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Le blog d'Alexandre Clément

La mort d’un tueur, Robert Hossein, 1964

La mort d’un tueur, Robert Hossein, 1964

Robert Hossein avait besoin de se renouveler et de s’éloigner des grosses productions dans lesquelles il était seulement acteur. Madame Sans-Gêne avec Sophia Loren et Le repos du guerrier avec Brigitte Bardot le lieu de l’actionavait consolidé son statut de vedette internationale. Ces deux derniers films avaient été de gros succès. Mais il avait aussi joué dans une excellente petite production Le monte-charge, adapté par Marcel Bluwal d’un ouvrage de son ami Frédéric Dard[1]. Toujours dans le genre film noir, il va écrire un scénario très personnel qui va lui permettre de brasser une fois de plus ses obsessions, mais en intégrant de nouveaux éléments. Ce sera un film de truands « à la Melville », alors que Melville n’a pas encore défini complétement son style. Il tourne beaucoup, peut-être trop, c’est juste avant qu’il n’endosse le costume de Jeoffrey de Peyrac dans Angélique Marquise des Anges, rôle pour lequel il est encore applaudi dans toute l’Europe aujourd’hui. Il fait partie de ces acteurs qui ne refusent jamais rien les petits rôles comme les grands. Sans doute pense-t-il que cela l’aidera à conforter son statut de star et donc de financer des projets qui lui tiennent vraiment à cœur. En tous les cas, il ne vise pas les projets très lourdement financés. Il ne coûte jamauis très cher, il tourne rapidement et avec peu de monde. Et ses films sont toujours bénéficiaires. En quelque sorte en travaillant sur des budgets très moyens il défend sa propre liberté. Quoi qu’on en dise, il est, en tant que réalisateur, le maître absolu de ses œuvres. Il scénarise, réalise et interprête ses films, c’est un auteur complet, avec un style original fait justement d’une économie de moyens, de silences. Le lieu de l’action est Nice, et on aura droit à une très jolie attaque de fourgon blindé deux ans avant celui filmé par Melville dans Le deuxième souffle du côté de Marseille. Bien entendu les styles ne sont pas les mêmes, mais comme on va le voir il y a des rapprochements possibles, sans doute est-ce une question d’époque. Hossein va tourner trois films avec Marie-France Pisier dont il partageait la vie à cette époque. Celui-ci est le premier, Les yeux cernés sera tourné avec elle la même année et on la retrouvera l’année suivant dans Le vampire de Dusseldorf, film préféré de Robert Hossein. Dans les trois cas l’apport de Marie-France Pisier sera décisif comme source d’inspiration du réalisateur. 

La mort d’un tueur, Robert Hossein, 1964

Tony et Albert sont venus attendre Pierre à la gare 

Tony et Albert sont venu attendre Pierre Massa à la gare de Nice. Celui-ci sort de prison où il a purgé une peine de 5 ans pour l’attaque d’un fourgon blindé. Accompagné de ses amis Massa va chez sa mère à qui il demande des nouvelles de sa sœur, Maria. Il comprend qu’elle est partie avec Luciano. Celui-ci était son ami, mais il était amoureux de Maria, ce que ne supportait pas Pierre qui l’accuse de l’avoir trahi et dénoncé à la police. Le trio va partir à la recherche de Luciano. Ils sont cependant suivis de près par un homme du Vieux qui joeu le rôle de juge de paix sur le milieu. Massa n’arrive pas à retrouver Luciano. Mais il se remémore les moments qu’il a passé avec sa sœur et Luciano. Ses souvenirs le ramènent à la préparation du braquage pour lequel ils sont cinq, Luciano, Albert, Tony, Pierre et Flipper.  A force de chercher, une ancienne maîtresse de Luciano va parler. Le trio se pointe alors et découvre Maria chez Luciano, mais celui arrive et menace tout le monde de son arme. Sur ces entrefaites, l’homme qui suit Massa de partout intervient et demande à toute la troupe de le suivre, le Vieux veut leur parler. Celui-ci est au courant de leur querelle et leur signifie qu’il faudra régler ça le lendemain matin aux Arènes de Nice. Le soir Massa et ses amis se trouve dans un bar-restaurant où il retrouve une jeune femme, Clara qu’il avait déjà entraperçue sur le port. Elle l’emmène dans une étrange maison luxueuse où on donne des strip-teases. Ils passent la nuit ensemble Au matin tout le monde se retrouve aux Arènes, et Pierre comme Luciano doivent présenter leurs arguments. Pierre raocnte le hold-up. Flippe est mort et Pierre a été arrêté alors qu’il venait de cacher l’argent chez sa mère. Pour lui le seul qui pouvait le vendre était Luciano qui l’avait accompagné. Luciano évoque la jalousie de Pierre, disant que c’est pour cela qu’il l’accuse de l’avoir trahi. Le Vieux décide alors que ces querelles familiales doivent se régler à coups de révolver. Chacun a une arme avec une seule balle. Ils tireront tour à tour. C’est Massa qui va tuer Luciano. Maria qui a assisté à la mort de son amant va dénoncer son frère à la police. Massa pendant ce temps partage le butin, laissant une part à Maria. Mais l’homme qui les suit en permanence les prévient que la police les recherches. Les trois hommes tentent de fuir, mais ils sont rattrapés par la police et abattus. Maria viendra reconnaitre le corps de son frère sans même verser une larme sur son cadavre. 

