• Police connection, Badge 373, Howard Koch, 1973

    Police connection, Badge 373, Howard Koch, 1973 

    Eddie Egan est un policier newyorkais dont les exploits ont été à l’origine de plusieurs films, notamment en 1971 de French connection de William Friedkin, il a inspiré le personnage de Popeye. Il présente la curiosité d’avoir aussi fait une carrière au cinéma et à la télévision comme acteur. Badge 373 va donc tenter d’exploiter le filon du flic newyorkais, désabusé, en bute avec sa hiérarchie et à la déliquescence des institutions. Le titre français rappellera ouvertement le célèbre film de William Friedkin. Howard Koch est connu comme producteur de films à petit budget, mais aussi pour avoir réalisé avec Edmond O’Brien le très bon Shield for murder[1]. Ici il a la double casquette du producteur et du réalisateur. Le but va être de donner une sorte de vérité à une histoire policière assez dure, et donc de l’insérer dans la complexité des rapports sociaux inter-ethniques.

     Police connection, Badge 373, Howard Koch, 1973 

    Eddie Ryan tente de faire parler Rita, une droguée, la maitresse de Gigi 

    Eddie Ryan en procédant à une rafle routinière dans une boite de nuit pour coincer des dealers, va involontairement causer la mort d’un Portoricain qui tombe dans le vide alors qu’il tentait de s’échapper. Ryan va donc être suspendu. Il va prendre un emploi de barman dans un bar de nuit où il fait la connaissance de Maureen, employée au même endroit que lui, avec qui il va se mettre en ménage. Un soir il reçoit la visite dans le bar de son ancien coéquipier Gigi et de Diaz un flic portoricain dont instinctivement il se méfie. Il leur offre à boire, mais le lendemain il apprend que Gigi a été retrouvé égorgé. Dès lors il va se donner pour mission la tâche de retrouver son meurtrier. A la veillée funèbre, la femme de Gigi va le mettre sur la piste d’une autre femme, sans doute sa maîtresse, Rita Garcia ou Ortega. Il va la découvrir dans un hôtel où elle est allongée sur un lit, sous l’emprise de la drogue. Elle commence, dans un demi-sommeil, à parler vaguement d’un trafic d’armes vers Porto Rico. Mais alors qu’il commence à partir, persuadé qu’elle ne dira plus rien, des cris le font revenir sur ses pas : il découvre Rita égorgée elle aussi. Il va mettre au courant son supérieur Scanlon de ses découvertes. Celui-ci veut le dissuader de continuer son enquête. Mais Ryan va continuer. Il va ainsi rencontrer des indépendantistes portoricains dont un des leaders semble être le propre frère de Rita, Ruben. Les choses vont se passer plutôt mal. Les sbires de Ruben poursuivent Ryan qui doit sa survie dans un premier temps au fait qu’il détourne un autobus. Mais il finit par être rattrapé, et les portoricains le rossent et l’envoient à l’hôpital. Il va cependant continuer son enquête. En sortant de l’hôpital, il s’en va dans sa maison de campagne où il s’entraîne à tirer de la main gauche, son bras droit étant devenu invalide. Sa compagne Maureen va l’assisté. Les soupçons de Ryan vont se porter sur Diaz, le propre équipier de Gigi. Avec Maureen, il va les prendre en chasse. Mais ils sont à leur tour poursuivis et Maureen sera abattue sous les yeux de Ryan. Celui-ci se fait introduire chez Salazar, une sorte de mafieux portoricain qui lui propose de l’acheter comme il a acheté Gigi. Ryan décline et s’enfuit en sautant par la fenêtre dans l’Hudson. Il retourne chez Diaz et le menace pour le faire parler. Celui-ci finalement explique que des armes vont être livrées cette nuit, et qu’un bateau les chargera vers Porto Rico. Il avoue également que c’est Salazar qui a égorgé Gigi. Ryan prévient Scanlon et fonce à son tour vers le port. Il arrive juste au moment du chargement. Une fusillade s’engage, et la police arrive sur les lieux, empêchant les portoricains de s’enfuir. C’est Ryan qui se charge de poursuivre Salazar qui, armé d’une mitraillette, arrose tout le monde avant de se lancer dans les escaliers d’un échafaudage. C’est en haut de cet édifice que Ryan va le tuer.

     Police connection, Badge 373, Howard Koch, 1973 

    Ryan retrouve Scanlon qui veut le dissuader de cesser son enquête 

    C’est une histoire qui n’a pas trop de consistance : le flic rebelle et démis de ses fonctions qui continue son métier contre tout le monde, prenant des risques inconsidérés. Mais elle présente cependant plusieurs aspects intéressants. Outre la description d’un caractère entêté et incorruptible, il y a un affrontement latent entre les autorités et les Portoricains : la lutte entre gangsters et policiers se double donc d’un affrontement ethnique impossible à résoudre, car si les Portoricains que Ryan pourchasse, sont bien des criminels, ils sont animés d’intentions très complexes. Salazar est un chef de bande cruel et cupide, mais ces traits de caractères sont expliqués par son histoire personnelle et donc par la façon dont les Etats-Unis ont colonisé et soumis Porto Rico. Ruben Garcia est un idéaliste qui rêve d’une révolution à la cubaine qui rendrait aux Portoricains leur dignité dans l’indépendance. New York est le lieu d’un affrontement interethnique sans issue entre des communautés qui se haïssent, même si Ryan n’est pas ouvertement raciste, il voit les « latinos » comme des citoyens inférieurs à ce qu’il est lui. A côté de cette toile de fond, il y a le portrait de policiers, Ryan et Gigi, qui sont décalés et qui pour des raisons diverses et variées n’arrivent pas à faire leur métier correctement, pris entre les rigueurs du règlement et la tentation de se vendre pour améliorer l’ordinaire. Gigi est en effet victime non seulement de son attirance pour une femme qui est sans doute droguée et prostituée, donc l‘inverse de sa propre épouse, mais aussi pour l’argent que Salazar lui procure. Ils sont donc dans l’impossibilité d’avoir une vie de famille stable et cohérente. L’épouse de Ryan l’a quitté, et Maureen décédera clairement par sa faute. L’épouse de Gigi fera part de son amertume à Ryan car elle savait que son mari avait une maitresse. Elle reste seule sans soutien pour élever ses enfants. Maureen meurt elle aussi en laissant deux enfants scolarisés.

