• Peaux de banane, Marcel Ophüls, 1963

     Peaux de banane, Marcel Ophüls, 1963 

    Marcel Ophüls est surtout connu pour son film Le chagrin et la pitié, tourné en 1969 et controversé sur le souvenir de la Shoah et l’attitude des Français pendant l’Occupation. Il a surtout fait des documentaires, dont l’un sur le massacre de My Lay et un autre sur Klaus Barbie. Il est le fils du grand réalisateur Max Ophüls, mais il n’avait finalement peu de goût pour la fiction. Après Peau de banane, il tournera un autre film policier avec Eddie Constantine, Feu à volonté, puis il se désintéressera de ce type de cinéma commercial. Lorsqu’il tourne Peau de banane, nous sommes au début de la carrière de Jean-Paul Belmondo. Il tourne beaucoup, alternant les films de qualité comme Léon Morin prêtre, avec les films plus commerciaux comme Cartouche. Il a cependant déjà une grosse réputation acquise notamment dans les films qu’il a tournés en Italie. Il est à la recherche d’un style mi-sérieux, mi-décontracté, où les scènes d’action alternent avec l’humour léger. Ce sera sa marque fabrique jusqu’à la fin de sa carrière, aussi bien pour ses rôles de flics que pour ses rôles de voyou. Le grand succès arrivera l’année d’après Peau de banane avec L’homme de rio et 100 000 dollars au soleil.  

    Peaux de banane, Marcel Ophüls, 1963

    Michel Thibault qui aime jouer aux courses, se fait aborder par Charlie beau sourire, un escroc de profession, avec une arnaque bidon au portefeuille trouvé. L’astuce éventée, cependant, Michel va apprendre que Charlie est acoquiné avec une certaine Madame Volney qui n’est autre que l’ex-épouse de Michel, Cathy. Ils se connaissent en fait depuis l’enfance, et ils ont même été mariés pendant quelques années. Les pères de Cathy et Michel ont été ruinés par un couple d’escrocs, Bontemps et Lachard. Cathy a juré de se venger. Pour cela elle va monter une escroquerie contre Bontemps en lui faisant croire que les terrains qu’il possède au bord de la mer ont une certaine valeur et en le poussant à racheter l’option qu’il avait signé avec Charlie. Une fois l’escroquerie réalisée, Michel pense que Cathy l’a une nouvelle fois abandonné pour partager les gains avec Reynaldo et Charlie. Michel va les retrouver à Paris. Il les menace tous les deux, mais sur ces entrefaites, la police arrive et menace d’embarquer tout le monde. Les inspecteurs mettent également la main sur le magot. Ils embarquent d’abord Charlie et Reynaldo, disant attendre des renforts. Mais en vérité, ce sont des faux policiers qui sont d’accord avec Cathy et qui donc les laissent partir. Cathy et Michel vont se réconcilier et monter une nouvelle arnaque pour piéger enfin Lachard qu’ils ont retrouvé sur la Côte d’Azur. Il s’agit de l’amener à parier gros sur des courses soi-disant truquées, et de partir avec les mises. Le retour inattendu de Reynaldo et de ses truands va les contrarier, mais ils sauront contourner l’obstacle et pourront enfin filer le parfait amour. 

    Peaux de banane, Marcel Ophüls, 1963 

    Michel refuse les propositions de Charlie 

    L’adaptation est semble-t-il de Claude Sautet qui va un peu plus tard adapter un autre roman de Charles Williams. La réalisation est signée Marcel Ophüls, mais Claude Pinoteau a tourné une partie des scènes, et sans doute aussi Costa Gavras. Globalement l’adaptation est assez fidèle au roman, sauf qu’évidemment le récit a été dépaysé en France, ce qui n’est jamais simple, et qu’on a fait de Michel un musicien de jazz. Pour appâter Lachard, Michel et Cathy vont utiliser le coup des paris pour des courses juste entre le moment où l’arrivée se fait, et celui où se clôture les enjeux. Cette idée, sans doute due à Claude Sautet, est détaillée dans L’étrange Monsieur Steve dont le scénario est de Frédéric Dard qu’il connaissait très bien et avec qui il avait déjà travaillé[1]. Mais ce n’est pas sur ces points qu’on fera porter notre critique. Le premier problème qu’on rencontre dans ce genre de film, c’est un problème de ton. En effet Il s’agit ici d’une comédie assez légère, alors que le roman est bien plus grave. Il y a une confusion entre comédie et fable grinçante sur la cupidité. Les rapports entre Michel et Cathy ne sont guère approfondis, alors qu’en réalité c’est la question centrale de savoir si un homme peut faire confiance à une femme et la suivre aveuglément. Charles Williams tirait de ce questionnement une ambiguïté qui dans le film fait défaut. C’est cela qui donnait au roman un fond de mélancolie amère qui tirait le roman un peu plus vers le noir. D’ailleurs la fin du roman n’était pas très optimiste. Le caractère de Cathy est bien plus décidé dans le roman où c’est elle qui guide complètement son ex-mari. 

