• Le bouclier du crime, Shield for murder, Edmond O’Brien & Howard W. Koch, 1954

     Le bouclier du crime, Shield for murder, Edmond O’Brien & Howard W. Koch, 1954

    En tant que pilier du film noir comme acteur, il n’est pas étonnant finalement qu’Edmond O’Brien soit passé à la réalisation dans ce genre-là. Shield for murder est sa première œuvre en tant que metteur en scène. Il reviendra quelques années plus tard à la réalisation, en 1961, avec Man trap. Film dans lequel il ne jouera pas. Ici il a la double casquette d’acteur et de réalisateur. Il a choisi un roman de William P. McGivern, un auteur solide et très intéressant et que la Série noire a abondamment publié. Il a été très souvent adapté à l’écran avec bonheur. Par exemple l’excellent Big heat de Fritz Lang en 1953, ou le très bon Rogue cop, en 1954. C’est encore William P. McGivern qui est à l’origine de Odds against tomorrow de Robert Wise en 1959. Et Frank Tuttle, autre spécialiste un peu oublié du film noir, adaptera Hell on Frisco bay en 1955. Les personnages de William P. McGivern sont le plus souvent des flics désabusés et violents qui contournent la loi sans trop se soucier des conséquences.  

    Le bouclier du crime, Shield for murder, Edmond O’Brien & Howard W. Koch, 1954

    Barney Nolan, un flic confirmé, assassine de sang-froid un bookmaker pour le dépouiller de 20 000 $. Ce meurtre fait un peu scandale, mais comme Nolan a la réputation d’homme violent qui a déjà tué plusieurs délinquants, on met cela sur le compte de son emportement. Mais son coéquipier qui lui est très attaché, se doute de quelque chose, surtout que deux détectives privés enquêtent de leur côté, car ils savent que le bookmaker avait beaucoup d’argent sur lui. En réalité Nolan rêve de sortir la belle Patty Winters de son travail dans une boîte de nuit et sans doute de fonder un foyer avec elle. Barney se rend chez Fish, le boss du bookmaker, qui lui dit qu’il sait qu’il a pris l’argent, mais Barney nie. Tandis que Mark enquête pour savoir si Barney a dérobé l’argent, celui-ci découvre qu’il y a un témoin de son meurtre, un sourd-muet. Barney se rend chez lui et le tue accidentellement. Mark qui enquête sur cette mort va découvrir que le sourd-muet avait laissé une confession. Barney se retrouve dans un bar ave une fille un peu bizarre, tandis que Patty le cherche de partout.  Les deux détectives arrivent dans le restaurant et apostrophent Barney, il les roue de coups tous les deux puis s’en va. Chez lui Mark l’attend pour l’arrêter, mais Barney arrive à s’en débarrasser. Il s’en retourne chez Patty et lui demande de partir avec lui. Mais Mark l’a dénoncé au capitaine, et la police se lance à ses trousses. Barney arrive à négocier son départ vers l’Argentine pour une forte somme. Au moment de l’échange il s’aperçoit qu’il a été doublé et se retrouve face à un homme de Packy Reed. Il arrive encore cependant à s’en sortir en le tuant. Il va tenter de récupérer l’argent, mais la police l’attend.

     Le bouclier du crime, Shield for murder, Edmond O’Brien & Howard W. Koch, 1954 

    Barney assassine froidement le bookmaker 

    C’est d’abord un film sur l’amertume et sur la trahison. Nolan est un policier corrompu qui trahit son idéal qui est de protéger la cité. Il trahit aussi Packy Reed et assassine un témoin, sans vergogne. Mais il n’est pas le seul à trahir, son coéquipier qu’il a pourtant toujours protégé et sorti du ruisseau ne se gêne pas non plus pour le trahir. D’ailleurs il semble bien qu’une de ses motivations ce soit la jalousie, car il est amoureux de Patty et il fait tout pour dénigrer Nolan à ses yeux. Il n’a donc pas plus de morale que son ainé, et peut être même moins, car au moment de le tuer, Barney renoncera. On verra à la fin que Mark participera à la tuerie qui en finira avec Nolan. Et puis Patty n’est pas très claire non plus, outre qu’elle s’exhibe dans une boîte de nuit en petite tenue, elle va vendre Barney à Mark en lui révélant une possible cachette pour l’argent dérobé, un peu comme si elle suggérait à celui-ci de prendre sa place. Evidemment le thème secondaire est celui de la cupidité. Barney est attiré par l’argent parce qu’il pense que grâce à lui il pourra acheter une belle maison et que cela lui attachera les sentiments de Patty. Et d’ailleurs celle-ci est émerveillée par la demeure qu’elle visite, montrant à quel point elle est matérialiste. Le film pointe aussi les petits arrangements de la police. Le capitaine sait très bien que Barney est coupable, mais il ne veut pas exposer son service. Le contrepoint semble être le vieux journaliste moralisateur, comme si celui-ci était plus digne de confiance que la police ! Il faut bien trouver une figure positive dans ce chaos !

