•  Vincent Quivy, Alain Delon, Le seuil 2017

    Il existe de très nombreux ouvrages sur Alain Delon. La plupart sont plutôt venimeux, comme si leur auteur avait un compte personnel à régler avec l’acteur. L’ouvrage de Vincent Quivy n’échappe pas à cette remarque, il s’essaie même à être le pire. On remarquera qu’il n’y a aucune photo de Delon dans cet ouvrage, et non plus sur la couverture, il est évident que Delon ne lui aurait sans doute pas accorder ce droit. De même Quivy fait comme s’il avait choisi de ne pas rencontrer Delon pour construire son livre. Il va de soi que, vu sa tournure d’esprit et le but qu’il s’est fixé, il aurait été plutôt mal reçu[1]. Quivy nous dit qu’il a écrit ce livre non pas parce qu’il aime Delon, mais parce que les ouvrages qui ont été écrit sur lui ne lui plaisaient pas. Entendons par là qu’ils n’étaient pas assez dans l’éreintement de la star. Il y avait pourtant un ouvrage un peu du même genre, celui de Bernard Violet, Les mystères Delon, paru chez Flammarion en 2000. Celui de Quivy est dans la même lignée, quoique plus paresseux et moins sérieux dans la quête de sources fiables. Je ne vais par reprendre les approximations qui émaillent son ouvrage, il y en a à toutes les pages, je me contenterais d’insister sur la démarche.

    Se prétendant historien, Quivy fait semblant d’avoir réalisé une enquête sérieuse sur l’acteur. Ce n’est pas vrai, il s’appui seulement sur une collection d’articles et d’interview qu’il a rassemblés de ci de là. Ce sont des sources de deuxième main, et seul un naïf s’y tromperait. Et encore il utilise les ciseaux pour découper dans ces articles ce qui peut lui servir à dénigrer Alain Delon, faisant très attention à ce que rien de positif ne puisse déranger sa diatribe. On ne sait pas trop ce que Delon lui a fait. On comprend bien qu’on puisse ne pas aimer tel ou tel acteur. Moi aussi il y a des acteurs qui m’agacent. De là à écrire un livre à charge c’est quelque chose de plutôt singulier. Il va couvrir son entreprise de dénigrement systématique en mettant en avant le fait que Delon n’est pas seulement un acteur, mais le symbole de l’histoire de la France, plus un personnage médiatique qu’un artiste. Il est vrai que Delon appartient à l’histoire de la France, et qu’il a symbolisé le renouvellement du cinéma français au début des années soixante. C’est donc aussi un phénomène culturel et social, comme Brigitte Bardot, qui a été célébré dans le monde entier.

      Vincent Quivy, Alain Delon, Le seuil 2017

    Le but unique de Quivy est donc de rabaisser Delon. D’abord de le présenter comme l’enfant de petits bourgeois, et non pas comme étant issu d’un milieu populaire, histoire de relativiser ses succès quand il entreprendra de faire du cinéma. Il le présente ensuite plusieurs fois comme un menteur en mettant en contradiction principalement des déclarations qu’il aurait faites à des journalistes différents au fil des années. Le plus souvent ces contradictions concernent des points très mineurs sur lesquels, faute de témoignages, il est impossible de trancher. Mais aussi ces contradictions proviennent également du fait que ce sont des interviews qui sont cités et que ceux-ci entraînent naturellement des approximations et des variations dans le temps.

    Plus gênant quand on écrit un ouvrage sur un acteur comme Delon, Vincent Quivy a des connaissances en matière de cinéma très lacunaires. On le verra par exemple parler de Gina Lollobrigida comme d’une gloire éphémère ! Elle a juste tourné dans plus de cinquante films entre 1946 et 1966, elle a tourné avec Pietro Germi, Luigi Zampa, Bolognini, Robert Mulligan, Roberto Castellani, King Vidor, Vittorio de Sica. Et j’en passe. Elle fut un pilier du cinéma italien dans ces années-là.  De même il parle des films d’Alain Delon, et on se demande s’il les a vus. C’est patent quand il traite de Quelle joie de vivre ! Qui est un des films préférés d’Alain Delon. Il n’est guère plus amène avec certains cinéastes, Charles Vidor est désigné comme une nullité absolue, alors que celui-ci a tout de même réalisé Gilda, ce que Quilvy ne semble pas savoir. 

    Vincent Quivy, Alain Delon, Le seuil 2017 

    Sa haine de Delon lui fait oublier que l’acteur a tourné 4 films avec René Clément, 2 avec Luchino Visconti, 3 avec Melville, 1 avec Michelangelo Antonioni, 2 avec Joseph Losey, dont le fameux Monsieur Klein qu’il a produit lui-même. De même il a produit et joué dans le superbe film d’Alain Cavalier, L’insoumis, film qui eut les pires ennuis avec la censure. Peu d’acteurs auront tourné dans autant de chef d’œuvres. A propos de L’insoumis Quivy le présente comme un échec personnel de Delon producteur. Arguant qu’il a fait peu d’entrées. Il a effectivement fait moins de 800 000 entrées. Mais la raison principale est que ce film n’a pas pu avoir une exploitation normale, il a été interdit par la justice au bout de quelques jours et retiré de la circulation pendant des années. Depuis ce film est devenu une référence pour les cinéphiles et ceux qui aiment le film noir, il reste un des meilleurs rôles de Delon et sans doute le meilleur film de Cavalier. 