La mort d’un tueur, Robert Hossein, 1964

Pierre retrouva sa mère 

A l’époque la critique pour une fois favorable à Hossein avait salué dans ce film cette transformation du film noir en tragédie, reprenant pour l’occasion les mots d’André Malraux écrits pour la préface de Sanctuaire : « C'est l'irruption de la tragédie grecque dans le roman policier »[2]. Et en effet La mort d’un tueur est bien une tragédie à la manière grecque. La fatalité c’est d’abord le sentiment inconsidéré que porte Massa à sa propre sœur. Et s’il ne couche pas avec elle par respect des convenances, il couchera avec son sosie teint en blond. C’est un thème qui avait été abordé déjà dans Scarface d’Howard Hawks en 1932 et qui avait été très remarqué par la critique. Mais derrière cette première couche d’un amour impossible autant qu’incestueux, il y a bien autre chose : Massa n’est pas jaloux du fait que sa sœur soit amoureuse de Luciano, mais bien que Luciano le délaisse pour sa sœur. Et en tuant Luciano, ce n’est pas lui qu’il punit, mais bien elle pour le lui avaoir enlever ! Lorsque les deux hommes s’affrontent finalement, ils le font avec un révolver, symbole phallique s’il en est. Lorsque Luciano meurt, Massa n’aura pas un regard pour sa propre sœur. Le film est donc une interrogation sur l’amitié virile et ses conséquences. Les vrais amis de Massa sont les deux muets, Albert et Tony, dont la vocation est d’être toujours là, fidèles, pour le meilleur et pour le pire, acceptant même de l’accompagner dans son suicide final. Luciano est trop indépendant pour être son ami. Et d’ailleurs il trahit tout le monde, y compris sa maitresse qu’il sans doute maquereautait. Bien que le mystère de l’arrestation de Massa ne soit pas dévoilé, on peut facilement comprendre que Luciano l’a dénoncé. La seule réponse que donnera Luciano à cette accusation, c’est qu’il n’a jamais donné personne. Mais le milieu sait bien que ce genre de fanfaronade n’a pas beaucoup de sens, et c’est pour ça que le Vieux en son assemblée se refusera à trancher, laissant la parole aux armes. Massa est un vengeur, un vengeur de lui-même, mais en même temps qu’il tuera l’objet de sa haine et de son ressentiment, il sera acculé au suicide, n’ayant plus d’avenir, ni désir. Le désir sexuel qu’il avait pour sa sœur, il l’a en effet réalisé avec Claudia.   

