27 Février 2015
The drop est emblématique de la manière moderne de faire des films noirs, dans la lignée des films de James Gray par exemple. A partir d’une histoire assez minimaliste, c’est une étude de caractères, avec une plongée dans une réalité sociale un peu glauque. Ça se passe à Brooklyn autour d’un bar qui recycle de l’argent plus ou moins sale pour le compte de la mafia. Ce bar est tenu par deux cousins, Marv et Bob. Marv est un ancien caïd en perte de vitesse, et Bob un jeune type un peu désabusé qui rend service et qui surtout est tombé amoureux d’un jeune chiot. Incidemment il est aussi attiré par l’étrange Nadia, susceptible et fragile. Deux lntrigues vont se nouer : celle de Bob qui doit affronter Eric un jeune fondu qui le rançonne parce qu’on lui a retiré la garde du jeune chiot pour maltrautance, et celle du braquage du bar au moment où il y a beaucoup d’argent, le jour du Super Bowl. Le braquage est organisé par Marv lui-même qui manipule le violent Eric.
Nadia apprécie le chien de Bob
Le ryhtme est très lent, alors que le film ne dure qu’un peu plus d’une heure et demie. Cette lenteur d’ailleurs permet de faire monter la tension et d’instiller la peur. Mais il est probable que c’est aussi cela qui fait que le film n’a pas eu un beaucoup de succès en dépit de son casting. Cette manière de filmer au ralenti est accentuée du reste par la multiplication, la fragmentation des plans. Roskam multiplie les angles de vue et utilise ainsi pleinement le décor urbain et hivernal de Brooklyn.
Bob récolte l’argent pour la mafia
Si cette manière de filmer est intéressante, la direction d’acteurs est moins sûre. Tom Hardy interprète Bob avec raideur. Il ne devient bon que dans la toute dernière partie du film quand laissant sa passivité de côté, il réagit d’une manière ultra-violente. Gandolfini dont c’était hélas le tout dernier rôle est excellent, oscillant entre dépression et désir de vengeance, utilisant tour à tour une britalité excessive et une sournoiserie à toute épreuve. Noomi Rapace – quel nom ! – qui avait été tout à fait éblouissante dans Millenium, trouve ici difficilement ses marques. Mais le plus impressionnant est sans doute Matthias Schoenaerts qu’on a pu découvrir dans le médiocre De rouille et d’os. C’est un très grand acteur de composition qui, à mon sens, peut jouer n’importe quel rôle.
Eric vient pour rançonner Bob
Le film est une adaptation de Dennis Lehane, auteur selon moi très inégal, mais à succès et à la mode dans le petit monde hollywoodien dont la réputation s’est construit sur Mystic River, pâle réalisation de Clint Eastwood et sur Shutter Island qui fut un gros succès de Martin Scorsese. Ce n’est ni le meilleur, ni le pire de ce qu’il a écrit. La réalisation en trahit pas son esprit si je puis dire dans la mesure ou une attention importante est consacrée à ces petits gestes de la vie quotidienne, à cet aspect un peu déglingué et misérable de la très riche Amérique.
Bob est prêt à payer 10 000 $ pour garder son chien
De l’ensemble on retiendra quelques scènes. L’affrontement entre Bob et Eric lorsque celui-ci prétend récupérer le chien qu’il a battu et abandonné. Egalement la manière dont Marv liquide un de ses anciens complices d’un braquage qui a mal tourné et la fin du film quand Bob cesse de jouer les gentils garçons et dévoile toute sa violence rentrée. On oubliera les bavardages sur les remords qu’on peut éprouver quand on tue quelqu’un, où les scènes grotesques avec des morceaux de cadavre dont il faut évidemment se débarrasser. Si le portrait des mafieux est assez banal, par contre celui du policier qui essaie de faire son métier est tout à fait intéressant.
Marv commence à faire le ménage autour de lui