    Vincent Quivy, Alain Delon, Le seuil 2017 

    René Clément, Jane Fonda, Alain Delon et Lola Albright 

    Vincent Quivy avance que Plein soleil a sa sortie fut assez mal reçu. Quivy n’aime pas ce film qu’il considère comme du sous-Hitchcock, avec trop de gros plans et une musique surchargée. Mais quelques pages plus loin il nous explique pourtant que ce film réalisa un carton au Japon et que c’est pour cette raison que Delon était très connu dans ce pays qui le célébra comme jamais un acteur français le fut. C’était une très grande vedette en Italie aussi, et plus généralement dans tous les pays européens, de l’Espagne à la Russie. On voit donc que Quivy mêle ses propres jugements esthétiques assez peu fondés à une diatribe continue contre Delon. Il minimise ses qualités d’acteur au point d’affirmer que Le guépard est ce qu’il a fait de mieux en tant qu’acteur, et qu’ensuite ce sera une longue descente. 

    Vincent Quivy, Alain Delon, Le seuil 2017 

    Evidemment sa longue carrière compte son lot de productions médiocres et d’échecs, mais c’est le cas de toutes les grandes stars qu’elles officient à Paris, à Rome ou Hollywood. Ce n’est pas de cela que Quivy discute, mais plutôt du caractère de Delon qui ne lui plait pas. Il nous en offre une sorte de psychanalyse sauvage, en partant d’une analyse assez confuse de la famille d’Alain Delon et des conflits qu’il aurait connus dans son enfance tiraillée entre son père et sa mère. Ne connaissant pas personnellement Delon, je ne me fierais pas à ce qu’on peut percevoir de lui pour produire une étude de son caractère. Les échos que j’ai eus de sa personnalité, notamment directement par René Clément qui l’a dirigé à quatre reprises, sont tout à l’opposé de ce que dit Quivy. Clément le présentait comme un homme droit et fidèle, intelligent et attentif. Certainement que les fréquentations connues de Delon avec des voyous peuvent choquer des gens bien-pensants comme Quivy. Mais quelles que soient les analyses que celui-ci fait, il est incapable d’en dire quelque chose d’intéressant et de personnel. Et d’ailleurs qui à part Delon pourrait dire quelque chose sur sa propre vie intime et ses ressorts qu’on ne connait pas vraiment en dehors de l’écume qu’en rapporte les journaux. On le sait bien que le cinéma regorge de personnages extravagants, et Delon est aussi un homme de cinéma. D’autres ont eu des relations comme on dit douteuses, à commencer par Belmondo qui s’était empêtré dans une relation avec une Barbara Gandolfi, drivée par son souteneur[2].  

    Vincent Quivy, Alain Delon, Le seuil 2017

    Mais il faut bien de temps en temps parlé de cinéma. Ne s’inquiétant pas de se contredire, Quivy finit par affirmer que Le professeur, le film de Zurlini, est excellent, peut être le meilleur film du réalisateur italien. Produit par Delon ce fut en outre un gros succès public particulièrement en Italie, car les films de Delon se vendaient aussi à l’étranger et que parfois un film passé un peu inaperçu en France était un succès dans le reste de l’Europe. Ne vérifiant pas toujours ce qu’il raconte, Quivy en vient à dire des contrevérités grossières. Par exemple il nous affirme que Delon et Melville étaient fâchés d’une manière irrémédiable après Un flic. C’est bien possible, mais cette brouille, comme c’est presqu’inévitable entre des caractères aussi peu nuancés que Melville et Delon, ne dura pas. On sait que Melville, juste avant de mourir, avait un nouveau projet avec Delon, il se serait agi de mettre en scène de nouvelles aventures d’Arsène Lupin.  

    Vincent Quivy, Alain Delon, Le seuil 2017

    Ce qui m’interpelle, c’est que dans le milieu du cinéma les caractères emportés et autoritaires pullulent. Par exemple Melville avait une sacrée réputation d’emmerdeur, et il est certain qu’il ne devait pas être facile à fréquenter. Mais pourtant quand on écrit quelque chose sur ce réalisateur tatillon, on ne passe pas son temps à décortiquer les raisons qui font qu’il était comme ci ou comme ça. On analyse son travail et sa production. On sait aussi que Lino Ventura ou Jean Gabin avaient des caractères pour le moins difficiles. Comme Delon, Gabin et Ventura n’aimaient pas multiplier les prises. Mais eux non plus n’ont pas eu droit à ce traitement qui est réservé au seul Alain Delon : on parle de leur carrière, de leurs films, on essaie d’évaluer ce qu’ils ont pu apporter au cinéma. Delon a droit à un traitement à part. Cela semble vendeur que de passer son temps à l’injurier et à le traiter comme un moins que rien. Quivy le décrit comme un adolescent capricieux et immature, même quand il est déjà devenu une vedette et qu’il a eu fait trois ans d’armée. Chez Quivy l’adolescence semble durer longtemps pour faire tenir ses salades jusqu’à la petite trentaine. Je ne veux pas prendre la défense de Delon, il n’a pas besoin de moi, sa carrière parle pour lui. Je veux juste dénoncer cette manière médiocre de tenter de gagner quelque argent en cassant du sucre sur le dos d’une personnalité qui est beaucoup plus grande que soi. Pour le reste je croyais la maison d’édition Le seuil un peu plus sérieuse tout de même. 

