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Le blog d'Alexandre Clément

The racket, Lewis Milestone, 1928

 The racket, Lewis Milestone, 1928

Lewis Milestone est surtout connu pour son adaptation du roman d’Erich Maria Remarque, A l’Ouest rien de nouveau en 1930, mais il a fait quelques succès marquants, comme la première version d’Ocean eleven en 1960 ou encore The strange love of Matha Ivers en 1946 qui est un excellent film noir avec un e distribution éblouissante, Van Heflin, Barbara Stanwick, le jeune Kirk Douglas et Lizbeth Scott. Cinéaste très engagé, il représentait la gauche hollywoodienne et tourna plusieurs films dits de propagande contre le nazisme. The racket est un film muet, mais incontestablement à la racine du film noir, malgré l’aspect souvent un peu ironique du traitement du sujet. L’action est sensée se passer à Chicago au moment de la prohibition, et c’est pour cette raison que le film sera interdit dans cette ville parce qu’il met en scène sa corruption. Ce film aura un bon succès et fera l’objet d’un remake excellent de John Cromwell avec Robert Mitchum, Robert Ryan et l’inévitable Lizbeth Scott, sous le même titre, mais il est très difficile de comparer les deux parce qu’en passant du muet au parlant tout change dans la manière de construire le sujet[1]. 

The racket, Lewis Milestone, 1928 

Nick Scarsi est un très puissant trafiquant d’alcool 

A Chicago Nick Scarsi est à la tête d’un puissant gang qui trafique l’alcool dans les temps de la prohibition. Il est en guerre avec Spike Corcoran et combien une attaque de façon à se défaire d’eux. Il prévient d’ailleurs le flegmatique capitaine James McQuigg. Mais il se débrouille pour rester en dehors du sanglant règlement de comptes et invite d’ailleurs McQuigg a une fête qu’il donne en l’honneur de son fils. Celui-ci est amoureux de la belle et sulfureuse Helen Hayes, une chanteuse de cabaret particulièrement délurée. Mais le père voit d’un très mauvais œil que son fils s’intéresse aux femmes au lieu de s’intéresser aux affaires et de les faire prospérer. La rencontre entre les hommes de Scarsi et de Corcoran se termine dans une fusillade, Corcoran perd des hommes et sa cargaison de gnole. Mais McQuigg ne peut pas arrêter Scarsi qui le nargue depuis son speakeasy où il a convié tout le monde. Lorsque Corcoran et ses hommes viennent demander des comptes, Scarci le descend. McQuigg l’arrête, mais le procureur qui est payé par Scarsi le fait libérer pour insuffisance de preuves. Pire encore McQuigg va être déplacé dans un commissariat de banlieue où il ne se passe jamais rien. Il ronge son frein, mais un jour le fils de Scarsi fait une virée en voiture avec Helen, ils se disputent, elle quitte sa voiture, mais en manœuvrant imprudemment, le fils Scarsi tue accidentellement un passant. La police l’arrête. Scarsi va tenter de le faire libérer, mais McQuigg reste inflexible, finalement Helen qui se prend de béguin pour un jeune journaliste qui l’admire en tant que chaateuse, se décide à confondre le fils Scarsi. Le père ne l’entend pas de cette oreille et tente de sortir son fils par la force. Dans un accès de colère, il finit par tuer un policier qui n’accepte pas son pot de vin. McQuigg ne cède pas, ni au chantage de Scrasi, ni à la pression d’un avocat puis d’un procureur. Il finit par décider Helen à parler car elle a vu précisément le meurtre du policier. Les choses semblent terminées pour Scarsi, mais il s’empare du revolver avec lequel il a tué le policier, revolver qui avait été vidé de ses munitions par McQuigg, et prétextant cette menace, il des hommes du procureur le tue, on comprend que Scarsi aurait peut-être parlé et mis en cause toute l’organisation crapuleuse qui l’aidait dans ses forfaits. La fin est amère, Helen retournera à sa vie de bric et de broc, de marginale et le jeune journaliste à la recherche de ses scoops. McQuigg reste effondré. 

The racket, Lewis Milestone, 1928 

Le capitaine James McQuigg se demande comment il va intervenir dans la guerre des gangs 

Ce film est tourné en 1928 en pleine prohibition et il montre ce que tout le monde savait, c’est-à-dire que la prohibition n’empêche pas la consommation d’alcool, mais enrichit les gangsters. Elle dure de 1920 à 1933, cette prohibition a été décidée à la sortie de la Première Guerre mondiale parce que le moral des Américains au retour de la guerre était au plus bas, et elle accompagnera la décomposition de l’Amérique jusqu’à l’élection de Roosevelt qui y mettra un terme. A cette époque donc des gangsters deviennent des héros, admirer pour leur richesse et leur capacité à corrompre la société. Ce qui est intéressant dans ce film c’est non seulement qu’il est fait au présent si je puis dire, à chaud, mais aussi qu’il dresse un portrait sans fard de l’Amérique. Le scénario est dû à Del Andrews qui écrira aussi celui d’A l’Ouest rien de nouveau. Malgré le côté sautillant de l’ensemble, c’est très cynique. Il n’y a pas de portrait très positif. Les gangsters sont des crapules dont le manque d’intelligence est manifeste, le policier est très désabusé et ne sait pas trop pourquoi il poursuit son but de mettre en taule Scarsi. Les journalistes sont un peu des imbéciles, fainéants et sans conscience, uniquement à la recherche de scoops qui les feront remarquer de leur patron. Le personnage le plus attachant est sans doute celui d’Helen Hayes. Manifestement c’est une fille paumée. Cependant elle ne veut pas se laisser aller à la tendresse et refuse les avances maladroites de Dave le jeune journaliste. Elle a une force de caractère impressionnante et ne se laisse pas intimidée par qui que ce soit, y compris par le père du jeune Scarsi. Elle représente la jeune femme moderne en voie d’émancipation. 

