• Une femme d’enfer, A hell of a woman, Jim Thompson, Rivages, 2013

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    Ce roman est paru aux Etats-Unis en 1954, année de forte productivité de Jim Thompson. C’est alors un auteur assez peu fortuné qui peine à gagner sa vie correctement. Hell of a woman est très bon, mais ce n’est pas le meilleur ouvrage de Jim Thompson. Il est écrit juste avant The nothing man qui va traiter de thèmes similaires. Il était paru antérieurement en Série Noire sous le titre assez bizarre de Des cliques et des cloaques en 1967, dans une traduction assez traficotée. Il réapparaît aujourd’hui dans une nouvelle traduction de Danièle Bondil qui a une longue expérience de traductrice et qui s’est notamment occupée de la version française du Ventre de New-York de Thomas Kelly  chez Rivages. Sans faire un fromage des questions de traductions – après tout Jim Thompson s’est fait connaître par les traductions très contestées et contestables de la Série Noire – la comparaison rapide des deux versions montre des changements significatifs, notamment à la fin, où l’écriture très particulière de Thompson devient particulièrement déjantée pour montrer l’accélération de la folie de Frank Dolly. On sera ainsi bien plus près de la logique de Thompson.

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    L’histoire est relativement simple, Frank Dolly est un démarcheur qui vend de la camelote en porte à porte, souvent à crédit. Il a peu de succès, a des difficultés pour faire payer les clients, et trafiaque ses fiches de vente pour pouvoir subsister. Maid un jour il croise la route de Mona, une toute jeune fille que sa tante semble vouloir prostituer. La vieille lui propose qu’il lui laisse une ménagère contre la possibilité d’utiliser la jeune Mona. Dolly a un élan de comapssion à l’endroit de cette très jeune fille, mais il est marié à Joyce avec qui il a une relation très tendue pour ne pas dire plus. A partir de là va se mettre en place un engrenage fatal : se retrouvant en prison pour avoir escroqué son patron, Dolly est tiré d’affaire par Mona qui a payé sa  caution. Comprenant que la vieille possède un magot, il va s’arranger pour la tuer, faisant accuser de ce meurtre un pauvre travailleur allemand immigré de fraiche date. Il est censé partir avec l’argent et avec Mona, mais il temporise et semble se retrouver piégé par Joyce qu’il va assassiner aussi. Son patron ayant compris le crime de Frank, il va exiger de lui la totalité du butin. Pris d’un accès de folie, il sautera par la fenêtre.

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    Jim Thompson 

    Le point de vue est celui de Dolly, le roman est écrit pour cela à la première personne, il marque l'empathie de Thompson pour son triste héros. Et son écriture un peu compliquée montre le chaos qui règne dans son esprit. D’ailleurs on n’est pas très certain d’avoir bien compris la fin de l’histoire car la réalité devient de plus en plus fantasmée et Dolly mélange volontiers le passé et le présent.

    Au-delà de l’intrigue proprement dite le roman est exemplaire des obsessions morbides de Jim Thompson au moins à cette époque-là. Hell of a woman est en réalité un roman sur la castration et la difficulté d’établir des relations normales et relativement paisibles avec les femmes. Dolly doute de tous et de toutes, dans un délire paranoïaque il pense que Joyce comme Mona sont mauvaises et ne visent qu’à le garder un peu plus prisonnier. En même temps il a besoin de la femme – n’importe quelle femme – essentiellement parce qu’il a besoin de la mère, de revenir en enfance, et c’est pourquoi il se méfie comme de la peste de leurs pulsions sexuelles.

     

    Un moment on avait expliqué ce fantasme qui se retrouve évidemment dans le roman suivant, The nothing man – traduit en français sous le titre de Mr Zéro – qui raconte l’histoire d’un homme qui a perdu ses testicules, par le fait que Jim Thompson avait eu lui-même une vie très difficile avec les femmes, et que sa propre épouse l’avait plus ou moins obligé à faire une vasectomie car elle ne voulait pas tomber enceinte. Mais bien sûr la déconfiture pécuniaire de Dolly est aussi le reflet des propres difficultés de l’auteur à gagner sa vie correctement à cette époque. 

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