• Un officier de police sans importance, Jean Larriaga, 1973

     Un officier de police sans importance, Jean Larriaga, 1973

    C’est l’histoire de deux frères : l’un, Pierre, est un voyou sérieux qui exerce son métier comme un artisan, il aime le travail bien fait et n’aspire qu’à vivre tranquillement en marge de la loi. Le plus jeune, Camille, fait un peu n’importe quoi pour se procurer de l’argent et pour se payer sa drogue. Il vit avec son ami Dov, et Dani qui partage ses charmes entre les deux jeunes hommes. A partir de cette opposition les destins vont se télescoper et entraîner tout le monde sur la pente fatale. En effet, la même nuit où Pierre casse le coffre d’un diamantaire, son frère agresse dans le même immeuble la caissière d’un cinéma. Celle-ci donne l’alerte, Camille et Dov s’enfuient, mais Pierre se fait arrêter. Il va tomber sur un policier consciencieux, Serge Monnier, qui voudrait bien le faire tomber pour d’autres cambriolages.

     Un officier de police sans importance, Jean Larriaga, 1973 

    Pierre est un casseur sérieux 

    Apprenant que Pierre a été arrêté, Camille est traversé par l’idée saugrenue de prendre l’officier de police en otage en vue de l’échanger contre Pierre. Rapidement la police comprend qui est derrière cet enlèvement et sollicite l’aide de Pierre pour négocier la libération de l’officier de police. Les choses se compliquent encore quand Fabienne pour aider son mari sollicite l’aide de Scotto pour délivrer Monnier. Mais Scotto se fait descendre. Finalement le trio est repéré dans une maison inhabitée et la maison est cernée. Mais Monnier est très malade. Le commissaire Dekervan tente de négocier la vie de Monnier contre la possibilité de fuir pour le trio infernal. Mais les choses tourneront très mal : le trio sera abattu et Monnier décédera.

     Un officier de police sans importance, Jean Larriaga, 1973 

    Pierre est arrêté 

    C’est un très bon film noir, bien rythmé, avec des astuces dans le scénario. Les véritables héros si on peut dire ce sont ces jeunes délinquants qui font émerger une nouvelle forme de criminalité qui, dans le sillage de Mai 68, est apparue comme en rupture des formes plus traditionnelles. D’ailleurs que ce soit Scotto ou Pierre, ce sont des artisans, des hommes qui aiment le travail bien fait et qui n’ont rien à faire dans des fiestas qui démolissent les plus fragiles dont ils ne comprennent pas les motivations. C’est cette opposition qui donne du corps au film. Si en apparence ces jeunes gens sont complètement paumés et sans valeur, ils ont pourtant un sens de l’amitié et une sorte de solidarité qui les mènera jusqu’à leur anéantissement. Tout oppose Pierre et Camille : l’un vit marié, d’une manière bourgeoise, l’autre est impliqué dans un trio, se drogue, consume sa vie.

    Malgré cela Pierre ne rejette pas son jeune frère, même si celui-ci l’agace au plus haut point pour toutes les emmerdes qu’il lui apporte. De même Camille a de l’admiration pour son ainé.

     Un officier de police sans importance, Jean Larriaga, 1973 

    Monnier le soupçonne d’autres cambriolages 

    L’interprétation reflète ce parti pris de regarder du côté de la jeunesse : c’est Marc Porel qui interprète Camille qui est le plus présent à l’écran. Il incarne tout à fait bien ce petit voyou sans trop de cervelle. Marc Porel qui a fait une petite carrière en Italie avec ses faux airs d’Alain Delon, est décédé assez jeune, à l’âge de 34 ans, d’après ce qu’on sait d’une overdose. Dov est interprété par Julian Négulesco qui tournera beaucoup par la suite, mais qui avait encore à cette époque un fort accent étranger. Sans doute Dani est la plus étonnante de ce trio. Elle arrive très bien à faire passer les doutes de Joëlle quant à la destinée de leur trio, dès lors qu’elle comprend que leur cavalcade est sans issue.

    Les autres acteurs sur lequel le film a été vendu, sont beaucoup moins présents à l’écran. Mais ils sont très bons. Robert Hossein qui a consacré la plus grande partie de sa carrière d’acteur de cinéma au film noir, était déjà impliqué fortement dans le théâtre, n’acceptait plus que des petits rôles, alors même qu’il était très connu aussi bien en France qu’en Italie. Il est ici Pierre, avec tendresse et rudesse. Raymond Pellegrin, lui aussi un des piliers du film noir à la française, incarne le commissaire Dekervan. Ces deux acteurs avaient déjà tourné sous la direction de Jean Larriaga dont un des talents était sans doute une solide direction d’acteur. Même si c’est dans une très courte apparition la présence de Georges Géret est tout à fait bienvenue, dans le rôle de Scotto, il renforce ce côté artisanal, presque prolétarien de la vieille pègre. Enfin bien qu’il passe le plus clair de son temps attaché et les yeux bandés, on ne peut pas oublier la forte présence de Charles Denner qui exprime tout un tas de sentiments avec sa voix ou avec son corps.

    Un officier de police sans importance, Jean Larriaga, 1973 

    Camille enlève Serge Monnier 

    Que retenir de la manière de filmer de Larriaga ? D’abord une grande capacité à utiliser les décors naturels qui ancrent bien le film dans la banalité du quotidien, que ce soit ceux de la banlieue ou celui du garage de Scotto, ou encore l’aéroport de Villacoublay. Mais il y a bien d’autres choses intéressantes, comme ces mouvements de caméra quand Fabienne sème les policiers qui la suivent dans le métro – scène qui lorgne évidemment du côté de Melville, ou cette longue scène de la visite de la maison inhabitée par un agent immobilier et une vieille rombière qui cherche la bonne affaire. L’enlèvement de Monnier est filmé avec une multiplication des angles de prises de vue qui donne du champ au film, et qui aussi renforce la tension au cœur de l’histoire proprement dite.

     Un officier de police sans importance, Jean Larriaga, 1973 

    Fabienne sème la police dans le métro 

    Le principe de ce film est surtout de ne pas juger, ni pour condamner, ni pour excuser, mais plutôt de présenter des logiques, des dynamiques qui se télescopent et conduisent au drame. A sa sortie le film n’a connu aucun succès. Sans doute a-t-il été très mal distribué puisque même moi qui guettait ce genre de film je n’ai jamais pu le voir en salle. C’est très dommage, en tous les cas on peut le redécouvrir aujourd’hui en DVD ce qui n’est déjà pas si mal. C’est bien plus qu’un polar du samedi soir. On regrette que Jean Larriaga n’ait pas continué dans cette voie qui semblait faire pour lui.

     Un officier de police sans importance, Jean Larriaga, 1973 

    Scotto vient délivrer Monnier

     Un officier de police sans importance, Jean Larriaga, 1973 

    Le commissaire Dekervan espère négocier la libération de Monnier grâce à Pierrre

     Un officier de police sans importance, Jean Larriaga, 1973 

    Dov et Camille présente Monnier à Dekervan

     Un officier de police sans importance, Jean Larriaga, 1973 

    Jean Larriaga sur le tournage avec Robert Hossein et Marc Porel

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