The racket, Lewis Milestone, 1928 

Les passants profitent de la fusillade entre les gangsters pour récupérer de la gnole 

Le film est fait en deux parties la première traite de la guerre des gangs et la seconde de l’arrestation de Scarsi et ses manigances pour s’en sortir. Le décalage entre les deux parties peut surprendre au premier abord, c’est comme deux films différents. La première partie fonctionne comme un film de gangsters qui se voudrait réaliste et qui s’efforce de ne donner aucun romantisme aux trafiquants d’alcool. Ils sont laids, méchants, sans humour, malgré les petites blagues qu’ils distillent comme un défi à l’ordre établi. L’attitude du père Scarsi est étonnante dans la façon qu’il a de faire la chasse aux femmes. Il y a là quelque chose de trouble qu’Helen perçoit et qu’elle dénonce en le provoquant. Il semble avoir peur d’elle. C’est très étonnant. Son fils est un freluquet qui se laisse mener par le bout du nez par Helen qui le maitrise ouvertement. On sentira chez elle des envies mélangées pour le jeune Dave, mais aussi pour McQuigg qui représente l’homme fort, mais inaccessible. C’est le personnage d’Helen qui est le pivot de l’histoire, tant il joue le rôle de révélateur du caractère des uns et des autres, mais il donne aussi un peu d’humanité et de sourire à une histoire assez sombre. 

The racket, Lewis Milestone, 1928 

La très délurée Helen agace prodigieusement Nick Scarsi 

Ce découpage en deux parties presqu’indépendantes influence beaucoup la mise en scène. La première partie est ouverte et bouillonnante, elle multiplie les décors, le carrefour de l’attentat, la distillerie clandestine, le commissariat, le speakeasy et le salon funéraire où ont lieu des funérailles de Corcoran. La seconde est beaucoup plus ramassée sur le nouveau commissariat de McQuigg, ce qui donne un aspect plus théâtral à la mise en scène. La manière de filmer appartient au muet, et donc, la caméra est très peu mobile. Il y a d’excellentes scènes, l’attaque des chargements de gnole par le gang Scarsi, avec une vue plongeant à travers les persiennes sur une place, ou encore le parcours de ce même Scarsi au cœur de sa distillerie. C’est généralement assez bien rythmé. Milestone travaille au montage avec des plans alternés qui montrent l’affrontement muet pour le coup entre les deux gangs avant que la fusillade n’éclate : les regards parlent. Evidemment les poursuites en voitures sont un peu justes. 

The racket, Lewis Milestone, 1928 

Spike Corcoran a été abattu par Scarsi 

En fait Milestone compte beaucoup sur les plans rapprochés et sur les expressions de ses interprètes. La tête d’affiche c’est Thomas Meighan, acteur venu du théâtre, dans le rôle de James McQuigg. Il est très expressif sans en rajouter, d’une manière subtile pour l’époque. Il décédera assez jeune et il est bien oublié aujourd’hui. Il y a ensuite Louis Wolheim dans le rôle de Nick Scarsi. Il a un physique incroyable, le nez cassé, le portrait parfait de la brute épaisse, une sorte de William Bendix avant l’heure. Mais il joue sa partition très finement avec beaucoup de maitrise. Et puis il y a Marie Prévost, une actrice canadienne, décédée elle aussi très jeune et injustement oubliée. Elle est vraiment excellente et manifeste un grand abattage dans le rôle d’Helen. Il y a beaucoup de provocation dans le portrait qu’elle dresse d’une jeune femme émancipée. Rien que pour elle le film vaut le déplacement. Le reste de la distribution est plutôt fade, mais ça n’a pas beaucoup d’importance. 

The racket, Lewis Milestone, 1928 

Les obsèques de Corcoran attirent beaucoup de monde 

Le film, produit par Howard Hugues, connut un bon succès, justifié à mon sens. Récemment restauré, il bénéficie d’une belle image, mais il est accompagné d’une musique un peu trop ronflante, comme si elle voulait prendre de la distance avec la pellicule. Beaucoup n’aiment pas les films muets, mais c’est un tort, ils ont des qualités très souvent que les films parlants ne possèdent pas. Le travail sur l’image donne souvent de la densité que les paroles gomment, laissant le spectateur jouer peut-être un peu plus avec son imagination. 

The racket, Lewis Milestone, 1928

Dave, l’apprenti reporter en pince pour Helen et vient la voir en prison  

The racket, Lewis Milestone, 1928

Nick Scarsi a été abattu



[1] http://alexandreclement.eklablog.com/the-racket-john-cromwell-1951-a114844782

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