• Gangster n° 1, I Mobster, Roger Corman, 1958

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    C’est un film assez peu connu dont il n’existe hélas pas de version en DVD avec des sous-titres français. Il faut donc le voir en VO intégrale, mais ça vaut tout à fait le détour. Dans la filmographie de Roger Corman, I mobster apparaît juste après Machine gun Kelly, film très réussi et qui lança Charles Bronson dans un premier rôle. Machine gun Kelly avait pour sujet un gangster, inspiré du vrai George Kelly, violent et désespéré, finalement assez lâche, en quête de sa virilité. Tourné en 1958, à une époque où on commence à s’inquiéter de la puissance de la mafia sur le sol américain, après que le corrompu J. Edgar Hoover ait nié son existence, le film développe le thème de l’ascension et de la chute d’un caïd. On retrouvera presque la  même trame dans The rise and fall of Legs Diamond  de Budd Boetticher, tourné deux ans plus tard, mais qui eut plus de succès que le film de Corman. Sans rentrer dans le détail des comparaisons entre les deux films, qui sont deux productions à faibles budgets, on peut préférer celui de Corman, probablement à cause de son rythme, mais aussi parce que dans I mobster, il y a Steve Cochran.

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    Joe Sante commence par vendre de la drogue pour le compte de Frankie 

    Le scénario est du à Steve Fischer qui fut un des pionniers du film noir, et à qui on doit notamment Johnny Angel avec George Raft, Lady in the lake, adapté de Chandler ou encore Dead reckoning de John Cromwell avec Humphrey Bogart. Si c’est sans surprise, c’est aussi très solide et sans doute novateur pour l’époque. Joe Sante est un petit voyou d’origine italienne, trop couvé par sa maman et qui a des difficultés à assimiler les conseils de son père qui l’encourage à mener une vie de labeur honnête. Attiré par ce qui brille, il va commencer par travailler pour le caïd local, Frankie Udino pour le compte duquel il vendra de la drogue. Bientôt il va être vendu par un de ses clients et il se retrouve pour une année en prison. Cela va l’amener à changer de statut.

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    Il rencontre la belle et honnête Teresa dont il tombe amoureux 

    En effet, comme il a su tenir sa langue, il va être récompensé par Frankie. Celui-ci lui promet de l’intégrer dans son gang, mais pour cela il doit d’abord commettre un meurtre, tuer un client récalcitrant. Joe Sante exécutera ce meurtre proprement, sachant se créer un alibi en béton. Dès lors il poursuit son ascension, rackettant d’un côté, infiltrant les syndicats de l’autre. Tout irait presque bien pour lui, si après la mort de son père, sa mère ne se mettait pas en tête de le rejeter à cause de ses fréquentations douteuses. Cela induit Joe à délaisser ouvertement Teresa pour laquelle il a le béguin, car Joe représente une certaine forme d’honnêteté, il ne boit pas,, il n’est pas coureur et reste fidèle à la belle Teresa. En outre, le frère de Teresa va lui poser des problèmes, menaçant de le faire chanter, il demande à Joe de l’engager dans le gang, ce que celui-ci fait finalement. Mais comme rien n’est simple, Ernie va finir par trop poser de problèmes et Joe sera obligé de le tuer. C’est d’ailleurs ce meurtre qui va pousser Teresa à se jeter dans les bras de Joe.

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    Joe se retrouve en prison 

    Ils vont vivre une romance dorée, prenant du bon temps dans les boîtes de nuit, vivant dans le luxe. Mais les affaires sont les affaires, et Joe doit aussi assassiner Paul Moran, le rival de Frankie Udino. C’est d’autant plus ennuyeux que Joe Sante a une commission d’enquête sur le dos. Il est accusé de faire partie de la mafia. Cette mise en accusation va le pousser à quitter le pays avec Teresa, équipé d’un passeport fourni par Frankie. Mais il n’en aura pas le temps, les flics le traquent, et croyant s’en tirer finalement, après en avoir abattu un, il revient chez Frankie qui, le jugeant fini, l’abattra. 

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    A sa sortie de prison Joe Sante doit commettre un meurtre pour intégrer la mafia à part entière 

    Comme toujours chez Corman, le rythme est élevé, le film dense, le montage resserré. On peut regretter cependant que les scènes d’extérieur soient limitées à la portion congrue, ce qui donne au film un peu un manque d’air. Mais cela est compensé par une direction d’acteurs et un casting excellent. A commencer par Steve Cochran qui reprend ici son jean et son vieux blouson, les mêmes qu’il portait dans le très bon « noir » de Felix Feist, Tomorrow is another day. Evidemment à chaque fois qu’on suit un film avec Steve Cochran, on se prend à regretter qu’il n’ait pas fait une meilleure carrière, car non seulement il avait une prestance particulière, cette capacité à jouer les voyous mélancoliques et romantiques, mais il possédait un jeu très sûr et subtil. Il n’était pas seulement un physique au torse velu. Il va de soi qu’un film noir avec Steve Cochran est déjà suffisant pour qu’on s’y attarde.

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    A la mort de son père, sa mère change d’attitude 

    La distribution est complétée par Litan Milan qui a fait l’essentiel de sa carrière à la télévision mais qui avant I mobster était apparue dans deux films plutôt intéressants, Le gaucher d’Arthur Penn et Le gang des filles de Paul Henreid. Jeune femme au physique légèrement atypique et au profil étrange, ce qui explique certainement pourquoi elle n’a pas fait une carrière plus importante, elle apporte une grande énergie au rôle de Teresa et forme un couple attachant avec Steve Cochran.  Le reste de la distribution est plus conventionnel, Robert Strauss est très bien dans le rôle de Frankie Udino ou Celia Lovsky dans celui de la mère de Joe, personnage un rien geignard.

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    Finalement Teresa se donne à Joe 

    Je l’ai dit ci-dessus, malgré toutes ses qualités le film manque un peu d’espace, de respiration. Cependant, les rares scènes d’extérieur montrent que Corman savait filmer autre chose que des dialogues dans les chambres à coucher. Par exemple, on retiendra la poursuite en voiture vers la fin du film, et son débouché sur une sorte de casse pour des vieux modèles de tanks de l’armée, ou encore la brève scène qui se passe sur la plage. Egalement les scènes de cabaret ou de bal, ou encore la réception que Joe donne après sa sortie de prison, donnent beaucoup de densité aux mouvements de foule, Corman mêlant habilement les plans rapprochés et les plans d’ensemble plongeants.

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    Ils mènent la belle vie 

    De brèves scènes de travailleurs, sûrement filmées sur le vif, viennent donner du corps, de la vérité à l’entreprise de mainmise du gang sur les syndicats. Mais il y a encore toutes ces scènes d’action, Joe rossant Ernie le frère de Teresa dans une salle de billards, ou le meurtre programmé par Frankie et exécuté par Joe dans un bar, avec des clients en chapeau qui baissent la tête sur leur boisson pour ne rien voir.

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     Joe essaie de quitter le pays 

    Le film a été produit par Roger Corman et son frère Gene. Il fallait tourner vite, non seulement pour des questions de budget, mais aussi parce que I mobster était déjà la cinquième réalisation de l’année pour Corman. Cette exiguïté budgétaire et cette rapidité dans la mise en scène était l’assurance pour Roger Corman de son indépendance.

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    C’est Frankie qui abattra Joe finalement

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