La mort d’un tueur, Robert Hossein, 1964

Ils cherchent après Luciano 

Dans cette stylisation du milieu, on ne cherchera pas une vérité documentaire. Il y a bien trop de chapeaux pour que l’ensemble soit réaliste, de même le milieu, fut-il niçois, ne saurait être structuré de façon pyramidale avec une discipline d’acier, même s’il y avait à l’époque encore des hiérarchies. L’assemblée du milieu présentée par Hossein est comme une église, avec ses hommes en noir qui approuve ce que dit l’officiant par leur silence. Dans tous les domaines de la vie ils pratiquent d’abord un rituel, que ce soit pour préparer un coup, pour se venger ou seulement aller voir leur mère. Massa et ses deux accolytes vont se retrouver à errer dans une ville labyrinthique, le vieux Nice. Cette manière de présenter la ville rappelle qu’on ne peut s’enfuir de son enfer, c’est un peu Icare cherchant son chemin dans le labyrinthe que son père a créé. On ne peu échapper à son destin. Celui-ci apparait d’ailleurs avec la régularité d’un métronome à chaque coin de rue dans la personne de cet homme qui suit Pierre et l’espionne pour le compte du Vieux. Il n’iontervient que très peu et quand il intervient, par exemple en prévenant Massa que sa sœur l’a dénoncé à la police, ça ne change pas le cours de l’histoire. Il enregistre et rend compte, en ce sens il est notre double en tant que spectateur. 

La mort d’un tueur, Robert Hossein, 1964 

Le coiffeur refuse de donner l’adresse de Luciano 

Le récit est conduit à la manièr d’un film noir classique. Il y a la voix off, mais également les flash-backs. Ceux-ci sont filmés avec une photo légèrement surexposée comme pour désigner une époque lointaine où le soleil brillait encore pour Massa. Ces flash-backs permettront également de semer le trouble puiqu’on verra les deux versions de l’arrestation de Massa à partir d’un changement d’angle de la prise de vue. Cela permettra de renforcer la subjectivité du récit et donc de semer plus encore le doute dans l’esprit du spectateur sur la vérité que présente Massa. Il y a ensuite la multiplication de plans filmés à la grue pour représenter le dédale des rues étroites du vieux Nice, donc une multiplication des plongées et des plans éloignés. C’est là une vielle manie d’Hossein que de multiplier ces approches qui ressituent les personnages dans un espace large qui les domine. On note également qu’il reprend ici quelques formes particulières au film noir classique, par exemple els stores vénitiens, ou ces lumières en surplomb qui figurent la conscience, bonne ou mauvaise des protagonnistes. Il y a aussi beaucoup de miroirs, symboles du mensonge généralisé. Et puis il y a la photo que Massa obtient en tirant à la carabine à la fête foraine et qui lui permet de dévoiler les relations entre Luciano et Maria. C’est une idée que reprendra un peu plus tard et avec beaucoup de succès Michelangelo Antonioni dans Blow up. L’idée est que la vérité se matérialise dans l’image figée et sans mouvement. Elle piège l’instant fatal et lui donne une valeur démesurée par rapport au présent. C’est d’ailleurs cette image qui est l’objet de l’obsession de Massa. 

La mort d’un tueur, Robert Hossein, 1964

Une ancienne maîtresse de Luciano parlera 

Le film fourmille d’idées intéressantes. D’abord il y a cette fête saugrenue vers laquelle Claudia entraîne Massa. Son côté sulfureux vient de la juxtaposition entre un pianiste qui semble donner un concert classique et le strip-tease d’une femme blonde devant un parterre de vieux bourgeois. Qu’est-ce que cette maison luxueuse ? Un bordel ? Un club échangiste ? On ne le saura pas. L’étrangeté de cette scène ets renforcé par la danse d’une jeune femme noire qui rentre en transe, à demi-nue sur des rythmes de tambours africains. Mais plus encore, la façon décalée dont sont filmés les visages de ceux qui assitent à ce spectacle, lui donne un aspect minéral que n’aurait pas renié Bergman. C’st Claudia qui entraîne Massa dans ce lieu bizarre. Il y a aussi cette façon d’étirer le temps qui est propre à Hossein. Cet usage de la lenteur ne se réalise que pour ce qui est des sentiments et non des actes. Même quand Hossein prend le temps de dilater la durée lors du duel au pistolet, il ne s’intéresse pas au coup de feu qui va venir, mais aux sentiments que les deux expriment tour à tour en attendant le coup fatal. 