    Vincent Quivy, Alain Delon, Le seuil 2017

     

     

     


    [1] http://www.letelegramme.fr/france/vincent-quivy-delon-n-aime-que-delon-18-11-2017-11745075.php

    [2] http://www.lefigaro.fr/cinema/2016/12/07/03002-20161207ARTFIG00168-l-ex-compagne-de-jean-paul-belmondo-jugee-pour-escroquerie-ne-s-est-pas-presentee-au-tribunal.php

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  •  Temps noir et l’affaire Michel Audiard

    Pour le meilleur et surtout pour le pire, Michel Audiard est incontestablement un personnage qui a compté dans le cinéma français. Pendant longtemps il a été considéré comme un petit rigolo, un blagueur qui usait de méchantes petites ficelles pour vendre une soupe un peu aigre. Il était ciblé comme un homme de droite, poujadiste, réactionnaire. Ces bons mots contre les impôts par exemple plaisaient beaucoup. A moi, un peu moins. Mais au-delà de la vulgarité du propos, basée sur un argot de cuisine qui se voulait dans la lignée de Céline[1] – évidemment – il y avait des choses plus gênantes. J’avais remarqué ça dans le film Un taxi pour Tobrouk. C’était en 1961. L’histoire racontait le délicat voyage d’un groupe hétéroclite dont un Allemand. Le but était de démontrer que, Allemand ou Français, juif ou autre, on se retrouvait tous dans la même galère. Mais en outre la fin insistait sur les Résistants de la 25ème heure[2]. C’est en effet au début des années soixante que les anciens collabos relèvent la tête. Ils pensent qu’ils ont été oubliés, et donc ils vont peu à peu prendre la tête de la lutte contre le « résistancialisme ». Ces thèses ont un écho certain dans le peuple parce qu’on en a un peu marre de célébrer la Résistance à tout bout de champ, et que le général De Gaulle en revenant au pouvoir en 1958 va perdre de son aura au fur et à mesure que le temps passe et que sa politique devient de plus en plus droitière[3].

    On connaissait aussi les propos douteux de Michel Audiard sur Céline. Dans une interview à un journal d’extrême-droite (ce qui n’est pas un hasard) qui date de 1980, il disait ceci : 

    « On a oublié que les fameux écrits antisémites qu’on lui a tant reprochés ont été écrits bien avant la guerre. Donc, avant l’occupation. Alors, pourquoi cette hargne ? Jusqu’à plus ample informé, on avait bien le droit d’être anti-maçon ou antisémite. Si on n’avait pas pu, il fallait le dire. Fallait le faire savoir : « Il est interdit d’être antisémite, sous peine de prison ». Alors, il aurait été arrêté. Mais il fallait prévenir. On a donc été de mauvaise foi avec Céline.

    Mais où je m’insurge aussi, c’est au moment où les avocats et défenseurs de Ferdinand disent qu’il n’a jamais été antisémite. Alors là, c’est de la connerie. C’est idiot. Cela ne le diminue en rien, bien au contraire. (…) Car finalement, au milieu de cette apocalypse qu’il nous a proposée, la seule chose qu’on retient contre lui, c’est son antisémitisme. Il avait le droit de dire du mal de tout le monde sauf du Juif. Alors là, le Juif nous casse les couilles et vous pouvez l’écrire en toutes lettres. »[4]

    Audiard détestait les politiciens et le parlementarisme, ses dialogues en attestent. Et c’est ce qui l’a fait qualifier abusivement d’anarchiste de droite. Mais les nazis les plus enragés, à commencer par Céline avaient une telle haine de la République que cela pouvait passer pour une simple critique des lourdes turpitudes des politiciens. A la Libération, il fut inquiété fort justement parce qu’il était membre du groupe Collaboration, qui regroupait l’élite des intellectuels pro-allemands, il s’en tira en arguant du fait qu’il y aurait été inscrit à son insu, argument très peu crédible.  

    Temps noir et l’affaire Michel Audiard

    Egalement quand on lit La nuit, le jour et toutes les autres nuits[5], on se rend compte qu’Audiard faisait semblant de ne pas avoir pris parti, ni pour ni contre les Allemands, sous-entendant que malgré l’Occupation, il pouvait y avoir des gens très bien chez les Allemands comme chez les Français, nonobstant la guerre. En général quand on commence à faire ce genre de concession, c’est qu’on a quelque chose à se reprocher. Et ça n’a pas loupé. Certes, Michel Audiard, plus malin qu’intelligent, avait toujours masqué ses propres engagements politiques dans la collaboration. Et je ne parle même pas du fait qu’il travailla aussi avec Albert Simonin, un vrai collabo issu des milieux populaires qui fit aussi de la prison à la Libération pour ses écrits antisémites avec Henri Coston.

    Le dernier numéro de l’indispensable revue Temps noir [6] sous la plume avisée de Franck Lhomeau a tenté de faire le point sur Michel Audiard dans la collaboration. Le petit-fils du dialoguiste, a tenté une défense bien maladroite de son grand-père, au motif qu’il aurait changé après-guerre et que lui-même ne l’avait jamais entendu dire du mal des Juifs[7]. Evidemment Michel Audiard savait très bien que c’était plutôt mal vu de revenir sur ce sujet. Pourtant s’il avait été un peu plus attentif dans ses lectures, Stéphane Audiard se serait rendu compte que son grand-père ne s’était pas contenté de cracher sur les Juifs, mais qu’il aimait bien dénigrer aussi les Résistants, et cela bien après la Libération.

     

     


    [1] Il m’a toujours semblé que Céline, comme Audiard, ne pratiquait pas vraiment une langue argotique populaire, mais que cette recréation était plutôt destinée à épater les bourgeois.

    [2] Ce thème sera repris sans que cela nous étonne par son fils, Jacques Audiard, dans Un héros très discret en 1996. Comme quoi les chiens ne font pas des chats.

    [3] Pierre Laborie, Le chagrin et le venin, Bayard, 2011.

    [4] Le Nouvel Europe Magazine, décembre 1980. Ce magazine belge défendait une vision intégriste du catholicisme et était dirigé par un ancien collabo grand-teint, Emile Lecerf, qui pendant la guerre avait travaillé pour des revues collaborationnistes et racialistes.

    [5] Denoël, 1978.

