• Vaurien, Jim Thompson, L’atalante, 1986

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    C’est une autobiographie qui raconte les années de formation de Jim Thompson. En vérité il s’agit de la réunion de deux volumes parus aux Etats-Unis en 1953 et 1954, Bad boy et Roughneck, c’est-à-dire à l’époque de la plus haute créativité de Jim Thompson. L’ouvrage s’arrête au moment de la naissance de Jim Thompson comme écrivain qui a enfin trouvé un éditeur qui est prêt à le soutenir. Il a plus de 35 ans, et derrière lui une vie très agitée. Né en 1906, ses années de formation si je puis dire se situent entre les deux guerres dans une Amérique très agitée par les crises économiques et les tensions sociales. Sa famille ne sera pas épargnée, passant de la richesse à la misère en moins de temps qu’il ne faut pour le dire.

      

    Vaurien présente un triple intérêt, d’une part il nous dévoile en quelque sorte les origines des personnages qui seront recréés dans l’œuvre de Jim Thompson, Lou Ford a bien existé, Jim Thompson l’a rencontré, et l’encaisseur de A hell of a woman c’est lui ! Ensuite, il met en avant la nécessité d’écrire comme une volonté de comprendre et de transformer le monde, d’en saisir au plus près une vérité complexe et fuyante. Enfin, bien sûr il y a le style de Jim Thompson, alerte et drôle qui dévoile toute la brutalité d’un monde en pleine transformation entre un Ouest encore sauvage et une industrialisation galopante.

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    Des métiers, Jim Thompson en a exercé plus d’un, le plus souvent des emplois de rien du tout, des emplois durs dans l’hôtellerie ou dans l’industrie pétrolière. Il a fait la route, partagé les camps des travailleurs itinérants, brulé le dur dans des conditions parfois dangereuses. Et puis il y a l’alcool.

    Contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce n’est pas une autobiographie tellement enjolivée que ça. En la matière, il y a bien pire. Mais évidemment il y a beaucoup de lacunes, des points sur lesquels Thompson n’a pas voulu s’étendre. Ces points ont d’ailleurs été soulevés par ses récents biographes. Il s’agit d’abord des relations avec son père qui ont été bien plus conflictuelles et bien plus dures qu’il ne le raconte. Et puis son évolution politique. Mais Vaurien ayant été écrit au début des années cinquante, à l’époque de l’intense chasse aux sorcières que l’on sait, il n’était pas question pour Jim Thompson de raconter ses relations avec le Parti communiste américain. En réalité, même s’il a adhéré un petit moment à ce parti, il n’en avait guère le profil, il possédait un esprit trop indépendant pour un tel organisme aussi sectaire. L’ouvrage se concentre sur les années de l’entre-deux guerres, années décisives dans la fabrication de l’Amérique telle qu’on la connait aujourd’hui, non seulement c’est une transformation économique a marche forcée quiva durablement installé les Etats Unis dans leur leadership, mais c’est aussi une époque de grande violence et de répression de tout ce qui s’écarte de la morale et de l’ordre capitaliste. Le fait que ces ouvrages aient été publiés en 1953 et 1954 n’est pas innocent, on est en pleine chasse aux sorcières, il est dangereux de se dire « communiste » ou même un soutien des wobblies. C’est sans doute pour cela que Jim Thompson rend un hommage plutôt discret à tous ceux qui révaient d’un monde différent de celui que le capital a finalement imposé

    Avec le recul cet ouvrage parait assez étrange. En effet Jim Thompson semble à cette époque bien jeune encore pour livrer ses mémoires. C’est comme si sa vie s’était arrêtée à partir du moment où il va obtenir un statut d’écrivain professionnel. Mais en outre il est évident qu’il veut démontrer aussi que sa prose est le reflet d’une vie authentiquement vécue. Il y a bien sûr des petits mensonges, comme lorsqu’il fait croire qu’il a été inquiété pour sa participation au trafic d’alcool pour le compte d’Al Capone. Mais c’est plus une question d’exagération.

     

    En tous les cas quelles que soient les intentions, on retiendra de très belles scènes, comme celle où Jim Thompson et ses copains essaient de démonter une installation pétrolière pour essayer d’en revendre la matière première. Ou encore la visite chez les indiens qui lui promettent une danse authentique et qui se termine par une beuverie monumentale !

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