•  Echec au porteur, Gilles Grangier, 1957

    Après trois gros succès avec Jean Gabin, Gilles Grangier va revenir à des films plus modestes quant à leur budget. En s’écartant de Gabin bien entendu il va retrouver une plus grande liberté de ton. Ici il choisit comme sujet, un roman de Noël Calef, celui-ci vient d’être couronné par le Prix du Quai des Orfèvres, récompense très prestigieuse et qui assure des ventes importantes et qui existe toujours. Dans la foulée de ce succès, Calef publiera Ascenseur pour l’échafaud qui sera adapté avec un grand succès par Louis Malle. Et puis il disparaitra, travaillant ici et là comme scénariste, ou encore écrivant des polars pour le Fleuve noir sous le nom de Maurice Derblay. Notez que dans les deux films adaptés de Calef, on retrouvera Jeanne Moreau qui, à cette époque, pré-Nouvelle Vague, se consacre au film noir à la française. Le Prix du Quai des Orfèvres, du moins à cette époque, était très bien-pensant. Il exaltait l’efficacité des forces de l’ordre, leur travail collectif. Et donc les méchant se devaient d’être punis sans nuances. Gilles Grangier s’intéressera quelques années plus tard à un autre Prix du Quai des Orfèvres, et ça donnera 125 rue de Montmartre.    

    Echec au porteur, Gilles Grangier, 1957

    Bastien Sassey est un petit voyou qui transporte de la drogue, dans un ballon de football de Marseille à Paris pour le compte d’Hans, un Allemand. Ce dernier veut cependant qu’il ramène à son fournisseur marseillais un autre ballon rempli d’une bombe qui doit exploser dans la journée. Bastien qui espère en finir avec cette bande, rêve de s’enfuir avec Jacqueline. Mais en partant, il croise une bande d’enfants qui jouent au ballon et qui en le bousculant lui font perdre le sien. Dans la confusion ce sont deux enfant su quartier qui récupèrent son propre ballon. Bastien n’arrive pas à les retrouver. Mais Hans et son tueur Dédé l’ont suivi. Apprenant la perte du ballon, ils décident de tuer Bastien. Laissé pour mort, il est ramassé par un camionneur italien qui va le remettre dans les mains de la police justement parce que Bastien est arrivé à l’avertir pour la bombe. On amène le blessé à Beaujon, et la machine policière va se mettre en route. L’enfant qui a gardé le ballon va en outre devoir être opéré de l’appendice, et sa mère amène le ballon avec lui à la clinique. C’est le commissaire Varzeilles qui va s’occuper de l’affaire. Dès lors une partie de la police recherche le ballon, et l’autre part à la poursuite du gang de la drogue. Ils vont aussi bien interroger Jacqueline qui leur donne la piste de Hans, que les gamins avec qui le petit Giraucourt avait l’habitude de jouer. Tout se met en place comme un puzzle. Le père Arpaillargues apprend à la radio que la bombe est recherchée et prévient la police qu’elle se trouve à la clinique, mais une infirmière la caché. Tandis qu’une partie la police s’emploie à liquider les gangsters, l’autre cherche fiévreusement la bombe. Elle sera retrouvée in extremis. 

    Echec au porteur, Gilles Grangier, 1957 

    Bastien a livré la drogue

    On est donc dans le polar plutôt bien-pensant, avec des caractères assez peu nuancés. Bastien s’est laissé entraîné bêtement par cupidité, Hans et son tueur Dédé sont ignobles et cruels, le camionneur italien a bon cœur, la police est efficace, etc. ce n’est donc pas l’intrigue qui peut présenter un intérêt. Tout va résider dans les principes mis en œuvre. Il y en a deux : d’abord un éclatement du récit qui en fait une œuvre chorale, ce qui permet à la fois de décrire le travail collectif de la police, et aussi la diversité d’un milieu populaire, celui de la rue Carcel à Paris, dans le XVème, à une époque où ce quartier est populeux. Ensuite, il y a ces groupes d’enfants qui étaient très nombreux dans les années cinquante et qui, faute de confort, faute de place, occupaient la rue. C’était leur domaine. Il y a donc un contraste entre ces gosses bruyants et agités qui courent dans tous les sens, et les gangsters qui vivent comme des rats dans des endroits disloqués en voie d’effondrement. Ils ne voient pas la lumière du jour ou si peu. Ce sont des êtres ricanants, probablement fous. Bie évidemment tout cela s’accompagne d’une vision morale : la police remet tout à l’endroit, les méchants sont punis et les bons sauvés, mêmes si un policier sera abattu dans le siège de la bicoque des gangsters. 

    Echec au porteur, Gilles Grangier, 1957 

    Aldo va secourir Bastien

    Remarquez qu’il y a des étrangers, des bons, le routier italien, et des mauvais, l’allemand Hans qui boîte tel un diable, qui tort la bouche dans tous les sens. Le reste des gens ordinaires ce sont des paisibles Français avec leurs petits problèmes de famille et de travail. Grangier aime manifestement ce petit peuple besogneux, sans ambition autre que de vivre tranquillement et d’élever ses enfants. La famille est sacrée, et il s’arrangera pour faire en sorte que les époux Giraucourt dont le fils est opéré de l’appendice, se réconcilie, constatant combien il est vain d’avoir des passions en dehors du foyer. Grangier donne des gages à un certain humanisme en montrant un policier qui a peur et qui doute face aux bêtes fauves qui se sont enfermées dans la maison pour développer leur commerce crapuleux. Cette approche va inciter Grangier à utiliser, très bien d’ailleurs, les décors naturels, preuve qu’il avait retenu, bien avant la Nouvelle Vague, les leçons du film noir à l’américaine. Outre les scènes qui se passent dans le bas du XVème arrondissement, espace en voie de modernisation – on y verra des immeubles neufs, qui grimpent en hauteur, au milieu de zones abandonnées – une petite partie se déroule sur le port de Gennevilliers. Grangier a toujours aimé filmer les ports, c’est la porte ouverte sur l’ailleurs, attirant mais inquiétant aussi. C’était déjà le cas dans La vierge du Rhin, ou encore dans Le sang à la tête. Mais les ports sont montrés aussi comme des lieux de labeur, avec toute leur machinerie à la logique de laquelle il faut que l’homme se plie. Ces décors naturels périphériques sont opposés de fait au cœur de Paris, particulièrement au Quartier Latin où la police vient ramasser Jacqueline, ou même à la Gare de Lyon où débarque Bastien. Ce sont deux mondes différents, la périphérie travaille clairement pour le centre. Dans les quartiers périphériques, la nuit opposera les espaces en constructions aux ruelles sombres et mal éclairées où se cachent les enfants pour échapper à la police, même s’ils ne craignent rien d’elle, ils préfèrent en rester loin. 

    Echec au porteur, Gilles Grangier, 1957 

    Lorsque Jacqueline arrive, Bastien est décédé    

    La mise en scène est bien rythmée, la photo est bonne, elle st due à Jacques Lemare qui sera encore de l’équipe qui travaillera avec Grangier sur 125 rue Montmartre. Il y a de l’application a donner de la profondeur de champ dans les espaces ouverts, et une très belle utilisation des contrastes des ombres et des lumières dans le refuge de la bande des trafiquants. Le film a été tourné assez vite à l’été 1957, avec un petit budget. Il y manque sans doute un peu de tension dramatique, mais cela vient probablement de la volonté de construire un récit choral qui oblige à abandonner les personnages, à peine ébauchés. Dans la mise en scène de ces principes, je reste persuadé que Grangier avait en vu le modèle de Naked city de Jules Dassin. Comme dans les films noirs américains du début des années cinquante, il met en scène la complexité de la machine policière, par exemple les techniciens qui transmettent de ci, de là les informations destinées à coordonner l’efficacité des forces de l’ordre en accélérant leur action. 

    Echec au porteur, Gilles Grangier, 1957 

    La police ramasse les gosses qui traînent pour avoir des nouvelles du ballon  

    La distribution est très large et très hétéroclite. Il n’y a pas de personnage principal autour duquel s’organise l’action : à la rigueur on pourrait prendre pour pivot Paul Meurisse qui incarne le commissaire Varzeilles. Sans être mauvais, il n’est pas éclatant. Il ne cabotine pas trop, mais on se dit que lui ou un autre, c’eut été du même. Serge Reggiani joue Bastien qui disparait à la première bobine. Renfrogné, il n’a pas l’air dans son assiette, il est vrai que de le faire courir après un ballon qui disparait n’est pas très valorisant. Jeanne Moreau tient son rang, mais elle sera plus remarquable dans Ascenseur pour l’échafaud toujours d’après Noël Calef. Gert Froebe qui sans doute en avait un peu marre de jouer les mauvais Allemands, se caricature lui-même. Il surjoue et prend des poses de dément. Mais comme les séquences sont brèves et qu’on ne s’attarde pas sur les personnages isolément, tout cela passe finalement assez bien. Les seconds rôles sont plus intéressants. On retrouve quelques visages familiers des films de Grangier, Lucien Raimbourg dans un rôle très bref de policier à vélo – on appelait ça, une hirondelle – toujours excellent, ou encore Jacques Dinam dans le rôle du routier italien, donc affublé d’un accent particulier. Mais il est toujours très bien. D’autres sont plus connus, comme Fernand Sardou dans le rôle d’un receveur des postes avec évidemment l’accent du midi, ou Simone Renant qui tente de cacher son désarroi devant sa déconfiture conjugale. Tous les deux sont très bons aussi. Et puis il y a Reggie Nalder dans le rôle de Dédé le tueur psychopathe, rien que son physique suffit pour l’imposer à l’écran. Il avait vraiment une tête bizarre. Il a joué une quantité industrielle de tueurs maniaques, et de partout, en France comme en Allemagne ou en Italie et jusqu’aux Etats-Unis pour Hitchcock dans The man who knew too much, version de 1956 et encore dans l’extraordinaire The manchourian candidate de John Frankenheimer. 

    Echec au porteur, Gilles Grangier, 1957 

    La police assiège le repère des truands   

    Si tout est loin d’être parfait, c’est plutôt un bon Grangier, avec pas mal d’idées cinématographiques. Outre l’histoire et la manière de la filmer, il y a une sorte de documentaire sur cette France qui est en train de disparaitre sous nos yeux. Il se revoit encore très bien malgré les années.  Le public lui fera un bon accueil. Curieusement, alors qu’il est abonné aux gros succès et aux gros budgets, il va encore tourner un petit filme, Reproduction interdite. 

    Echec au porteur, Gilles Grangier, 1957

    Hans vend chèrement sa peau 

    Echec au porteur, Gilles Grangier, 1957 

    La bombe a explosé

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  •  Le sang à la tête, Gilles Grangier, 1956

    C’est la première apparition de Jean Gabin dans une adaptation d’un roman de Simenon. Il y en aura bien d’autres, sans doute plus importantes. En vérité ce n’est même pas un film noir. C’est une sorte de drame familial. Du reste il n’y a même pas de crime. Pour la troisième fois Gabin va travailler avec Gilles Grangier. Comme on va le voir il y a une unité de ton dans les films que Jean Gabin tourne avec Grangier vers cette éopque, et ce n‘est pas un hasard. L’ouvrage de Simenon n’est certainement pas des plus marquants, mais comme on dit, il y a une atmosphère, un port, des gens laborieux, un milieu d’hommes qui se battent pour en sortir et qui parfois arrivent à des situations enviées, souvent au détriment de leur propre existence. Gabin aime ce genre de personnages rudes qui se sont fait à la force de leurs bras si on peut dire. Mais en même temps ils montrent une faille qui les rend vulnérables et que leur entourage va tendre à utiliser pour les rabaisser. Grangier, lui, va être tout à fait à son aise, plus avec la description d’un milieu laborieux qu’avec l’histoire proprement dite. 