    [6] Numéro 20, octobre 2017

    [7] http://www.lefigaro.fr/cinema/2017/11/16/03002-20171116ARTFIG00004-si-vous-me-permettez-de-defendre-la-memoire-de-mon-grand-pere-michel-audiard.php

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  • Hot Spot, The hot spot, Dennis Hopper, 1990

    C’est pour moi la meilleure adaptation cinématographique des œuvres de Charles Williams, et de loin. La maitrise technique, le classicisme de la mise en scène sont étonnantes sachant que par ailleurs Dennis Hopper a très peu tourné en tant que réalisateur et que ses films n’ont pas laissé le souvenir d’une grande réussite. The hot spot est devenu au fil des années une sorte de classique de ce qu’on qualifie de « néo-noir ». Contrairement aux histoires de bateaux que Charles Williams aimait raconter, ici il ne s’agira pas d’une histoire linéaire, les surprises sont constantes et l’intrigue très complexe. On remarquera d’ailleurs que plus l’histoire est noire, et plus l’érotisme est présent, comme une compensation. Ici elle met en scène un personnage louche en voie de rédemption, une sorte de voyou. C’est dans ce genre de portrait que Williams est le meilleur. Cynique et pessimiste, le roman ne met en scène que des menteurs et des voleurs, toujours prêts à contourner la loi pour un bénéfice somme toutes aléatoire.  

    Hot Spot, The hot spot, Dennis Hopper, 1990

    Harry Madox arrive dans la petite ville de Landers au Texas, il semble fuir quelque chose et n’a pas un passé très clair. Très vite il va s’imposer auprès de Harshaw comme un vendeur de voitures d’occasion. Il a le bagout qu’il faut et le culot aussi. Il va accompagner Gloria, la comptable de l’entreprise, qui doit encaisser les traites d’une voiture achetée par le louche Sutton. Maddox se rend compte que Gloria ment, et que sans doute Sutton la fait chanter. Peu après Maddox va faire la connaissance de Dolores Harshaw, l’épouse nymphomane et prédatrice de son patron. Elle se jette littéralement sur lui, et bien que Maddox la sente comme un danger pour sa propre sécurité, il ne peut pas s’empêcher d’avoir des relations sexuelles torrides avec elle. Un incendie accidentel va donner l’idée à Maddox qui visiblement cherche les ennuis, de cambrioler la banque du petit patelin. Il monte l’affaire d’une manière ingénieuse, déclenchant un incendie à l’aide d’un petit réveil. Pendant que la population est occupée par cet accident, il a les mains libres pour piller la banque. Il ne croisera qu’un vieux noir aveugle. Puis, après avoir mis son butin à l’abri dans le coffre de sa voiture, il vient aider à combattre l’incendie, il sauvera même un clochard de la mort. Tout le monde le remarque. Cela lui est nécessaire pour avoir un alibi. Parallèlement il va développer une relation amoureuse, plutôt platonique, avec la jeune et belle Gloria. Malgré la solidité de son alibi, le shérif le soupçonne d’être l’auteur de l’incendie, d’autant que le vieux noir reconnait sa manière de respirer. Mais c’est Dolores Harshaw qui va lui fournir un autre alibi qui lui permet d’être relâcher. Il apprend que l’horrible Sutton fait chanter la jeune Gloria. Prenant fait et cause pour elle, il va se mêler, une fois de plus, de ce qui ne le regarde pas. Il va donner une raclée mémorable à Sutton le menaçant de recommencer s’il ne laisse pas Gloria tranquille. Maddox commence à faire des projets d’avenir avec Gloria, mais Dolores est jalouse et ne veut pas le lâcher. Du reste Sutton va revenir à la charge et recommencer son chantage contre Maddox qu’il prétend avoir vu sortir de la banque, et bien sûr auprès de Gloria. Maddox va tuer Sutton et laissera des billets de banque qui sont numérotés, pour faire croire que celui-ci est le casseur de la banque. Tout semble devoir finir tranquillement, mais Dolores tue son mari en provoquant une ultime crise cardiaque. Elle convoque Maddox et Gloria pour leur dire qu’elle les garde à son service, elle fait comprendre à Maddox qu’il doit renoncer à Gloria, sinon elle le dénoncera aussi bien pour le cambriolage de la banque que pour le meurtre de Sutton. Maddox voit ses rêves bleus s’envoler, d’autant que Gloria croit qu’il l’a trahie. 

    Hot Spot, The hot spot, Dennis Hopper, 1990 

    Harshaw et Lon voient Maddox s’imposer comme vendeur 

    A quelques détails près, le scénario respecte tout à fait la lettre et l’esprit du roman, bien qu’il se passe en 1990, alors que le roman a été publié aux Etats-Unis en 1953. Pour contourner ce décalage chronologique, Dennis Hopper a usé de quelques astuces, comme par exemple d’utiliser quelques véhicules qui datent peut-être des années cinquante, la Cadillac rose de Dolores, ou la Studebaker de Maddox. Plusieurs thèmes vont s’entrecroiser. D’abord il y a Maddox, un homme astucieux assurément mais qui se croit bien plus fort qu’il n’est. Son point faible est bien sûr la femme, non seulement la perverse et nymphomane Dolores, mais aussi l’ingénue Gloria, car s’il se fait piéger finalement par Dolores, c’est bien parce qu’il a eu des élans paternalistes et protecteur pour la jeune comptable. Il est donc pris entre deux femmes : l’une qui est chaude bouillante et qui ne pense qu’à dominer et à s’envoyer en l’air avec toutes les queues qui passent à sa portée, l’autre qui est toute en retenue au contraire, mais qui est punie pour sa pureté d’intention. On est dans le schéma du Marquis de Sade qui oppose Justine à Juliette, la vertu au vice, et c’est ce dernier qui gagne toujours. Cependant l’enjeu est, au-delà de la cupidité, la femme comme trophée d’une lutte sournoise. Maddox se heurte au frustre Sutton et le tuera justement parce qu’il menace son hégémonie auprès de ses deux maîtresses. La chaleur n’arrange pas les choses, et tous ces pantins sont atteint d’une fièvre incurable qui les balance les uns contre les autres dans une sarabande frénétique. Seule Gloria paraît échapper à cette malédiction, mais elle n’a pas les moyens de ses ambitions, et d’ailleurs elle ment tout autant que les autres. Le contrepoint de ces turpitudes, ce sont les voisins de Maddox qui lisent la Bible tous les soirs avant de s’endormir ! 

