, 1972

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    Un flic est le dernier film de Melville. Il mourra quelque temps après sa sortie d’une crise cardiaque, apparemment très affecté par l’échec commercial et critique qu’il a reçu. Mal accueilli à sa sortie, certains critiques ont avancé qu’une révision s’imposait et que finalement les intentions de Melville avaient été mal comprises, que ce qui était important ce n’était pas tant l’histoire que la manipulation des codes du film noir.

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     Le film s’ouvre sur l’attaque d’une banque

     Le scénario se veut volontairement banal, comme si les enjeux étaient ailleurs. Un commissaire Coleman, interprété par Alain Delon qui retrouve Melville pour la troisième fois, traque un gang à la tête duquel se trouve son meilleur ami Simon, incarné par Richard Crenna, qui est également amoureux de la même femme interprétée bien platement par Catherine Deneuve. Ils se croisent dans la boîte de nuit de Simon. Ce gang fait de bric et de broc, attaque des banques, ou des trains, c’est selon. Force restera à la loi. Après bien des péripéties, le commissaire Coleman abattra Simon et gardera Cathy pour lui.

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    Simon est le chef du gang

     

     Le scénario est très mauvais, et certaines scènes, notamment celles où on voit un hélicoptère suivre un train, plutôt ridicules, on peut s’apercevoir, sans être attentif plus que ça qu’il s’agit d’une maquette. Il est probable que Melville faisait un peu trop confiance à sa technique et qu’il pensait pouvoir se passer d’un scénario solide. D'ailleurs les meilleurs films de Melville sont des adaptations de romans, et lorsqu'il se veut auteur complet, c'est nettement moins bon. Mais aussi le rythme est mou, Et puis cette volonté de faire un film presque sans dialogue ressort plus du principe que de la nécessité et finit par tourner à vide.

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    Un des gangsters est blessé 

    Des scènes comme le suicide de Paul Weber sont censées donner un ton contemporain au film : un cadre supérieur au chômage participe à l’attaque d’une banque, mais ne supportera pas l’arrivée de la police. Ça donne un côté décousu au film parce qu’on n’a pas le temps de s’intéresser à son histoire. Les scènes de cabaret, la relation entre Coleman et le travesti, on a l’impression d’avoir vu cela cent fois. Et puis les ambiguïtés du trio Simon, Coleman, Cathy n’intéressent pas.  Les rôles principaux sont assez mal défendus. Si Delon est toujours égal à lui-même, Richard Crenna est trop vieux pour nous laisser croire à son caractère d’aventurier. Quant à Deneuve, qui n’a jamais été une grande actrice, elle est ici complètement transparente. Paul Crauchet est bien aussi comme d’habitude.

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    Coleman et ses hommes savent que l’attaque aura lieu dans le train

          Il n’y a pas grand-chose à sauver de ce naufrage artistique, seulement la scène d’ouverture tournée dans une lumière bleutée et le duel final entre Coleman et Simon au petit matin derrière la place de l’Etoile. Ces deux scènes sont magnifiquement filmées, et peut-être faudrait-il voir ce film au moins pour cela, elles montrent ce qu’aurait pu être Un flic avec un scénario un peu moins paresseux. Dans ces moments on retrouve la patte de Melville dans ses capacités assez personnelles de jouer sur la palette des couleurs : le travail sur les couleurs est remarquable, c’est un film bleu, ni noir et blanc, ni en couleurs ! Mais cela ne suffit pas pour éviter l’ennui. Sur le plan esthétique, c’est peut-être un des moins intéressants des films de Melville.

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    Homme de devoir Coleman tuera Simon

    « Philippe Corcuff, Polars, philosophie et critique sociale, Textuel, 2013.Une femme en péril, The house on Carroll Street, Peter Yates, 1988 »
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