• Pitfall, André de Toth, 1948

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     Les hasards de la distribution ont fait que ce film noir est assez peu connu en France, mais les spécialistes le désignent comme excellent et original. C’est l’histoire de John Forbes, un employé d’une compagnie d’assurances, plutôt frustré. Il déteste la routine dans laquelle il s’est enfermé. La famille, le travail, les relations sociales qu’il peut avoir ne le satisfont pas. C’est un homme de quarante ans, plutôt aigri. Mais l’aventure va frapper à sa porte d’une manière inattendue. Chargée de récupérer l’argent que Bill Smiley a détourné, il va rencontrer la belle Mona Stevens pour laquelle Bill Smiley a été en prison. Il va tomber sous le charme et entamer une relation adultérine avec elle. Tout cela serait assez banal si dans le même temps le détective de la compagnie d’assurances, MacDonald, qui enquêtait lui aussi sur Smiley n’avait pas eu la même idée. Il va être jaloux de John Forbes et le menacer, n’hésitant pas à lui donner une raclée qui envoie Forbes au repos forcé pour plusieurs jours. C’est à cette occasion que Mona  apprend qu’il est marié et père d’un petit garçon. Lorsqu’ils se revoient, ils décident de rompre, pensant que cela ne vaut pas le coup de détruire une famille. Cependant l’abominable MacDonald continue à harceler Mona. Celle-ci voudrait bien finalement se remettre avec Smiley qui n’est pas un mauvais garçon, bien que tête brûlée, mais MacDonald va se servir de lui pour atteindre à la fois John Forbes et Mona. Il va jouer de sa jalousie. Et celui-ci, remonté à fond, lorsqu’il sort de prison va demander des comptes à Forbes avec un révolver ce qui va amener Forbes à le tuer. Cet événement tragique va précipiter les choses. D’une part Mona va tuer MacDonald et se retrouver en prison, et d’autre part John va être amené à dire la vérité à sa femme. Mais finalement tout rentrera dans l’ordre, la femme de Forbes acceptera cet écart de conduite et ne divorcera pas, mais Mona va faire un séjour plus ou moins long en prison.

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     John Forbes rencontre Mona Stevens

     Le scénario est dû à Jay Dratler qui avait écrit celui de Laura, de The dark corner ou encore Call northside 777. On y reconnait cette réflexion sur la vie des personnes ordinaires prises dans des contraintes sociales qui les dépassent. L’ensemble donne une vision amère de la vie car même si John Forbes s’en sort, non seulement il aura perdu ses illusions d’une possibilité de changement, mais en outre c’est Mona qui va payer les pots cassés de ses velléités d’émancipation. Une des astuces du scénario est de ne pas avoir fait de Mona une femme fatale et sans cœur, bien au contraire, c’est une âme simple qui cherche son bonheur au jour le jour et qui reste droite dans l’adversité.

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    John Forbes a reçu une raclée de grand garçon

     Un des éléments qui ont fait le succès de ce film est l’interprétation : Dick Powell incarne très bien ce petit homme frustré, sans talent particulier et qui essaie de ménager à la fois la morale et ses passions. Lizabeth Scott, une des actrices qui aura le plus œuvré pour le film noir, est Mona. C’est un de ces meilleurs rôles, elle montre un côté fragile et incertain qu’elle n’avait jamais exprimé ailleurs. Elle ménage très bien ses effets, jouant de sa voix basse, mélangeant candeur et colère, mais elle reste toujours du bon côté de la barrière finalement, elle n’est ni lâche ni rancunière.

    Mais la palme revient à Raymond Burr dans le rôle de l’abominable MacDonald. Sa haute silhouette, son regard charbonneux et méchant sème le trouble et annonce le danger. Il était d’ailleurs habitué à ces rôles de tordus à cette époque et c’est ce qui en a fait un excellent second rôle des films noirs.

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    MacDonald insiste lourdement pour séduire Mona

     Il y a beaucoup de scènes très intéressantes comme celle où MacDonald humilie Mona qui est mannequin, en l’obligeant à présenter ses robes. Il y montre une joie sadique qui ne doute de rien. Comme lorsqu’à la fin il signale qu’il est supérieurement intelligent et que grâce à sa finesse d’esprit il est arrivé à ses fins ne doutant pas que Mona va partir avec lui. On pourrait dire du reste que c’est lui le personnage clé du film, non seulement il scelle le destin des deux amants, mais il manipule tout le monde et oriente l’histoire selon ses impulsions. Le personnage de Maggie est moins intéressant, ce qui est normal puisqu’elle est la ménagère de l’histoire. On admirera la scène où les deux époux sont bien sagement installés dans leurs deux petits lits séparés, code Hays oblige, et où elle se lève pour s’asseoir près de lui et lui demander ce qui le préoccupe. Le petit garçon est assez insupportable, il intervient chaque fois pour ralentir le moment où John Forbes va pouvoir enfin avouer sa faute et se débarrasser de sa culpabilité.

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    John hésite à tout raconter à sa femme

     Il n’y a guère de décors remarquables dans ce film, sauf peut-être le parloir de la prison qui permet des images assez curieuses de la foule qui s’y presse, mais aussi de la séparation entre les visiteurs et les visités. Il n’y a guère d’extérieurs, et on remarque que les transparences qui servent à filmer la balade en bateau sont plutôt de mauvaise qualité, alors même que ce n’est pas un film fauché, bien au contraire.

    André de Toth n’est pas connu spécialement pour ses films noirs, quoiqu’ensuite il tournera le très bon Crime Wave avec Sterling Hayden. Il a plutôt laissé son nom attaché à des westerns un peu atypiques comme Day of the outlaw ou The indian fighter. Mais manifestement il en possède le rythme et en maitrise les tensions entre les personnages. Et après tout c’est bien cela la qualité première du film noir, saisir l’ambiguïté qui surgit des tensions entre les personnages.

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    Mona voudrait retrouver une relation sérieuse avec Bill

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    MacDonald qui ne doute de rien pense qu’il va partir avec Mona

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    John Forbes reviendra tristement dans le droit chemin

    « Le boucher des Hurlus, Jean Amila, Série noire, Gallimard, 1982Pierre Gauyat, Jean Meckert, Jean Amila, encrage, 2013 »
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