    Hot Spot, The hot spot, Dennis Hopper, 1990 

    Sutton fait chanter Gloria 

    Le film devait être monté à l’origine, dans les années soixante, avec Robert Mitchum, et puis cela ne s’est pas fait. C’est le scénario de Nona Tyson de 1962 qui a été récupéré par Dennis Hopper. La réalisation est impeccable. Tourné en écran large, il y a un travail sur les couleurs qui est remarquable, comme une rémanence de Hopper, le peintre, avec cette mise en valeur de l’Amérique profonde. C’est donc un portrait d’une Amérique tourmentée, travaillée par les démons de la chair et la cupidité. La chaleur est très sensible, l’air vibre. Plusieurs scènes sont mémorables. D’abord les panoramiques qui servent à saisir l’intensité des incendies et du cambriolage de la banque. Il y a justesse dans les rapports entre Maddox et le décor qui donne à voir que celui-ci n’est qu’une pièce rapportée à l’ensemble de la petite ville. Ensuite les scènes où Maddox affronte Sutton. Il enfile ses gants après que Sutton soit arrivé, puis il le tabasse d’une manière méthodique. La violence est assez effroyable et gagne encore en intensité quand Maddox le tue. Les scènes érotiques sont aussi très explicites. Rien n’est épargné au spectateur, Dolores nous entraîne à la suite de Maddox dans une ronde du sexe dont on ne peut se soustraire. 

    Hot Spot, The hot spot, Dennis Hopper, 1990 

    Dolores arrive dans sa Cadillac rose et veut séduire Maddox 

    La grande réussite du film repose sur l’interprétation. Don Johnson a rarement été si bon dans le rôle de Maddox. Il faut dire qu’il a été habitué plutôt à des rôles assez peu nuancés. Au départ le rôle fut proposé à Harrison Ford, Kevin Costner et même Richard Gere. Mais Don Johnson est éclatant. Il présente ce mélange particulier d’arrogance, voire de vulgarité et de violence qui le désigne comme un psychopathe, en même temps qu’il devient une proie facile pour des prédatrices. Les femmes sont également bien choisies : d’un côté la vicieuse et retorse Dolores incarnée par la blonde Virginia Madsen, de l’autre la tendre et fragile Gloria qui est jouée par une excellente Jennifer Connelly, à l’origine le rôle devait aller à Uma Thurman, je pense pour ma part que c’eût été dommage. Cette dernière est bien trop grande et solide. D’une manière ou d’une autre, toutes les deux représentent une force morale qui fait défaut à Maddox. Mais les seconds rôles sont tout à fait à la hauteur, d’abord le sinistre Sutton incarné par William Sadler. Il joue beaucoup de son regard par en dessous et de sa voix traînante pour se faire encore plus menaçant que s’il avait une carrure aussi imposante que celle de Don Johnson. Ensuite Jerry Hardin qui est Harshaw, le bougon patron du commerce de voitures d’occasion, et puis le très bon Charles Martin Smith dans le rôle de Lon, le petit vendeur qui fait ami-ami avec Maddox. Plus contestable est l’interprétation de Julian par Jack Nance qui cabotine beaucoup tout de même. Mais c’est un défaut mineur. 

    Hot Spot, The hot spot, Dennis Hopper, 1990 

    Maddox est fasciné par Gloria  

    Le film n’a pas été un très grand succès commercial à sa sortie, peut-être à cause du manque de notoriété des acteurs, mais peu à peu il a gagné ses lettres de noblesses au Panthéon du film noir. C’est pourtant à mon sens la meilleure adaptation d’un roman de Charles Williams. La musique de Jack Nitzsche est excellente, les amateurs y reconnaitront aussi la trompette de Miles Davis, ce qui n’es pas rien tout de même. Wild Side a publié un très bon Blu ray de ce film en 2015. 

    Hot Spot, The hot spot, Dennis Hopper, 1990

    Maddox vient de sauver un clochard de l’incendie 

    Hot Spot, The hot spot, Dennis Hopper, 1990 

    Dolores semble avoir gagné la partie

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  •  Calme blanc, Dead calm, Philip Noyce, 1989 

    Ce roman de Charles Williams qui fait partie de la série des aventures en mer, avait été un projet de film d’Orson Welles à la fin des années soixante. Il aurait dû être interprété par Jeanne Moreau et Laurence Harvey. Une grande partie des prises de vue a été tournée. C’est un film inachevé aussi bien pour des questions de budget que parce que Laurence Harvey est mort[1]. Par ailleurs, Dead calm, le roman est une suite de Aground, traduit sous  le titre de L’arme à gauche[2]. Les deux personnages principaux, Ingram et Rae se sont connus dans les Caraïbes quand le bateau de Rae a été volé, puis, après bien des aventures ils se sont mariés. Evidemment les deux ouvrages peuvent se lire indépendamment. Mais il est curieux de voir que le couple Ingram-Rae, après avoir connu des terribles tribulations, va connaître encore des aventures pour le moins affreuses. La parenté entre les deux ouvrages est très forte : à chaque fois le couple est isolé sur un bateau, et à chaque fois il doit subir la loi d’une sorte de psychopathe. Cependant cela ne concerne pas vraiment le film.  