     Le bouclier du crime, Shield for murder, Edmond O’Brien & Howard W. Koch, 1954 

    Le capitaine passe un savon à Barney pour la mort du bookmaker 

    Edmond O’Brien, en tant que réalisateur, réussit son examen de passage brillamment. La mise en scène est nerveuse, appuyée sur une photo de grande qualité, elle utilise parfaitement les rapports entre les ombres et la lumière. L’action se passe principalement de nuit. Les décors sont très soignés, le commissariat par exemple, et les extérieurs, qui sont sans doute ceux de Los Angeles – Shield faisant probablement  référence à la devise du LAPD – sont toujours très bien choisis. Les scènes d’action rendent une violence directe et très réaliste, presque insoutenable. Le film s’ouvre sur le meurtre de sang-froid du bookmaker. Plus tard, Nolan passe à tabac les deux détectives que Packy Reed lui a envoyé. Il les massacre littéralement. Ensuite il y a la fusillade à travers la piscine entre Nolan et Fat Michaels qui se promène la tête bandée en souvenir de la rouste que Nolan lui a donnée. Et la fusillade finale qui voit la mort de Nolan criblé de balles, provoque un véritable choc chez le spectateur. Le rythme est très bon, l’action soutenue. 

    Le bouclier du crime, Shield for murder, Edmond O’Brien & Howard W. Koch, 1954 

    Le journaliste tente de faire la morale à Mark 

    L’interprétation, c’est d’abord Edmond O’Brien. Il est excellent comme toujours. Rappelons que la même année il tourne aussi sous la direction de Mankiewicz, Barefoot Countess, qui lui vaudra un Oscar. Malgré sa silhouette empâtée, il est très crédible en homme violent, voire enragé. Il n’hésite pas à courir. John Agar qui interprète Mark est bien moins convaincant, il est très raide et suscite tout de suite l’antipathie chez le spectateur alors qu’il devrait au contraire représenter la morale ordinaire. Par contre les autres policiers du commissariat sont très bons, à commencer par Emile Meyer dans le rôle du capitaine Gunnarson. Son physique très particulier est adéquat à sa fonction. Les femmes sont très bien. Marla English est Patty, elle est censée représenter une certaine douceur du foyer. Mais elle joue très bien aussi les faux jetons. Plus étonnante est la toujours très excellente Carolyn Jones. On comprend bien qu’il s’agit là d’une femme de mauvaise vie, mais aussi que c’est peut-être avec elle que Nolan devrait partir, tant elle parait plus intéressante que Patty. Dans le rôle d’un homme de main de Packy Reed, on reconnaîtra Claude Atkins qui a tourné un nombre incalculable de films noirs. 

    Le bouclier du crime, Shield for murder, Edmond O’Brien & Howard W. Koch, 1954 

    Mark tente auprès de Patty de savoir où est l’argent 

    Le roman de William P. McGivern avait déjà été le support d’une série télévisée quelques années avant. Et c’est sans doute son succès qui a poussé à en tirer un film avec plus de moyens. Sans être un gros budget, ce n’est pas un film fauché non plus contrairement à ce que disait le New York Times au moment de sa sortie[1]. Ce film est un peu oublié, mais aux Etats Unis on l’a redécouvert récemment, parce qu’il est maintenant libre de droits. On en trouve des copies qui trainent un peu partout, notamment sur You Tube, et une très bonne édition Blu ray a été réalisée par Olive, malheureusement pour le public français cette édition ne comporte pas de sous-titre. Ce n’est pas un film noir de seconde catégorie, bien au contraire, il est excellent et mérite un peu plus que le détour. Curieusement le film, malgré sa fin, ne conduit pas à une leçon de morale évidente.

    Le bouclier du crime, Shield for murder, Edmond O’Brien & Howard W. Koch, 1954 

    Dans un bar il boit beaucoup en compagnie d’une jeune femme

     Le bouclier du crime, Shield for murder, Edmond O’Brien & Howard W. Koch, 1954 

    Barney ne veut pas que Mark l’arrête

     Le bouclier du crime, Shield for murder, Edmond O’Brien & Howard W. Koch, 1954 

    Nolan négocie son départ à l’étranger

     Le bouclier du crime, Shield for murder, Edmond O’Brien & Howard W. Koch, 1954 

    Barney a récupéré l’argent


    [1] http://www.nytimes.com/movie/review?res=9F03E5DE1538E23BBC4051DFBE66838F649EDE&mcubz=0

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  • Commentaires

    1
    Luc
    Jeudi 11 Janvier à 10:29

    À propos de sous-titres français, on peut trouver les trouver en ligne.

    Subtitle edit permet de les synchroniser (s'il y a lieu) et VLC de visionner le tout.

     

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