    Le sang à la tête, Gilles Grangier, 1956 

    Le fils Cardinaud a bien réussi, parti de rien, issu d’un milieu désargenté, il est devenu le plus riche mareyeur sur le port de La Rochelle. Il a une belle maison, deux beaux enfants, deux domestiques. C’est un notable. Mais sa femme Marthe qui elle aussi vient d’un milieu pauvre, s’ennuie. Elle bovaryse. Mimile une sorte de petite frappe, un peu gigolo, est revenu d’Afrique où il avait cru pouvoir faire facilement fortune. Il est complétement fauché. Il va séduire facilement Marthe parce qu’il est l’exact inverse de François Cardinaud. Pendant ce temps Cardinaud emmène son fils à la messe, puis il s’inquiète de ne pas voir sa femme rentrer. Il se demande où elle a bien pu passer. Il va la chercher partout dans sa famille. Bientôt la rumeur de la ville indique que Cardinaud est cocu. Celui-ci continue tant bien que mal à gérer ses affaires, tout en essayant de mettre la main sur sa femme. Celle-ci revient à la maison pour apporter des bonbons à ses enfants, mais la gouvernante qui cherche à la remplacer, ne le signale pas à Cardinaud. Le père de ce dernier lui indique qu’il a été un peu négligent avec Marthe, trop occupé par sa réussite matérielle. Drouin cherche lui aussi Mimile qui a une dette envers lui. Mais Mimile et Marthe se sont planqués d’abord dans un petit hôtel puis ensuite dans l’île de Ré. Cardinaud accompagné de Drouin est cependant sur la piste des fuyards. Ce sera pour lui l’occasion de montrer à Drouin qu’il sait se faire respecter. Son but n’est pas de se venger de Mimile, mais simplement de récupérer sa femme. En fait celle-ci a abandonné Mimile à son triste sort et veut retourner à la maison, sur le bateau qui la ramène de l’Île de Ré à La Rochelle, elle va demander à Cardinaud d’abandonner son luxe et de vivre plus tranquillement une vie de famille. Ce qu’il consent bien entendu. 

    Le sang à la tête, Gilles Grangier, 1956

    Mimile est revenu

    Le thème général serait celui d’un homme qui pour s’extraire de la plèbe d’où il vient et qui en aurait oublié les principes fondamentaux de la vie. On pourrait dire que c’est une leçon de morale bien malvenue, si on oubliait que c’est l’histoire de Simenon dont la réussite matérielle a été aussi éclatante que le désastre de sa vie privée. Cardinaud est un personnage qui est devenu une sorte de notable sans conviction réelle, pris dans des obligations d’un côté et de l’autre, se faisant taper par ses beaux-parents, devant en permanence contrôler le bon déroulement des affaires. Le personnage de Marthe est relativement peu développé. Elle aime Cardinaud et ses enfants, mais elle se tourne vers Mimile dont elle comprend la faiblesse et à qui elle peu apporter quelque chose, alors que son mari est bien trop solide pour avoir besoin de quoi que ce soit. Son problème c’est l’ennui. Elle ne travaille pas et ses enfants sont pris en charge par les domestiques. Elle a été en quelque sorte dépouillée de ses fonctions de femme. Dans la volonté qu’elle manifeste de revenir à une vie bien plus modeste, elle citera en exemple le frère de Cardinaud, Arthur, simple travailleur qui joint des deux bouts difficilement, elle produit forcément une critique de la bourgeoisie et de la consommation. Et donc il vient que le sujet principal du film pourrait bien être la critique de l’idée même de réussite, puisque celle-ci ne peut se réaliser que dans l’écrasement de l’entourage de celui qui réussit. La maison dans laquelle la famille Cardinaud vit est écrasante et sans âme, peuplée de fantômes, comme ces deux domestiques qui semblent être ailleurs et qui pourtant son là à demeure. La vie des Cardinaud est un rituel ennuyeux, on le voit dès le début, le dimanche ce sera la messe, puis on ira acheter les gâteaux, et enfin après avoir pris l’apéritif dans une grande brasserie, peut-être ira-t-on au cinéma. Cardinaud existe en effet dans le travail et par le travail et pas du tout dans la jouissance de son résultat. Il accumule, et plus il accumule de charges, de richesses, et plus il devient étranger à lui-même et à se femme. Sa femme en le trompant avec un presque rien, va lui rappeler les saines priorités de l’existence.

     Le sang à la tête, Gilles Grangier, 1956 

    Cardinaud est passé chez ses parents pour tenter de retrouver Marthe 

    Ce n’est donc pas un film noir, mais un drame familial sur fond de déclassement d’un prolétaire qui a pensé qu’il était simple et avantageux de changer de classe sociale en s’élevant. D’ailleurs les bourgeois sont représentés comme des gens assez horribles, hypocrites et sournois, à l’image de ce faux jeton d’Hubert Mandine qui achète misérablement les faveurs éphémères de Raymonde, la sœur de Mimile, qui se prostitue sans complexe. Le scénario qui est dû à Gille Grangier et Michel Audiard, recèle cependant un défaut fondamental, c’est l’impassibilité de Cardinaud face à son cocufiage, de même Marthe ne semble guère se soucier d’avoir couché avec Mimile quand elle re vient vers Cardinaud. Elle ne manifeste aucun remord, et Cardinaud ne montrera aucun signe de jalousie. Mais s’il n’est même pas un peu jaloux, on ne voit pas pourquoi il voudrait récupérer sa femme, juste pour souder la famille ? C’est assez peu vraisemblable. Certes son comprend bien que Cardinaud est fort, qu’il ne doute pas de ce qu’il est lui-même, mais il traite de cette fugue comme il traite des enchères de la pêche, sans passion, précisément et avec sang-froid, toujours avec le but de gagner. C’est à tel point qu’on se demande bien ce que le personnage de Drouin, le violent capitaine de cargo, vient faire dans cette salade, si ce n’est pour montrer le calme et la détermination de Cardinaud qui en lui donnant une raclée retrouve ses origines prolétariennes dans cette manière de faire la loi. 