    Calme blanc, Dead calm, Philip Noyce, 1989

    Rae et Ingram ont perdu un enfant dans un stupide accident de la circulation. Pour tenter de guérir Rae de ce traumatisme, Ingram va l’emmener sur un bateau pour faire une longue croisière à deux. Par un moment de « calme blanc », le couple va croiser un autre bateau. Un homme vient vers eux avec un canot après avoir abandonné le navire. Il prétend que ses compagnons de voyage sont tous morts à cause de la consommation d’une boîte de conserve avariée. Mais Ingram ne croit pas à son histoire. Tandis que Warriner se repose, il va visiter le bateau. Il découvre les cadavres laissés par ce psychopathe. Il tente de revenir rapidement, mais c’est trop tard, Warriner a pris le contrôle de son bateau. Tandis que Rae doit subir la folie de Warriner, Ingram va tenter de remettre le bateau abandonné en route et de le pourchasser.  Rae va arriver à communiquer avec son mari. Tandis que Ingram tente de réparer la bateau, Rae finit par donner son corps en espérant qu’ainsi Warriner se méfiera un peu moins d’elle. Elle va utiliser toutes les combines possibles été imaginables sur un bateau, d’abord elle va lui faire absorber un sédatif puissant, puis elle va chercher à le tuer avec un fusil, et enfin avec un harpon. Elle finit par le maitriser et s’en va réparer le bateau, tandis que de l’autre côté de la mer, son mari comme d’habitude pompe de l’eau pour remettre le navire à flot. En désespoir de cause, il va bruler le bateau et se confectionner un radeau. Le feu va révéler sa position à Rae qui en navigant à la voile sa retrouver son mari. Ils croient s’être débarrasser du terrible Warriner, mais celui-ci va faire un ultime retour et ce sera finalement Ingram qui le butera. 

    Calme blanc, Dead calm, Philip Noyce, 1989 

    Rae et Ingram écoute l’histoire de Warriner 

    Le film a été produit par George Miller, ce qui n’est pas un gage de grande subtilité psychologique. Par rapport au livre, il y a une différence fondamentale dans le statut de Rae. En effet, l’accident de voiture et la mort de l’enfant sont des éléments rajoutés, ce qui induit que Ingram entreprend cette croisière en mer non pas pour le plaisir, mais comme une sorte de thérapie sauvage afin que Rae admette la disparition de son fils et qu’elle puisse passer à autre chose. Sans doute cela intervient non pas pour justifier la conduite de Rae et Ingram, mais plutôt pour introduire une temporalité différente en faisant en sorte que la confrontation entre le couple et Warriner dure le moins le longtemps possible. L’autre différence est que dans le roman In gram découvre sur le navire abandonné un couple, dont l’épouse de Warriner lui-même. Il n’est donc plus seul à se charger de la remise en état du bateau. Ceux-ci vont lui expliquer la folie de celui qui les a abandonnés, mais également ils vont se montrer presqu’aussi fou que Warriner, en tous les cas tout autant immoral que lui. Le film a aussi ajouté une sorte de viol plus ou moins volontaire de Rae par Warriner, ce qui affaiblit sans doute son personnage. 

    Calme blanc, Dead calm, Philip Noyce, 1989 

    Warriner veut sortir de la cabine 

    Si le plus souvent la thématique de Charles Williams se déploie à partir d’un homme coincé entre deux femmes, ici c’est presque l’inverse dont il s’agit. Rae va être écartelée entre Warriner qui est fou et avec qui elle est forcé de coucher, et son mari qu’elle aime, d’ailleurs elle hésitera à la tuer quand elle en aura l’occasion, c’est son mari qui devra in fine le faire. C’est donc une nouvelle fois la logique du trio qui se présente comme une épreuve pour un couple pourtant endurci. Le but est la réconciliation au-delà des difficultés, avec pour morale que celles-ci renforcent sa cohésion, comme les voyages forment la jeunesse. Curieusement le côté claustrophobique d’une telle aventure n’est pas appuyé. Il y a peu également de démonstration de force, on a l’impression qu’Ingram fait un boulot comme un autre, consciencieusement, mais pas plus. Il n’y a aucune distance d’avec le sujet et une absence totale d’humour. Les morts sont abandonnés à leur sort, et on ne se pose pas de question pour savoir pourquoi ils ont été tués. Ils n’existent pas. Il y a bien sûr cette idée profondément éculée selon laquelle la mer, bonne ou mauvaise, nous lave de nos péchés. 

    Calme blanc, Dead calm, Philip Noyce, 1989 

    Ingram a manqué l’accostage 

    Et d’un point de vue cinématographique me direz-vous ? Et bien il n’y a rien dire. La photo est bonne, les bateaux assez jolis, ça fait de belles cartes postales, mais c’est platement filmé. Les plans larges de la mer et des bateaux, parfois filmés depuis un hélicoptère, alternent avec les gros plans des trois protagonistes. Le tout mixé avec des images de tempête plus ou moins bien venues. On comprend que la mer c’est bien difficile et qu’il ne faut pas s’embarquer avec n’importe qui, car sur un bateau on est seul face à son destin. On peut retenir toutefois la bataille de Rae avec Winnaver, la second quand elle le cloue sur la porte avec le fusil à harpon. Mais dans l’ensemble on a l’impression qu’il ne se passe rien, sans doute cela vient-il de la difficulté que Philip Noyce a pour donner du rythme à cette affaire. 

    Calme blanc, Dead calm, Philip Noyce, 1989 

    Ingram met le feu au bateau de Warriner 

    L’interprétation est très déséquilibrée et donne un côté factice à l’ensemble. Sam Neil joue Ingram, avec sa platitude habituelle. Il est complètement transparent, et dans ses jolis habits de plaisancier, il n’a pas vraiment l’air d’un marin expérimenté, ni même d’être vraiment inquiet de la situation dans laquelle il se trouve. Rae est interprétée par Nicole Kindman, c’est d’ailleurs ce rôle qui l’a fait vraiment connaître. Elle avait à peine plus de vingt. Elle est vraiment excellente, et c’est sans doute pour une grande partie son travail qui a fait le succès de ce film et qui le rend regardable. Billy Zane, un habitué des rôles de mauvais garçons, vraiment mauvais, interprète Warriner, le fou. Il ne fait pas dans la retenue, trop grimacier, il manque de crédibilité. 

