• Le témoin de la dernière heure, Highway 301, Andrew Stone, 1950

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    C’est un excellent film noir, malgré la leçon de morale du début qui explique que le crime ne paie pas. Les séquences introductives sont en effet ridicules. Le film démarre sans générique et fait intervenir trois politiciens véreux qui nous explique qu’en durcissant la loi, on éradiquera bien le crime, et que surtout, les jeunes ne doivent pas se laisser aller à cette facilité. Mais en réalité le film n’a pratiquement rien à voir avec ce catéchisme.

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    Legenza est le chef du gang des trois Etats 

    C’est l’histoire d’un gang emmené par Legenza, qui pille les banques dans trois Etats différents, sans se soucier de laisser derrière eux des témoins. Ils sont froids et méthodiques, récidivistes aussi, ils ont tous fait de la prison et ne comptent pas y retourner. Ils vivent un peu d’une manière clanique, tous ensembles, avec leur conquête du moment. Legenza mène son équipe d’une main de fer et n’hésite pas à tuer sa propre compagne qui menace de le dénoncer. Bien entendu la police essaie de trouver qui compose ce gang, mais  c’est difficile car ils sont très prudents, se déplaçant rapidement à travers plusieurs Etats. Néanmoins, ils vont finir par avoir une piste, l’immatriculation d’une voiture dont ils ont usé pour commettre l’attaque d’une banque. La traque va commencer, et tandis que l’étau se resserre, les tensions augmentent à l’intérieur de la bande de criminels. Legenza se montre impitoyable, commençant par assassiner la régulière qui a menacé de la quitter, puis le garde d’un camion blindé qui transporte des fonds. Il tuera également l’indicateur qui les a mis sur un coup un peu foireux. Bref il ne fait pas de détail. Les choses empirent lorsque l’un des gangsters, Bill Phillips est tué dans une fusillade et que sa compagne Lee va vouloir s’extraire de la bande. En même temps que la police se rapproche, Legenza est obligée de pister Lee pour éviter qu’elle aille témoigner. Mais il n’y arrivera pas et son destin s’achèvera sur une voie de chemin de fer, écrasé par un train.

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    L’attaque de la banque est menée de main de maître

     Bien que le film se passe dans les années cinquante, il s’inspire en fait de faits similaires, le gang des trois Etats, qui se sont passés au début des années trente, à une époque où l’Amérique sombrait dans le crime et la dépression. Cette décontextualisation est sensée donner un caractère universel à la nécessité de lutter contre des criminels endurcis qui finalement possèdent cette mauvaise manière dans le sang. Ils n’ont pas d’excuse. Mais en réalité, c’est un petit film fauché qui ne pouvait pas se permettre des frais de reconstitution. Mais comme de toute façon Legenza (qui dans la réalité s’appelait Walter et non pas George) est mort et oublié de tous depuis longtemps ce n’est pas là le problème.

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    Tout le gang se retrouve dans une boîte

     Andrew Stone est un réalisateur assez peu connu, qui a débuté sa carrière dans l’époque du muet et dont la plupart des films n’ont pas traversé l’Atlantique. Si en Amérique il s’est d’abord fait connaître par des comédies musicales, en France on connait surtout Cri de terreur et Nuit de terreur qui reprenait le sujet de La maison des otages, le film de William Wyler avec Humphrey Bogart qui sortira en même temps. Stone est un auteur complet qui écrit ses scénarios, les met en scène, et qui parfois en écrit aussi la musique.

     

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    Legenza n’hésite pas à abattre sa régulière 

    Ce qui est frappant dans ce film, c’est d’abord la maîtrise de la mise en scène. En effet, Highway 301 est un de ces films noirs et froids qui ne s’embarrassent pas de psychologie et visent d’abord à une analyse clinique d’une réalité. A part les scènes du début et la scène de la fin où le policier vient faire sa petite leçon de morale, Stone reste très distancié dans son approche du sujet. On pourrait dire que dès lors qu’il filme les gangsters, il met en contradiction le message apparent du film. Certes ce sont des criminels qui usent d’une violence féroce, mais cela fait partie en quelque sorte de leur métier. D’ailleurs ils ne sont pas décrits comme des psychopathes, et leurs motivations ne sont jamais discutées ni même montrées. Si Legenza est un peu plus cruel que les autres membres du gang, c’est aussi parce qu’il est le plus prudent. Mais il ne semble jamais prendre de plaisir à tuer.

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    L’attaque du fourgon blindé est minutieusement calculée 

    Au-delà de ce parti pris behavioriste comme on dit, Stone réussit des scènes d’une grande beauté, surtout dans la maîtrise de l’attaques de la banque ou de celle du fourgon blindé. Par exemple, dans la première attaque de banque il y a un mouvement de grue qui saisit l’ensemble en enfilade. De même les scènes de poursuite dans la nuit entre Legenza et Lee utilisent d’une manière très esthétique les ombres des personnages qui se déplacent dans la nuit. Il y a un vrai langage cinématographique personnel dans ce film. Je pense d’ailleurs que l’attaque de la banque au début du film a inspiré Jean-Pierre Melville qui n’en était pas à un emprunt près, pour la séquence d’ouverture d’Un flic.

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    C’est en se cachant dans un camion qui transporte des œufs que les gangsters passent à travers le barrage 

    Bien entendu l’excellence de ce film repose également sur un montage très serré qui donne un rythme rapide et violent à l’ensemble. C’est très visible dans les scènes de hold-up, mais également dans la course poursuite la nuit, ou encore la visite à l’hôpital de Richmond. 

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    Bientôt la police va remonter la piste de Legenza

     Le film doit beaucoup à son acteur principal, Steve Cochran, mort trop tôt, il avait le physique voulu pour les rôles de bandits, de voyous sans états d’âme, grand brun, enjôleur, il savait mettre en avant une violence rentrée très crédible, mais aussi une mélancolie un peu inhabituelle pour ce genre de personnages. A l’époque où il fut engagé sur Highway 301, il venait tout juste de tourner L’esclave du gang avec Joan Crawford, et l’année suivante il allait tourner Les amants du crime, sous la direction de Felix Feist, sans doute son meilleur film. Mais il s’était fait connaître aussi en 1949 dans le film de Raoul Walsh, L’enfer est à lui, film dans lequel il trahissait James Cagney. C’est donc un acteur incontournable dans l’univers du film noir américain dont le talent n’a pas été suffisamment utilisé à mon sens.

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    Lee essaie d’échapper à Legenza 

    Le reste de la distribution est sans surprise, mais très solide, que ce soit Virginia Grey dans le rôle de Mary la fidèle du gang, ou les membres de la bande, Richard Egan, Robert Webber. On reconnaîtra aussi l’actrice française Gaby André qui se fit connaître dans l’adaptation à l’écran de l’ouvrage de Léo Malet 120 rue de la gare. Mais c’est en quelque sorte la moins intéressante du film, sauf pour son accent français bien évidemment. 

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    Lee fuit dans la nuit 

    Le film a fait finalement son chemin, et les amateurs de films noirs le célèbrent à juste titre comme une grande réussite du genre. Bien sûr c’est un avantage pour ceux qui ne le connaissent pas que de pouvoir le découvrir : il n’a pas pris une ride et nous donne en même temps une leçon de mise en scène.

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    Legenza va la retrouver 

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    A l’hôpital ils essaient d’assassiner Lee 

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    Legenza n’échappera pas au châtiment  

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    Andrew Stone et sa femme Virginia

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