    Le sang à la tête, Gilles Grangier, 1956 

    Les enchères sur la pêche du jour sont une étape incontournable 

    Comme on le comprend, ce n’est pas le déroulé de l’intrigue qui retiendra l’attention, pas plus que la timide tentative de la gouvernante de prendre la place de l’épouse de Cardinaud et qui se fera remettre à sa place sèchement. C’est un film matérialiste au sens marxiste du terme, à savoir que le comportement dépend des origines de classes et des contraintes économiques qu’elles engendrent. En passant d’une classe à l’autre, Cardinaud passe du statut d’exploité à celui d’exploiteur, Titine le soulignera quand elle dénoncera la puissance de Cardinaud qui empêche les pauvres comme elle de gagner leur vie tranquillement. C’est tellement vrai que son fils tourne voyou, et que sa fille se prostitue. Le cocufiage de Cardinaud est pour elle comme une revanche sociale. Cette approche va se traduire, et à mon avis c’est ça qui est intéressant dans ce film, par une très grande attention de Gilles Grangier au monde du travail, à la vie du port de La Rochelle. Il y a une grande tendresse dans sa manière de filmer aussi bien les hommes que les lieux. Il utilise toujours à bon escient les équipements portuaires, comme dans La vierge du Rhin[1], et comme il le fera encore dans Echec au porteur avec le port de Gennevilliers. La scène de la vente de la pêche aux enchères est particulièrement réussie, sans doute tournée avec la complicité de personnages réels du port de La Rochelle. D’ailleurs toutes ces scènes qui mettent en valeur le travail sont parfaites et montrent à quel point notre monde a changé en un peu plus d’un demi-siècle. Grangier choisit toujours très bien ses décors – ici il a été aidé par Jacques Deray qui était son assistant[2] – il aime filmer les grues et les engins qui déplacent les objets dans un bruit de fureur, comme il aime filmer les bateaux qui rentrent ou qui sortent du port pour découvrir de nouveaux espaces ou pour en rapporter des souvenirs plus ou moins bons. Parmi ceux-ci il y aura le cargo de Drouin qui ramène le maléfique Mimile. Dans cet univers marqué d’hyperactivité, Cardinaud apparaît parfois comme déplacé avec ses beaux costumes et son large manteau de tweet. Certes il en impose au populo, mais n’empêche pas celui-ci de se moquer de lui, dans son dos. A l’opposé de ce décor familier d’un travail difficile, il y a la maison des Cardinaud, comme frappée de non-vie, elle est trop vaste et trop vide. On le comprend très bien quand Grangier filme les escaliers en contre-plongée pour signifier cette absence maintenant que Marthe est partie. Grangier est aussi toujours très bon dans les scènes d’action, on l’oublie un peu trop souvent. Drouin déclenche deux bagarres qui sont promptement filmées avec un grand réalisme. L’ensemble est bien rythmé, malgré le côté un peu statique de l’intrigue, on ne s’ennuie pas. 

    Le sang à la tête, Gilles Grangier, 1956 

    Cardinaud demande chez lui s’il y a du nouveau 

    L’interprétation se réduit à Jean Gabin qui pour le coup s’est encore teint les cheveux, pratique qu’il va abandonner dans ses films suivants. Il est égal à lui-même personnifiant comme toujours le gars solide et déterminé, celui qui ne doute et qui se trouve d’abord là pour remettre les pendules à l’heure. Il occupe l’écran de bout en bout, il est vrai qu’en face il n’y a pas grand-monde pour contrebalancer son poids, non pas que les seconds rôles soient mauvais, mais plutôt parce qu’ils sont écrits sans trop de profondeur. Le personnage de Marthe est très pâlichon, et il est vrai que Monique Melinand dans le rôle n’est pas très charismatique. Elle a un peu l’air de s’en foutre d’avoir mis son mari dans la merde. José Quaglio dans le rôle de Mimile n’est guère plus convaincant, acteur italien doté d’un physique à coucher dehors, il est transparent. Les autres seconds rôles sont meilleurs, à commencer par l’inévitable Paul Frankeur, un habitué de la cinématographie de Gilles Grangier. Ici il est le bouillant Drouin. Passons sur l’apparition de Renée Faure dans le rôle de la gouvernante, on a du mal à savoir à quoi il sert en dehors de faire un peu de remplissage. Il y a aussi l’excellente Claude Sylvain dans le petit rôle de Raymonde, la prostituée, et puis Georgette Anys dans celui de Titine, la mère affublée de deux enfants qui ont mal tourné. Elle est excellente. Pour les cinéphiles au regard averti, ils reconnaîtront Jacques Deray dans le petit rôle du chauffeur de bus à qui Cardinaud demande des nouvelles de sa femme.

    Le sang à la tête, Gilles Grangier, 1956 

    Hubert Mandine est un habitué de la sœur de Mimile qui se prostitue 

    Si l’intrigue manque clairement d’intérêt, et même si les personnages, en dehors de celui de Cardinaud, manquent d’épaisseur, le film reste très attachant à cause de cette implication de Gilles Grangier dans la description de la vie des petites gens, des ordinaires. On se délectera des scènes qui se passent dans les cafés, cette foule grouillante et enfumée, dont la manière sera reprise et approfondie plus tard par Claude Sautet. Grangier est bien aidé par la très bonne photo d’André Thomas. On retiendra la scène qui se passe à l’église au tout début du film, tandis que le drame couve, mais aussi la très curieuse scène finale, quand les Cardinaud réconciliés débarquent du ferry, ils sont suivis par une foule qui les fait ressembler à une manifestation syndicale dont ils seraient les leaders ! C’est étonnant, je me demande si ce n’est pas l’inconscient de Grangier qui parle. Le film fut bien accueilli, sans qu’il n’atteigne cependant des sommets. 

    Le sang à la tête, Gilles Grangier, 1956 

    Cardinaud donne la leçon à Drouin

     Le sang à la tête, Gilles Grangier, 1956 

    Les Cardinaud reviennent à la maison



    [1] http://alexandreclement.eklablog.com/la-vierge-du-rhin-gilles-grangier-1953-a159721764

    [2] Jacques Deray, J’ai connu une belle époque, Editions Christian Pirot, 2003.

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  •  Gas-oil, Gilles-Grangier, 1955

    Au début des années cinquante, les histoires de camionneurs se portaient très bien. Elles représentaient à la fois l’émancipation des prolétaires puisqu’ils devenaient indépendants de leur patron, ou de leur commanditaire pour ceux qui avaient la chance de posséder un camion, au moins le temps du trajet, mais en outre ils participaient de la modernisation du pays après la Libération, comme une reconquête des territoires que les Allemands avaient pillés et à moitié détruits. Les romans et les films qui mettent en scène des routiers il y en a eu beaucoup. Par exemple, il y a l’excellent roman de Frédéric Dard, Batailles sur la route[1]. Gabin tournera après Gas-oil un autre film où il incarne un camionneur : Des gens sans importance avec Henri Verneuil. Il y a beaucoup de films de camionneurs, sans doute parce qu’ils représentaient à une époque une avancée vers la liberté. Hollywood avait lancé cette mode avec They drive by night de Raoul Walsh en 1940[2] ou le très bon Thieves' Highway de Jules Dassin en 1949. Cette tendance se maintiendra au moins jusque dans les années soixante-dix avec Convoy de Sam Peckinpah en 1978. A cette liste non exhaustive, on pourrait ajouter Le salaire de la peur de Henri-Georges Clouzot qui obtint la Palme d’or en 1953, et son remake Sorcerer en 1977 sous la direction de William Friedkin.  

    Gas-oil, Gilles-Grangier, 1955

    Gas-oil est adapté d’un ouvrage de Georges Bayle publié à la Série Noire sous un tire, Du raisin dans le gaz oil qui sent son Marcel Duhamel à une lieue. De Georges Bayle on ne sait pas grand-chose, si ce n’est ce qu’en dit le regretté Claude Mesplèdes dans son Dictionnaire des littératures policières[3]. Orphelin, il a exercé trente-six métiers et vécu trente-six misères, il fut notamment docker sur le port de Marseille. Il a publié en dehors de ce premier roman deux autres ouvrages, un recueil de nouvelles dans la collection blanche de Gallimard, Le pompiste et le chauffeur, et un autre roman Les déserteurs, toujours chez Gallimard en 1958. Et puis c’est tout, ces autres textes ont été refusés par tous les éditeurs de la place, et ils ont sans doute fini au feu. Mais par contre ce qui est certain c’est que Georges Bayle a bien été routier et connait donc le métier de l’intérieur si on peut dire. Son premier roman a été un bon succès, et c’est bien entendu pour cela que le cinéma s’y est intéressé. Les déserteurs auraient dû être adapté par Julien Duvivier et puis cela ne s’est pas fait. En tous les cas c’est clairement un auteur populiste – au sens qu’on donnait à cette forme de littérature brute – voire prolétarien. C’est peut-être ce parfum d’authenticité qui a attiré Jean Gabin sur ce projet. Le tragique en moins, Georges Baile fait penser un peu à Jean Amila par la description des milieux prolétaires.

    « De kilomètre en kilomètre, Chape stoppait, descendait de la cabine, frottait vigoureusement le pare-brise pour décoller le givre, enduisait la glace d'alcool à brûler. Cela le retarda énormément. Après la plaine de Laumières, le camion échappa à la brume. Chape poussa un soupir de satisfaction, alluma une cigarette, se cala bien sur sa banquette et monta sans souci la côte de Séverac. Chape, les pieds gelés, la goutte au nez, le col de sa canadienne remonté jusqu'aux oreilles, conduisait distraitement en pensant à des choses futiles qui l'intéressaient. »

     Gas-oil, Gilles-Grangier, 1955 

    Chape va chercher une cargaison de palettes 

    Jean Chape est un routier qui a la chance de travailler à son compte, il a acheté un beau camion tout neuf qu’il n’a pas fini de payer. Pour cela il travaille beaucoup, secondé par Ragondin père et fils. Il se lève tôt. Basé près de Clermont-Ferrand, il fait de longues distances, jusqu’à Paris, traversant l’Auvergne. Alors qu’il effectue un nouveau voyage, une bande de voyous dirigée par René Schwob agresse des transporteurs de fonds et les tue. Ce hold-up sanglant est sensé leur rapporter 50 millions. Mais, un des membres de la bande, Antoine Scoppo, va étouffer le butin et ne plus reparaître. Les gangsters sont frustrés et décident de retrouver l’indélicat. Mais ils ne pourront pas lui mettre la main dessus. Un soir de pluie, Chape va l’écraser alors qu’il vient de tomber en sortant de sa voiture. Chape prévient la gendarmerie qui le soupçonne d’avoir bu. Cependant il se retrouve en chômage technique parce que la loi met son camion sous séquestre. Cela va lui donner un peu de temps pour s’occuper de sa maîtresse, l’institutrice du village, Alice. Mais l’accident a donné des idées à la bande qui pense que c’est Chape qui a pris l’argent. Ils vont le traquer, puis lui envoyer la veuve de Scoppo. Mais s’il affirme ne rien avoir trouvé dans la voiture, les gangsters ne le croient pas. Ils iront jusqu’à fouiller sa maison de fond en comble. Au bout de ce moment de ce manège, Chapa va réagir et défier la bane, épaulé par ses amis routiers. La femme de Scoppo va s’en aller, mais elle va être arrêtée à la consigne de la gare de Clermont-Ferrand. C’est elle en effet qui a tué son mari pour s’approprier le butin. La police a éventé l’affaire. Entre temps Cape qui a récupéré son camion va tendre un piège à la bande avec l’aide des routiers. Ils vont les coincer, mais Alice a prévenu les gendarmes qui vont les arrêter et les mettre au frais. 

    Gas-oil, Gilles-Grangier, 1955 

    Les gangsters ont été floués, Scoppo a embarqué le magot 

    Comme on le voit, le thème du prolétaire qui travaille fièrement s’entrecroise avec celui d’un hold-up qui tourne mal. Il y a donc une opposition frontale entre les gangsters qui ne rêvent que de gagner de l’argent malhonnêtement et les routiers qui sont habitué au dur labeur. Cette opposition se redouble d’une opposition entre les routiers qui sont naturellement solidaires et qui viendront à bout, grâce à cette solidarité, de cette bande de crapules, et les gangsters qui passent leur temps à se trahir les uns, les autres. Incidemment on peut voir aussi une opposition entre la vie simple et transparente des travailleurs de la province et les complications de la vie parisienne. La morale est clairement dans le camp du travail. Les personnages féminins, Alice et la femme de Ragondin d’un côté, et la veuve Scoppo de l’autre sont dans la même opposition. Alice éduque les enfants et la femme de Ragondin fait du bien autour d’elle par sa cuisine ! Les personnages sont donc très tranchés, le juge d’instruction et les gendarmes qui sont méprisants envers le peuple, accusant Cape de boire plus que de raison, représentent une forme de stupidité face au bon sens des prolétaires. Ceux-ci sont d’abord des gens simples. Par exemple Cape et Alice vivent à la colle, mais pas sans morale puisqu’ils ont des sentiments forts entre eux. 

    Gas-oil, Gilles-Grangier, 1955 

    Les gendarmes et le juge d’instruction cuisinent Chape 

    C’est donc en creux une peinture des gens ordinaires, de la France profonde et morale, honnête et paisible, porteurs de valeurs comme la solidarité et l’engagement dès lors que l’un des leurs se trouve dans l’ennui. La convivialité c’est celle du bistrot ou du restaurant où tous les caractères se rejoignent pour former un bloc solide et quelque part rassurant. Il y a un ordre, et cet ordre ne vient pas de l’extérieur, il est porté par le groupe. Alice en sera l’émanation qui inculque la discipline aux enfants qu’elle doit éduquer. Nous sommes dans les années cinquante, et l’instituteur ou l’institutrice s’ils ne sont pas des notables sont des piliers de la communauté qui sont écoutés et respectés. Le film ne s’attarde pas sur les gangsters, ni sur leurs motivations, ni sur leur psychologie, il nous suffit de savoir qu’ils sont mauvais, et donc par contrecoup que Chape et ses amis sont bons. 

    Gas-oil, Gilles-Grangier, 1955 

    Dans le routier où Chape a ses habitudes, les plaisanteries vont bon train 

    Gilles Grangier excelle, bien avant Claude Sautet, dans la réalisation de scènes de groupe, des petites communautés regroupées autour d’un repas, d’un apéritif, dans le partage du temps qui passe et de l’amitié. Ce qui fait le prix du film, on pourrait dire que ce sont les scènes qui cassent le rythme et qui le sortent du film d’action. Par exemple le repas chez les Ragodin, ça ne fait pas avancer l’intrigue, ni même mieux comprendre la psychologie des personnages, mais ça nous approche de ce que peut être le bonheur simple de gens simples. Il filme tout cela en évitant les gros plans, et en usant beaucoup de la profondeur de champ ce qui ajoute de la vie et de la densité. Ou encore les scènes qui se préoccupent de la manière dont Chape et Alice se comportent quand ils vont se coucher, non pas comment ils copulent, ça ne nous regarde pas, mais comment ils se tiennent dans le lit au moment de l’endormissement. Gilles Grangier se délecte aussi de décrire le travail et ses instruments. Il tirera de très belles diagonales des usines que visite Chape ou des camions pris en enfilade. Le clou est la chasse finale de la Vedette des truands par les camions. Cette manière de les coincer sera reprise d’ailleurs plus tard dans le film d’Alain Corneau, La menace, en 1977. Tout soudain l’univers des truands se rétrécit jusqu’à disparaitre, privés d’espace et bientôt destinés à la prison. Contrairement à beaucoup de ses autres films Grangier utilise les décors naturels.

    Gas-oil, Gilles-Grangier, 1955  

    Chape est plutôt désabusé qu’on lui ai confisqué son camion 

    L’interprétation est un atout très fort pour ce film. C’était la deuxième collaboration entre Gilles Grangier et Jean Gabin après La vierge du Rhin, dans ce dernier film, le métier mis en valeur c’était le monde de la batellerie. Mais le principe était le même, à travers une intrigue policière, il s’agissait d’un affrontement à mort entre le monde du travail et le monde de l’argent malhonnêtement gagné. Et chaque fois Gabin, acteur populaire, coqueluche du prolétaire, relève le défi. Gabin est bien sûr très bon, mais peut-être un peu plus que dans ses autres rôles il déploie une palette plus complexe dans le jeu, il est moins statique et moins mutique. Peut-être cela vient-il du fait que dans le film il joue le rôle d’un homme amoureux qui vit une relation très paisible avec Alice que le soutient. Après Touchez pas au grisbi, Jean Gabin retrouvait Jeanne Moreau, elle avait muri entre temps. Elle est plutôt pas mal, sauf que bien sûr, et contrairement à ses habitudes elle ne peut pas dominer son partenaire masculin. Elle arrive même à ajouter une touche de tendresse. Si tous les seconds rôles sont plutôt bons, on remarquera plutôt Ginette Leclerc dans le rôle de la veuve Scoppo. Grande habituée des rôles de garce, elle est d’un naturel convaincant. Roger Hanin fait ce qu’il savait faire à cette époque, le truand ténébreux et mauvais. Et puis on retrouve des habitués de Gilles Grangier comme Marcel Bozzuffi dans le rôle du fils Ragondin, Robert Dalban dans celui d’un donneur d’ordre ; Félix. Quand Dalban apparait, Jean Lefebvre n’est pas loi, et de fait il est là, dans un tout petit rôle de chauffeur de bus. Mais on ne peut pas tous les citer. On remarquera la présence de Jacques Dinan dans le rôle du bistroquet Sernin. Il y a tout un art de trouver des gueules de prolétaires et de petits français qui se lèvent tôt le matin pour aller gagner leur bœuf. 

    Gas-oil, Gilles-Grangier, 1955 

    La veuve tente de tirer les vers du nez de Chape 

    Le film fut un très bon succès commercial, même pour un Gabin, il dépassa les 3 millions d’entrées. Il tient très bien la route, c’est le cas de le dire ! C’est d’ailleurs ce film qui a permis ensuite, une fois la mode de la Nouvelle Vague passée, de redécouvrir Gilles Grangier et de ne plus le traiter en « chien crevé ». Jean Gabin reprendra presque tout de suite après un rôle de routier dans un film bien plus dramatique d’Henri Verneuil, Des gens sans importance film qui ne connaitra pas un grand succès commercial mais qui lui aussi a été réapprécié au fil du temps. Bref les qualités de ce film sont suffisamment forte pour qu’on le voit ou qu’on le revoit.

     Gas-oil, Gilles-Grangier, 1955 

    Chape a décidé d’affronter la bande de René  

    Gas-oil, Gilles-Grangier, 1955 

    Les camions vont coincer toute la bande qui finira sous les verrous

     

     


    [1] Dumas, 1949.

    [2] http://alexandreclement.eklablog.com/une-femme-dangereuse-they-drive-by-night-raoul-walsh-1940-a114844900

    [3] Tome 1, Joseph K., 2003.

     

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  •  La vierge du Rhin, Gilles Grangier, 1953

    Ce film est la première collaboration entre Gilles Grangier et Jean Gabin, il y en aura 11 autres pour suivre. Ce film est un peu oublié dans la filmographie de Gabin, alors qu’à sa sortie il a eu un bien meilleur succès que La vérité sur Bébé Donge par exemple. Pourtant c’est un vrai film noir, très intéressant, surtout si on le rapproche des films américains sur les séquelles de la guerre et le retour des personnes disparues. Les raisons de cette relative ignorance m’échappent complètement, même à une époque où on réhabilite quelque peu Grangier. Peut-être que cet ostracisme vient d’abord du fait que l’histoire est adaptée d’un roman de Pierre Nord. Ce dernier est aujourd’hui complètement oublié, pourtant son œuvre est très intéressante. Elle comportait trois segments : des mémoires de guerre et de Résistance comme Mes camarades sont morts[1], il avait été un militaire employé d’abord aux renseignements, patriote et très à droite en même temps, il connaissait le métier de l’intérieur et avait travaillé à la création de réseaux de Résistance, il quitta l’armée avec le grade de colonel ; ensuite il avait tiré de son expérience des histoires d’espionnages très nombreuses puis il s’orienta vers le roman d’espionnage antisoviétique, avec succès. Mais si son fonds de commerce c’était d’abord l’espionnage, il fit plusieurs incursions remarquées dans le roman noir, dont cette Vierge du Rhin. Au moment où Grangier adapte ce roman, Pierre Nord a déjà plusieurs films adaptés de ses romans à son actif.  

    La vierge du Rhin, Gilles Grangier, 1953

    Martin Schmidt se débrouille pour se faire embaucher sur La vierge du Rhin, une péniche qui appartient à Meister dans l’espoir de rejoindre Strasbourg. Pour tout équipage il y a Pietr, un matelot plutôt louche, et la jeune Maria qui est aussi la fille de Meister. La descente du Rhin se passe plutôt bien. Alors qu’ils approchent Strasbourg, le fourbe Pietr cependant prévient Geneviève Labbé qu’il est possible que Martin Schmidt soit son ancien mari, Jacques Ledru. Et en effet ce dernier a été considéré comme disparu pendant la guerre, lâchement abandonné par Maurice Labbé, qui a profité de cette disparition pour à la fois mettre la main sur les affaires de Ledru, et épouser sa femme ! Ledru était porté disparu parce qu’il était prisonnier. Pietr connait le portrait de Ledru parce qu’il est en combine avec Labbé. Ledru quant à lui ne rêve que de se venger du couple Labbé. Un soir il est obligé d’intervenir parce que l’abominable Pietr tente de violer Maria. Arrivé à Strasbourg, il va se procurer un revolver. Puis il va tenter de s’approcher de son ancienne demeure. En réalité il va trouver un appui auprès de Anna Berg, son ancienne secrétaire qui ne l’a pas oublié et qui se désole de voir les affaires de Ledru maltraitées. Geneviève prise de panique a tenté d’écraser Ledru avec sa voiture. Mais bientôt il va y avoir une grande explication. Ledru chasse Geneviève et Labbé et leur annonce qu’il va récupérer ses biens. Mais Labbé est assassiné d’un coup de revolver. La police commence à soupçonner Ledru, d’autant que Geneviève témoigne contre lui. Alors que la police tente de retrouver Ledru et de l’arrêter, celui-ci va mener de son côté sa propre enquête avec l’aide de Anna Berg et de Maria. De fil en aiguille il va comprendre que derrière ce meurtre il y ales trafics de Pietr avec Labbé, et donc que le matelot a tué Labbé pour le dépouiller du peu d’argent qui lui restait. Dès lors la chasse est ouverte, Ledru, mais aussi la police, partent à la recherche de Pietr. Celui-ci s’enfuie et se réfugie en haut d’un échafaudage. Mais après s’être défendu en tirant sur la police, il est déséquilibré par un engin qui l’envoi au sol. L’affaire est entendue, Ledru chasse Geneviève et on comprend qu’il refera sa vie avec la jeune et loyale Maria.

     La vierge du Rhin, Gilles Grangier, 1953 

    Pietr tente de violer Maria 

    Le scénario louche clairement du côté de Simenon. Ce n’est donc pas l’intrigue en elle-même qui peut retenir l’intérêt. La logique est assez simple, un homme revient pour se venger, le meurtre de Labbé par Pietr n’est qu’une simple diversion à l’histoire, une manière d’éviter au fond à Ledru de régler son compte à Labbé lui-même, ce dont il manifeste l’envie. Ledru est un homme traumatisé par la guerre et la trahison de sa femme comme celle de son ami n’ont fait que renforcer cette amertume. L’idée de se venger est donc une forme de rédemption qui permettra de reconstruire et d’oublier. Mais il va rencontrer Maria, et celle-ci va jouer au fond le rôle d’ange gardien, non pas tant par l’aide qu’elle lui apporte, mais par les nouvelles perspectives qu’elle lui ouvre simplement par le fait d’exister. En s’embauchant sur la péniche, et malgré la présence du maléfique Pietr, Ledru a renoué avec la vie, trouvé une nouvelle famille. Ce sont des gens qui vivent simplement et qui travaillent. Ils sont donc à l’opposé du couple Labbé qui au contraire dilapide les biens de Ledru, en mettant l’entreprise en péril. S’ils sont si dispendieux, c’est aussi parce que leur vie est vide. Ana Berg expliquera à Ledru comment ces gens-là tapent dans la caisse pour s’offrir des babioles sans intérêt. 

    La vierge du Rhin, Gilles Grangier, 1953 

    Ledru vient demander des comptes à Geneviève 

    L’adaptation et les dialogues sont de Jacques Sigurd qui a beaucoup œuvré dans cet entre-deux, oscillant entre polar et film noir. Naturellement il travaillera avec Carné, sur Les tricheurs, L’air de Paris, avec Gabin, Du mouron pour les petits oiseaux et Trois chambres à Manhattan. Il y avait clairement chez lui un goût prononcé pour les relations sociales qui se nouent autour du labeur. Il aimait beaucoup les atmosphères un peu glauques comme dans les films d’Yves Allégret avec qui il fera une bonne demi-douzaine de films dont Dédé d’Anvers, Une si jolie petite plage ou encore Manèges. Sans doute ici les rapports pervers sont-ils gommés par le fait que Jean Gabin en incarnant Ledru, l’ambiguïté n’est pas le principal du caractère du héros. Mais enfin il reste cette balance entre Maria et Geneviève qui cessera de bouger avec le dévoilement de l’ensemble des turpitudes de Geneviève. On sent bien que dans sa volonté de reprendre une vie normale après le traumatisme de la captivité, Ledru pourrait bien basculer vers son ex-épouse. C’est au fond elle qui l’en empêche par son comportement tortueux. 