    Calme blanc, Dead calm, Philip Noyce, 1989 

    Cette fois Warriner est bien mort 

    Il n’empêche, le film a plutôt bien marché, il a eu une critique convenable, et un succès soutenu à travers les années. Mais il faut bien le dire que cette adaptation paresseuse de Charles Williams nous laisse sur notre faim, aussitôt vu, aussitôt oublié. On comparera si le film ressort un jour, avec ce que Welles envisageait pour cette histoire.
     

     

     


    [1] Sur ce film plus ou moins perdu, voir http://www.wellesnet.com/144/ et aussi http://www.dvdclassik.com/article/orson-welles-f-for-forgotten-4eme-partie

    [2] http://alexandreclement.eklablog.com/l-arme-a-gauche-claude-sautet-1965-a131026692

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  •  Vivement dimanche, François Truffaut, 1983

    François Truffaut s’est intéressé à plusieurs reprise au roman noir. Il a tenté à plusieurs reprises d’adapter à l’écran des « classiques » du roman noir. Il a d’abord tourné en 1960 Tirez sur le pianiste avec Charles Aznavour d’après David Goodis, puis en 1968 il s’intéressa au roman de William Irish, La mariée était en noir. Le succès relatif de ce film l’encouragea à persister dans cette démarche, ce fut La sirène du Mississipi en 1969 avec Jean-Paul Belmondo, toujours d’après Irish, le résultat fut décevant pour un film de Belmondo et Deneuve. Le budget avait été important, et les recettes faibles. La critique avait été assez négative pour ce film, même si depuis elle a changé puisque plus personne n’ose critiquer François Truffaut. Et puis il décida de porter Charles Williams à l’écran. Ce fut d’ailleurs son dernier film. Comme Godard et Chabrol, Truffaut était un grand consommateur de Série noire. Mais cela ne faisait pas de lui pour autant un réalisateur de films noirs. Les trois premiers films que nous avons cités ne sont pas bons, ils possèdent tous le même défaut d’adapter des romans américains dans le conteste français. La manière de filmer n’est pas adaptée, et le jeu des acteurs s’accommode le plus souvent très mal à la noirceur des histoires. Mais le pire des quatre est sans doute le dernier, Vivement dimanche qui est aussi bien une trahison de l’univers de Charles Williams qu’un film platement et médiocrement réalisé, sans grâce et sans esprit. S’il a pu faire illusion au moment de sa sortie, même les fans du réalisateur hésitent aujourd’hui à le mettre en avant. Disons-le tout de suite c’est la pire des adaptations qu’on ait commise d’une œuvre de Charles Williams. 

    Vivement dimanche, François Truffaut, 1983 

    En allant à la chasse au canard, Julien Vercel, un agent immobilier, est étonné de voir une automobile mal garée sur les lieux mêmes où il exerce son hobby, c’est celle de Massoulier. Mais il n’y pense plus et rentre à son bureau où sa secrétaire, Barbara, est un peu dans une position hostile vis-à-vis de lui. Mais les choses se gâtent quand la police vient lui demander des comptes sur le meurtre justement de ce fameux Massoulier qui a été assassiné sur les lieux de la chasse. Julien est soupçonné. En même temps il a des ennuis avec sa femme, Maric-Christine, qui semble le tromper allégrement. Après une assez longue absence à Nice, elle rentre. Julien en à assez et veut divorcer, sa femme lui oppose une fin de non-recevoir. Leur dispute est interrompue par la police qui vient chercher Julien car le commissaire Santelli veut l’interroger à nouveau. Il fait appel à son avocat, maître Clément, pour que celui-ci l’assiste. Quand il revient chez lui, Marie-Christine est morte assassinée d’une balle dans la tête. Il est le coupable désigné. Il doit se cacher et dès lors, pour se disculper des accusations qui pèsent sur lui, il ne peut plus compter que sur Barbara avec qui pourtant il ne cesse de se disputer. Sa secrétaire va l’enfermer dans son bureau et mener l’enquête. Pour cela elle va fouiller dans le passé de Marie-Christine qui s’avère jouer aux courses de chevaux, avoir été la maîtresse de l’avocat Clément, et en plus elle a épousé le pauvre Julien sous un faux nom. C’est ainsi qu’elle ira jusqu’à Nice, se faisant passer momentanément pour une prostituée aussi, fouinant dans l’hôtel où Marie-Christine était descendue, travaillant avec une agence de détectives. Elle va trouver un passé sulfureux, fait de canailleries et de dissimulation d’identité. La clé semble être un réseau de prostitution qui s’abrite derrière des cabarets du nom de l’Ange rouge. Finalement elle va collaborer avec la police et monter un piège pour l’avocat qui va comprendre que tout est foutu et qu’il n’a plus qu’à se suicider. Barbara et Julien vont pouvoir se marier, et c’est le frère de Massoulier, un prêtre, qui officiera. 