    Police connection, Badge 373, Howard Koch, 1973 

    Les portoricains pourchassent Eddie 

    La réalisation va tenter de s’immerger dans la réalité sordide des quartiers pauvres de New York, c’est l’aspect le plus réussi. Il est vrai que dans les années soixante-dix, non seulement la criminalité y était très élevée, les règlements de comptes étaient nombreux entre gangs, mais aussi que les rues étaient peu sûres et mal entretenues. Koch va mettre l’accent sur la misère qui gangrène la communauté portoricaine qui, à l’époque, était le vecteur principal du trafic d’héroïne sur la ville. Il y a donc une utilisation intéressante du décor urbain. Certes ce n’est pas French connection, loin de là, mais on trouve parfois des scènes assez inspirées. La traque nocturne de Ryan dans les rues sordides s’opposant au calme apparent de l’environnement campagnard qu’il a rejoint avec Maureen, un environnement presqu’idyllique dans les couleurs de l’été indien. La longue poursuite en autobus est moins réussie, trop attendue, surtout quand on a vu la poursuite de Popeye en voiture dans les rues de New York. Il y a quelques inconsistances scénaristiques aussi, la traitrise de Diaz est assez peu cohérente, tout comme la passivité de Scanlon et la façon dont Ryan met la main sur Rita apparait un peu trop simple. La mise en scène se veut nerveuse, mais le montage reste un peu défaillant. De même la qualité de la photo pose problème – même pour l’époque – dès lors qu’il s’agit de filmer l’errance de Ryan sous la pluie. De même la présentation des motivations indépendantistes des Portoricains nous parait un peu caricaturale. Au passage on reconnaitra dans l’approche de Ryan du meeting indépendantiste la source de la scène de Taxi driver où on voit Travis se rapprocher dangereusement de la scène où le candidat Palantine va haranguer la foule. Film typiquement newyorkais, il rappelle aussi un peu The detective de Gordon Douglas tourné en 1968, mais en plus déterminé dans l’utilisation des décors réels et de la mise en œuvre d’une réalité sociale et matérielle des plus sordides.  

    Police connection, Badge 373, Howard Koch, 1973

    Scanlon vient voir Eddie à l’hôpital 

    Le film repose presqu’entièrement sur les épaules de Robert Duvall, formidable comédien qui avait été révélé au grand public l’année précédente dans The godfather. Il est excellent comme toujours malgré un physique peu glamour et peu impressionnant.  Il rend de façon convaincante cet entêtement qui confine à l’obsession, il retrouvera un rôle de ce type un an plus tard avec le très intéressant The outfit de John Flynn. A ses côtés on trouve Eddie Egan dans le rôle de Scanlon, et Verna Bloom dans celui de Maureen. Tous les deux sont très justes. Plus problématique est l’interprétation de Salazar par Henry Darrow. C’est un acteur d’origine portoricaine, mais il reste un peu trop dans la caricature du boss mafieux, mélancolique et cruel. 

    Police connection, Badge 373, Howard Koch, 1973 

    Eddie apprend à tirer de la main gauche 

    Badge 373, qui est sensé être le véritable numéro d’insigne d’Eddie Egan dans la réalité, est un film qui se laisse voir, mais qui n’atteint jamais à la grandeur. Sans doute souffrait-il d’un budget relativement faible. Le public l’a un peu boudé, et la critique s’en est désintéressé. C’est seulement dans une période récente qu’on le redécouvre. Du point de vue du film noir, il se situe dans la lignée de ces films de flics hyperréalistes qui ont embrayés sur le succès de French connection.  Mais il est aussi une charnière avec les films noirs italiens, les poliziotteschi qui ont pris dans le début des années soixante-dix le contrepied des réalisations à la gloire des gangsters, étalant l’amertume de la vision d’une société capitaliste qui se délite et qui n’arrive plus à rétablir un semblant d’ordre social et moral. Dans le final de Badge 373, on verra Salazar jeter des billets de banque dans le vide, expliquant clairement avant de mourir que c’est bien les Etats-Unis qui lui ont appris l’importance de la réussite par l’argent. On le regardera aussi comme un élément intéressant dans cette longue chaine de l’évolution du film noir qui va s’orienter ensuite vers ce qu’on a coutume d’appeler le néo-noir qui offrira une stylisation des images plus sophistiquées. Mais dans le début des années soixante-dix, le cinéma américain est à la recherche d’une photographie qui saisit directement et avec le moins de transformation possible la réalité brute de l’instant. Ce film se trouve aujourd’hui dans une bonne copie d’Olive film, mais seulement en anglais. 

    Police connection, Badge 373, Howard Koch, 1973 

    William Salazar a troqué une grande quantité d’armes contre beaucoup d’argent



    [1] http://alexandreclement.eklablog.com/le-bouclier-du-crime-shield-for-murder-edmond-o-brien-howard-w-koch-19-a131740442 

    « Un homme marche dans la ville, Marcel Pagliero, 1949Luis Buñuel, Mon dernier soupir, Robert Laffont, 1982 »
    Partager via Gmail

    Tags Tags : , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :