• Une femme en péril, The house on Carroll Street, Peter Yates, 1988

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    Ce thriller de Peter Yates présente plusieurs intérêts. Le premier étant qu’il a été écrit par Walter Bernstein, scénariste blacklisté qui fut entre autre l’auteur du scénario de Kiss the blood of my hands, de The wonderful country, de The magnificent seven, Paris Blues, The money trap, le très beau et méconnu The Molly Maguires et plus récemment The front  de Martin Ritt. C’est un homme de gauche, un vieux baroudeur rompu à la technique d’écriture cinématographique qui sait allier une réflexion sociale à une histoire simple, capable de tenir en haleine le spectateur. Le second intérêt est que ce film prend pour toile de fond la période de la chasse aux sorcières. Sans s’attarder, il va décrire la pression absurde que « les témoins inamicaux » durent subir lorsqu’ils refusaient de donner des noms, interrogatoires, perquisitions, filatures, tout y passait pour faire craquer le témoin et l’amener à lâcher des noms. La publicité du film nous le présente comme une sorte de suspense hitchcockien, c’est faux, d’une part parce qu’il n’y a pas de vrai suspense, et d’autre part et surtout peut-être, il eut été impossible qu’Hitchcock s’intéresse à un sujet aussi sensible que celui de la chasse aux sorcières. On ne trouve guère d’implication sociale et politique dans les films d’Hitchcock qui se font remarquer par une forme de neutralité très droitière.

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    Emily interrogée par l’HUAC

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    Les deux sous-fifres du FBI sont omniprésents

     

    C’est l’histoire d’Emily Crane, jeune fille un peu naïve, qui se retrouve devant la Commission des activités anti-américaines (HUAC) pour avoir fait signer des pétitions en faveur de la paix, pour avoir participer à des associations de gauche. Harcelée par Salwen, elle refuse de donner des noms, elle va perdre son boulot au magazine Life où elle avait la responsabilité de trier les photos d’illustration. Pour continuer à gagner sa vie, elle s’engage comme lectrice auprès d’une vieille femme un peu excentrique. C’est pourtant la maison d’en face qui va l’intéresser quand elle va surprendre une conversation un peu violente entre des étrangers et justement Salwen, l’homme de la Commission des activités anti-américaines. Piqué par la curiosité, elle va découvrir peu à peu que Salwen, un anticommuniste fanatique, couvre le rapatriement de criminels de guerre nazis sur le territoire américain. Pour protéger ce secret, les hommes Salwen, dont certains appartiennent au FBI, n’hésitent pas à tuer. En même temps elle doit subir la pression de deux enquêteurs du FBI plutôt bon enfant, dont Cochran qui va tomber amoureux d’Emily. Ils vont faire capoter la combine de Salwen et ils feront arrêter les criminels de guerre nazis après de nombreuses péripéties.

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    Emily s’engage comme lectrice auprès de Miss Venable

     L’ensemble fourmille d’idées, de rebondissements, bien que le dénouement soit écrit dès le début du film. C’est une production soignée où la mise en scène trouve des moments de grâce, notamment dans la visite au cimetière, ou encore la très belle scène de poursuite à l’intérieur de la gare de Grand Central. Les premières scènes présentent la mécanique absurde et cruelle des interrogatoire de l’HUAC. L’idée également de faire passer des criminels de guerre nazis pour des réfugiés juifs est excellente. Montrer cette collusion entre l’extrême droite et l’HUAC, c’est une bonne chose qui renvoie hélas à une réalité. Tourné en 1988, c’est une reconstitution des années cinquante assez crédible, bien qu’un peu trop proprette, mais c’est souvent le cas avec les films qui s’appuient sur un passé pas trop lointain.

    Le film est signé Peter Yates, un réalisateur britannique qui a réalisé dans le domaine du polar quelques films remarqués comme Bullit, ou The friends of Eddie Coyle.

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    Crane et Emily vont passer de la méfiance à une relation intime 

    La mise en scène est nerveuse et précise, les décors très soignés. Cependant il manque quelque chose à ce film, probablement est-ce dû à l’absence de charisme de Jeff Daniels qu’on a du mal à voir dans le rôle d’un héros positif et charmant. Il a un physique un peu difficile qui le fait mieux réussir dans les rôles de fourbes ou de criminels. Mais s’il ne démérite pas, le rôle le plus fort est celui d’Emily interprété par Kelly McGillis. Elle est très bien, sachant donner à la fois du punch et de la volonté, tout en ménageant aussi des aspects plus féminin de son caractère. Elle a un abattage tout à fait étonnant. La distribution est complétée par l’étrange Mandy Patinkin qui joue le rôle d’une sorte d’illuminé d’extrême-droite.

    Si le film n’a pas laissé un grand souvenir en France, il a été un succès au box-office américain où il terminera à la seconde place pour les réalisations de 1988.

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    Les deux héros s’invitent à une cérémonie de mariage

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    C’est à Grand Central que les criminels de guerre nazis vont prendre le train pour Chicago

     

     

     

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