• Zù Cola, Andrea Camilleri, Le petit écailler, 2012

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    Encore un ouvrage de Camilleri qui a 80 berges passées écrit encore plus vite qu’on arrive à le lire et sans que cela nous lasse ou qu’il paraisse vieux et emprunté. Mais Zù Cola est un ouvrage très mince et on n’a donc aucune raison de se passer de le lire. Je dois dire que j’ai eu du mal à trouver cet ouvrage, tant il semble que L’écailler souffre encore d’une mauvaise distribution.

    L’ouvrage porte le sous-titre de « nouvelles », en vérité ce sont plutôt des notes sur la Sicile du passé, du temps que Camilleri était jeune. Le meilleur de ce petit ouvrage est bien sûr le texte qui donne le titre au recueil. C’est un monologue tenu par Nicola Gentile, mafieux chassé des Etats-Unis, un des premiers à avoir organisé sérieusement le trafic de drogue. Rien que pour ce texte, le recueil mérite le détour. C’est évidemment très drôle, mais cela représente aussi la façon dont la mafia s’est transformée au fil du temps. Tant qu’elle conservait des racines rurales, elle avait une certaine forme d’humanité. C’est ce que pense Camilleri, mais c’est ce que pensent les Siciliens d’Agrigente que j’ai rencontrés.

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    Fiche du FBI sur Nick Gentile

     

    Un peu plus loin justement on découvre la procession de San Calogero. C’est un saint extraordinaire, le patron d’Agrigente et de sa région, mais comme il est noir, africain, même si en règle générale sa barbe est blanche, ce Saint bien particulier a des odeurs de souffre. Il ne plait pas tellement aux hautes instances de l’Eglise, mais c’est un Saint vénéré par la population car il représente l’abondance, c’est lui qui aurait, selon la légende, ramené la prospérité agricole après des années de pénurie. Ce Saint généreux donne encore son nom aux enfants mâles qu’on baptiste et curieusement un de mes amis siciliens s’appelle Calogero Montalbano ! La description de la procession par Camilleri vire à la farce grotesque, entre l’Eglise et le parti communiste, qui, ne l’oublions pas était à la fin de la Seconde guerre mondiale extrêmement puissant en Sicile au point qu’on a pu penser que la Sicile allait basculer dans le camp des rouges et demander son indépendance par rapport à l’Italie. Si l’éminence d’Agrigente qui préside la procession a été mutée dans l’île pour ses accointances mussoliniennes, les communistes tiennent tout de même à ce que leur Saint soit tout à fait intégré et approuvé par l’Eglise, ce qui donne lieu à des tractations croquignolesques.

    L’avant dernière nouvelle traite de la disparition de Judas, c’est une sorte d’enquête sur ce qu’en avait raconté Leonardo Sciascia, qui par parenthèse est aussi de la même région de Sicile que Camilleri. Ce n’est pas du vrai Judas, si l’on peut dire, dont il s’agit, mais d’un acteur qui l’interprète dans une représentation du Mortorio. Camilleri corrige Sciascia, et au passage il met en boîte un peu toutes les personnalités come Escher, qui se penchèrent sur cette question. C’est évidemment très drôle, mais cette nouvelle servit ensuite à l’écriture d’un roman, La disparition de Judas, paru chez Métaillé en 2005, roman qui fait son apparition dans un autre roman de Camilleri, avec Montalbano cette fois, Le champ du potier, variation sur l’idée de trahison.

    En tous les cas, le style reste du Camilleri, c’est-à-dire que c’est très drôle, finement ironique, et … instructif.

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