    Peaux de banane, Marcel Ophüls, 1963 

    Michel se prétendant ingénieur allemand va retrouver Bontemps 

    Sur le plan cinématographique, l’ensemble manque manifestement de style. La photo est soignée, et, malgré le noir et blanc, l’usage du cinémascope donne un ton assez moderne à l’ensemble, d’autant qu’on se balade dans les palaces de la Côte d’Azur et autres lieux propice à l’étalage du fric. Il y a un mélange de voix off et de retours en arrière qui finit par donner une allure sautillante à cette histoire. Il y a pourtant de très bons décors, le film a été pour partie tourné du côté de Martigues, mais Ophüls ne sait en tirer aucun parti. C’est étriqué et dans les pires moments, c’est de la carte postale, les mouvements de caméra sont le plus souvent à contretemps. Il y a une incapacité à saisir la profondeur de champ qui est confondante, à croire que Marcel Ophüls n’avait jamais pris le temps de regarder les films de son père dont la technique était légendaire. Quelques scènes échappent cependant à cette critique, par exemple quand Michel fait semblant de déposer l’argent à la consigne de l’aéroport de Nice, ou alors le début au champ de courses. 

    Peaux de banane, Marcel Ophüls, 1963 

    La police intervient pour coffrer toute la bande 

    Le plus problématique est cependant l’interprétation. Belmondo passe encore, il a de la présence, une grande facilité, quoi qu’il en fasse des tonnes en jouant les faux Allemands un peu ingénus. Jeanne Moreau, pourtant actrice de films noirs très expérimentée, ne trouve jamais la bonne distance, elle ne sait pas si elle doit sourire ou rester grave. Après tout elle est sensée avoir la vengeance chevillée au corps. C’était la deuxième fois que Belmondo et Jeanne Moreau jouaient ensemble, après le lamentable et très chichiteux Moderato cantabile de Peter Brook. Il faut bien le reconnaitre, ce n’était pas un couple très bien assorti. Si Gert Fröbe est excellent comme à son habitude dans le rôle du cupide Lachard, il semble que les autres comédiens soient assez peu dirigés. Claude Brasseur est déjà limite, mais le cabotin Jean-Pierre Marielle, avec sa diction sortie d’une troupe de théâtre de province, est assez lamentable. Les deux soi-disant gangsters ont l’air de s’ennuyer, et Alain Cuny semble se croire encore en train de réciter du Ionesco sur les planches de l’Odéon. Ce garçon que d’aucun désignait comme un grand acteur de théâtre, n’était manifestement pas fait pour le cinéma. 

    Peaux de banane, Marcel Ophüls, 1963 

    Michel rejoint Lachard et Cathy après s’être fait tabassé 

    Le film a connu un succès mitigé, surtout pour un Belmondo, mais la critique l’a traité comme un vague produit commercial de second ordre. Si Marcel Ophüls passe à côté de l’esprit de l’histoire qu’il adapte, il est sauvé du déshonneur par l’application qu’il met à détailler les diverses arnaques que le couple et leurs complices mettent au point. En ce qui concerne Charles Williams on peut dire que le film est plus fidèle à la lettre qu’à l’esprit de celui-ci. 

    Peaux de banane, Marcel Ophüls, 1963

    Michel fait semblant de cacher l’argent à la consigne de l’aéroport

     

     


    [1] http://alexandreclement.eklablog.com/l-etrange-monsieur-steve-raymond-bailly-1957-a127849566

    « Allo, l’assassin vous parle, The 3rd voice, Hubert Cornfield, 1960L’arme à gauche, Claude Sautet, 1965 »
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