• Le rideau déchiré, Torn curtain, Alfred Hitchcock, 1966

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    Film d’espionnage de série au scénario des plus convenus, Torn curtain est très mauvais. La réalisation est une des pires qu’Hitchcock ait donné, si on excepte les tous derniers opus de sa carrière, comme Frenzy ou Family plot. Ce fut un échec critique et commercia, alors même que Paul Newman et Julie Andreus étaient au faîte de leur gloire. Venant après l’échec cuisant de Marnie, ce film confirme qu’Hitchock se trouvait alors sur une pente déclinante. Marnie est un des rares films intéressant d’Hitchock, malgré ses outrances dans le traitement. J’avais vu Torn curtain à sa sortie, et je ne l’avais pas aimé, prêt de cinquante ans ont passé, mais mon avis n’a pas changé.

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    Sarah va récupérer un livre pour Michael 


    Michael et Sarah filent le parfait amour. Michael est professeur, et Sarah son assistante.  Ils projettent de se marier bientôt. Profitant d’un congrés à Copenhague, Michael va en profiter pour passer à l’Est où il compte offrir ses services. Sarah est complètement bouleversée, puisqu’elle a toujours cru que Michael qui travaille dans le domaine de la physique nucléaire était un bon Américain. Evidemment c’est une ruse, car son but est de voler le secret d’un savant allemand, le professeur Lindt. Mais suivi comme son ombre par un garde du corps un peu collant, Gromek, il va être obligé de le tuer dans une ferme isolée, tenue par des membres d’un réseau d’espionnage au service des Américains.

    Dès lors Michael doit en même temps lutter pour éviter de se faire mettre la main dessus par la redoutable Stasi, et pour rencontrer le professeur Lindt et lui voler son secret. Entre temps il a dit la vérité à Sarah qui du coup a retrouvé le sourire. Le secret du professeur Lindt il l’obtiendra en jouant sur son orgueil, en le provoquant au cours d’une joute intgellectuelle au tableau noir. Le reste n’est que fuite en avant, les situations sont rocambolesques et s’additionnent les unes derrières les autres dans une invraisemblance extravagante.

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    Apprenant que Michael va passer à l’Est, Srah est désemparée 


    La grande pitié qu’inspire ce film n’est pas forcément dans le caractère bêtement anti-communiste du sujet, on en a vu d’autres, mais plutôt dans la paresse du traitement de l’intrigue. C’est traité sans recul, ce n’est ni drôle, ni tragique. Sans inventivité, le film enfile cliché sur cliché. Du début jusqu’à la fin, malgré les scènes d’action, il ne se passe rien. Pire encore, Paul Newman et Julie Andrews ont l’air de s’ennuyer : il n’y a pas une once d’émotion. C’est du reste un des rares films où on ne voit jamais Paul Newman sourire. Julie Andrews est complètement en retrait, souriant le plus souvent niaisement. On n’arrive jamais à trembler pour nos deux héros. L’absence de suspence est totale, au tiers du film Michael vend la mèche à Sarah – alors qu’on aurait pu jouer un peu mieux sur cette ambiguité, Sarah hésitant entre son patriotisme et son amour pour Michael.

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    Avec la complicité de la fermière, Michael tue son garde du corps 


    Des scènes groteques qui ne font rire personne émaillent l’histoire, comme cette vieille folle jouée par Lila Kedrova, où encoe celles qui tendent à démontrer que les communistes sont forcément des gens stupides. La trop longue scène de la fuite dans un bus rempli de comploteurs au service de l’Amérique rallonge inutilement le film. Je passe sur les grossières transparences.

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    En rusant, Michael obtient les secrets du professeur Lindt 


    C’est pourtant un film à gros budget, le dernier film à gros budget d’Hitchcock. Les décors sont soignés, la photo est bonne, même si le cadre est loin d’être parfait. Il n’y a pas de fluidité dans la mise en scène comme souvent Hitchcock savait le faire. Au contraire, c’est toujours heurté et sautillant. Par exemple quand la police fouille le théâtre, le découpage devrait nous faire passer un grand frisson. Mais pas du tout, c’est plat. Cette scène se conclura par une astuce : Michael criant au feu de façon à déclencher une panique générale et pour pouvoir s’enfuir.

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    Recherchés par la police, Sarah et Michael essaient de repasser à l’Ouest 


    Le moins qu’on puisse dire, c’est que ce film a terriblement mal vieilli. Il est aussi un peut le décalque d’un autre film d’espionnage, Pas de laurier pour les tueurs, de Mark Robson, tourné en 1963 avec le même Paul Newman. Celui-ci outre qu’il y exhibe le même manteau, lors de la remise des Prix Nobel, devait sauver un vieux savant des griffes de services secrets russes. A la différence de Torn curtain, le film était bon. La critique l’avait alors rapproché de North by northwest d’Hitchcock ! Dans le film de Robson, Paul Newman souriait, et ne se trimbalait pas cette tonalité lugubre de Torn curtain. Mais sans doute le déclin d’HItchock était-il irréversible depuis le début des années soixante.

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    Ils se réfugient dans un théâtre



     

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