    Vivement dimanche, François Truffaut, 1983 

    La police débarque à l’agence et soupçonne Julien 

    On se demande pourquoi Truffaut a choisi un roman de Charles Williams si c’est pour le dénaturer complétement. Il aurait pu faire la même chose sans même signaler qu’il s’était inspiré de son roman, personne n’y aurait trouvé à redire. C’est un peu comme quand Godard adaptait l’excellent Pigeon vole de Dolorès Hitchens pour en faire l’insipide Bande à part qui n’avait finalement plus rien à voir ni avec l’esprit, ni avec la forme du roman original. Il semble bien que Truffaut ait été fait pour le film noir, tout autant que moi pour servir la messe. On peut s’interroger sur sa démarche, car si d’un côté il reconnait l’importance des auteurs de romans noirs, de l’autre il manifeste une condescendance de petit maître bien malvenue. Il se débrouille pour les rabaisser 

    « Ecrivains souterrains dans un sens presque littéral, bien différent de « underground » qui suggère le flirt avec la mode -, les écrivains de série noire sont à Hemingway, Norman Mailler ou Truman Capote ce que les acteurs de post-synchronisation sont aux vedettes de l’écran. On peut les comparer, comme le faisait Max Ophuls à propos des artistes du doublage, à des fleurs sauvages qui poussent dans les caves. »

    François Truffaut, Dossier de presse de Vivement dimanche

     Mais en rabaissant ces auteurs, et donc Charles Williams, cela lui permet d’avancer que le fond n’a pas d’importance et que tout est dans la forme !! C’est ce qu’il dit. En général les auteurs qui mettent en avant leur amour de la forme, c’est le plus souvent qu’ils n’ont rien à dire. Et c’est le plus souvent le cas de Truffaut. 

    Vivement dimanche, François Truffaut, 1983 

    Marie-Christine accepte de sortir de la salle de bains 

    Le roman de Charles Williams est un roman noir relativement classique qui développe la figure du faux coupable et la nécessité de trouver une issue. Le héros va se battre comme un lion et c’est seulement dans un second temps qu’il s’appuiera sur Barbara. En même temps il fait le point sur ce qu’a été sa vie, une succession d’échecs de tous ordres. Et si Barbara, dans le roman, prend des initiatives et montre une grande force de caractère, il n’y a pas vraiment d’affrontement entre elle et son patron. Je passe sur les imbécilités matérielles du scénario, comme par exemple le fait que Julien va à la chasse au canard sauvage à proximité de la ville de Hyères ! Il n’y a qu’un parisien pour inventer de telles situations ! C’est juste un détail mais qui en dit long sur la désinvolture de son écriture. Le fil rouge du film c’est l’affrontement d’un homme et d’une femme qui vont ainsi construire une histoire d’amour. Ça plonge vite dans la niaiserie. La scène finale du mariage de Julien et Barbara est carrément ridicule. 

    Vivement dimanche, François Truffaut, 1983 

    La voiture de Julien est retrouvée à l’aéroport 

    Alors, la forme ? Et bien justement c’est le vide intégral. C’est platement filmé, sans rythme, avec des scènes convenues comme celles qui se passent dans le théâtre. Et ce n’est pas parce que Truffaut a tourné ce film en noir et blanc qu’il maîtrise la grammaire du film noir. Bien au contraire, il montre ses lacunes techniques. Non seulement le cadre est mal fait, mais l’image est saturée de dialogues imbéciles. On a dit que Truffaut s’était inspiré de Hitchcock, je n’ai pas une grande admiration pour Hitchcock, mais tout de même il n’est jamais au niveau de Truffaut, il y a toujours chez lui des mouvements d’appareil qui font sens, sans parler de la direction d’acteurs. Le générique s’inscrit sur une longue promenade en long travelling de Fanny Ardant. Pourquoi ? Simplement parce que Truffaut était amoureux d’elle et qu’il voulait que cela se sache. Mais cela ne fait pas un film. Même les décors naturels ne servent à rien, pourtant en tournant à Hyères et à Nice, il y avait de quoi faire, on dirait qu’on a économisé de la pellicule et des éclairages. L’image est pauvre et sans relief.

    Vivement dimanche, François Truffaut, 1983 

    Barbara semble changer d’opinion et donc que Julien est coupable 

    L’interprétation est mauvaise, les acteurs livrés à eux-mêmes ânonnent leur texte comme dans une troupe de patronage, sans conviction aucune, ça fait théâtre d’avant-garde. La diction est insupportable. Fanny Ardant a toujours eu cette diction grande-bourgeoise qui laisse croire qu’elle a une paralysie de la mâchoire quand elle parle, une sorte de zona de la face. A force de sourire à propos de tout et de rien, elle finit par ne plus manifester de sentiment. La scène où elle annonce à Julien qu’elle l’aime est franchement ridicule. Truffaut la met presque tout le temps face à des hommes qui sont plus petits qu’elle. Jean-Louis Trintignant dans le rôle de Julien s’en tire un petit peu mieux, il avait plus de métier, mais il reste très cabotin et il a l’air de s’ennuyer à mourir. Il n’a l’air vivant qu’après son arrestation, les mains menottées dans le bureau du commissaire. Même les acteurs qui jouent les policiers sont empruntés, ils ont le geste saccadé, la diction hachée. Le monologue de Philippe Laudenbach qui joue l’avocat Clément, tombe complètement à plat, alors qu’un homme qui va se suicider doit au minimum inspiré un peu de pitié.  

    Vivement dimanche, François Truffaut, 1983 

    Après l’algarade avec le frère de Massoulier, Julien et Barbara font le point 

    C’est sans conteste la pire adaptation d’une œuvre de Charles Williams. Ni fait, ni à faire, la plupart des admirateurs de Truffaut regardent ce film parce qu’un jour on leur a dit que Truffaut était un grand réalisateur et qu’à force qu’on le leur répète ils ont fini par le croire. Cette œuvre lamentable a tout de même réussi à faire 1,5 millions d’entrées. Mais de l’eau a passé sous les ponts, et Truffaut avec son Vivement dimanche ! commence à rejoindre petit à petit le cimetière des fausses gloires. 

    Vivement dimanche, François Truffaut, 1983 

    Grâce à Barbara Julien a été arrêté

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