La mort d’un tueur, Robert Hossein, 1964 

Maria n’est pas arrivé à dissuader Pierre et Luciano de vider leur querelle 

L’interprétation est presqu’entièrement centrée sur Robert Hossein dans le rôle de Massa. Il est égal à lui-même, sombre et déchiré, tragique. Marie-France Pisier joue le rôle de Maria et celui de Claudia. On voit bien qu’à la façon de la filmer, Hossein était amoureux d’elle. Cependant, même si elle affiche un joli sourire, il lui manque clairement de la stature. Elle fait trop petite fille, même lorsqu’elle porte une perruque blonde. Son talent d’actrice n’est évidemment pas en cause. A leur côté on retrouve Simon Andreu dans le rôle de Luciano. C’était un acteur espagnol qui cherchait à faire une carrière européenne et qui avait joué dans Constance aux enfers aux côtés de Michèle Morgan. Il est plutôt bon dans les scènes de colère. Mais son rôle n’est pas très étoffé. Robert Dalban et Jean Lefebvre sont respectivement Albert et Tony, les fidèles lieutenants de Massa. Ils n’ont rien à dire, mais c’est une idée originale que de faire de Jean Lefebvre un truand portant des lunettes, lui qu’on a vu presque toujours dans des rôles d’ahuri ou d’imbécile. On reconnaitra encore d’autres habitués de la cinématographie d’Hossein, comme Roger Dutoit dans le rôle du vieux ou Serge Marquand. Paul Préboist est le coiffeur, et Lila Kedrova joue la mère de Massa harassée par les soucis de voir sa progéniture mal tourner. Notez encore le nonchalant André Toscano dans le rôle de Flipper. Cet acteur a très peu joué, mais il était un copain de bringue de Vadim et d’Hossein, on l’avait vu dans une silhouette dans Pardonnez nos offenses, et donc quand il avait besoin d’argent ses amis lui donnait un petit rôle. Mais il n'est pas mauvais du tout.  

La mort d’un tueur, Robert Hossein, 1964

Claudia ressemble étrangement à Maria 

Un film signé Hossein ne peut pas faire l’impasse sur la musique. Comme d’habitude c’est son père qui en signera la partition avec deux très beaux moments, une longue ballade jazzy au saxo sur laquelle dansent Massa et Claudia, et la longue dérive dans Nice quand le trio tente d’échapper à la police. Cette musique lancinante reste bien après le film et marque les esprits. 

La mort d’un tueur, Robert Hossein, 1964 

Dans une maison étrange ils assistent à des numéros de strip-tease 

C’est un très bon film de Robert Hossein, insuffisamment compris selon moi. La critique pour une fois n’a pas été trop désagréable, mais le succès public n’a pas été extraordinaire, même si le film s’est bien vendu dans toute l’Europe. Hossein lui-même ne dit pas grand-chose de ce film comme s’il en avait un peu honte. Ce petit film d’une heure et quart, a été tourné très rapidement. Mais à la vérité La mort d’un tueur a très bien passé les années et se revoit avec plaisir. La scène du hold-up est remarquable de sobriété et d’efficacité, et puis il aimait bien filmer les trains et les gares. Une fois de plus je déplorerais que Ce film ne soit pas réédité en Blu ray, il le mériterait, d’ailleurs même en DVD il n’est plus disponible. Le film bénéficie en outre d’une très bonne photo de Jean Boffety.

 

La mort d’un tueur, Robert Hossein, 1964 

Le hold-up a mal tourné et Flipper y laisse la vie 

La mort d’un tueur, Robert Hossein, 1964

Luciano a été mortellement blessé 

La mort d’un tueur, Robert Hossein, 1964

Pierre et ses amis doivent tirer pour échapper à la police 

La mort d’un tueur, Robert Hossein, 1964

Maria vient reconnaitre le corps de son frère



[2] Le roman est paru en 1933 aux Etats-Unis et en 1931 en France, chez Gallimard, c’est pour cette édition que Malraux écrira la préface.

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