    La vierge du Rhin, Gilles Grangier, 1953 

    Ledru va surprendre le couple Labbé 

    Le travail de Gilles Grangier présente plusieurs aspects différents. Le premier et peut-être le plus contestable est cet usage de la voix off dans le premier tiers du film. C’est le point de vue de Pietr, mais ce point de vue disparait pour laisser place à une enquête plus traditionnelle. Qui a tué Labbé ? Evidemment si c’est Pietr celui-ci ne peut pas commenter son crime dans l’oreille du spectateur. Grangier a piqué ce tic de la voix off dans les films noirs américains, il l’utilisera cet artifice dans Meurtre à Montmatre par exemple. Ensuite il y a, et c’est à mon sens le meilleur de sa mise en scène, cette capacité à insérer l’histoire dans une atmosphère de travail quotidien. On verra donc des péniches qui circulent sur le Rhin, le trafic sur le port de Strasbourg, avec un décor fait d’engins de levage et d’outillage pour déplacer les marchandises. Cette atmosphère de labeur est ainsi opposée à l’atmosphère confinée de la maison où se terre le couple Labbé. Ici la porte est rouillée, le jardin en friche, envahi par des mauvaises herbes qui étouffent la vie. Grangier est toujours très juste quand il se penche sur le monde du travail et sur les relations sociales qui se développent autour de lui. On pourrait dire que de ce point de vue il est le précurseur de Claude Sautet. La mise en perspective des instruments du port permettra a Grangier de tirer de belles diagonales et d’utiliser la profondeur de champ. La scène qui voit Pietr s’enfuir en grimpant dans l’échafaudage, est clairement tirée de The naked city de Jules Dassin[2]. Cet ensemble de références au film noir et au naturalisme qui va avec, fait que Grangier n’est pas un simple réalisateur de films commerciaux, sans conscience. 

    La vierge du Rhin, Gilles Grangier, 1953 

    Geneviève se fait menaçante 

    Ce fut la première collaboration entre Gabin et Grangier. Il y en aura encore 11, et il semble bien que ce soit avec lui que Gabin ait tourné le plus grand nombre de films. Bien entendu c’est autour de celui-ci que le film se montera. On a dit à tort que c’était Touchez pas au grisbi qui relancera la carrière de Gabin. Bien entendu le film de Jean Becker fut un succès énorme, mais les films de Jean Gabin marchaient très bien aussi avant. Un film comme La minute de vérité c’était 3 millions d’entrées. Il n’était donc pas en perte de vitesse. Le rôle de Ledru lui va comme un gant : un homme qui a vécu et qui malgré les vicissitudes de la vie reste solide et déterminé. Il a de belles scènes notamment dans sa confrontation avec Geneviève où il sort de son mutisme, vidant tout ce qu’il a sur le cœur. Geneviève c’est l’excellente Elina Labourdette, un mélange de canaillerie et de distinction. Je crois que c’est un de ses rôles les plus importants. Mais il est vrai que Grangier a toujours été un bon directeur d’acteurs, même si évidemment on ne dirige pas Gabin ! Si Renaud Mary dans le rôle de Labbé est assez terne, par contre Claude Vernier dans celui de Pietr est remarquable. Cet acteur d’origine allemande qu’on a pu voir dans des films comme Le silence de la mer, ou La traversée de Paris, est tout à fait remarquable de sournoiserie. On retrouvera encore Albert Dinan, vieux complice de Grangier dans le rôle du commissaire Guérin. Et puis il y a Nadia Gray qui est Maria, et encore Olivier Hussenot qui est Meister, son père. Une mention spéciale à Andrée Clément, dans le rôle de la secrétaire de Ledru, mélange de dévouement et d’ironie.

     La vierge du Rhin, Gilles Grangier, 1953 

    Ledru annonce à Geneviève que Pietr est en fuite

    Le film tient donc bien la route, malgré peut-être une fin un peu précipitée. Il obtiendra un bon succès public et mérite d’être revu, confirmant que les critiques de la Nouvelle Vague contre la qualité française étaient complètement erronées et seulement destinées à impressionner les âmes faibles. 

    La vierge du Rhin, Gilles Grangier, 1953 

    Pietr tente de fuir désespérément



    [1] Librairie des Champs Elysées, 1949

    [2] http://alexandreclement.eklablog.com/la-cite-sans-voile-the-naked-city-jules-dassin-1948-a127689146

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  • Sous la direction de François Angelier & Stéphane Bou, Dictionnaire des assassins et des meurtriers, Calmann-Lévy, 2012 

    Le crime a quelque chose de fascinant et alimente notre imaginaire comme la forme des rapports sociaux dans lesquels il s’inscrit. Il a nécessairement une fonction sociale, ne serait-ce que celle de raconter des histoires qui font peur ! Le dictionnaire de François Angelier et Stéphane Bou n’est pas un catalogue des crimes remarquables qui ont marqué l’histoire de l’humanité, mais plutôt une méditation sur son essence. Et c’est pour cela qu’à côté d’assassins bien réels célèbres, on y trouvera aussi des personnages de fiction, dont le premier d’entre eux pourrait bien être Caïn. Les assassins sont donc des gens qui nous surprennent, parce qu’ils osent une rupture dans l’ordre existant et fondent autre chose. Evidemment le coût de cette refondation peut-être trop élevé et exorbitant, et en cela on se pose la question de savoir si tout cela valait d’ôter la vie à autrui. D’autant qu’un crime peut en entraîner un autre ou plusieurs autres, broyant l’assassin dans un cercle infernal dont il ne peut plus sortir.

    Les mobiles des crimes de sang sont assez peu nombreux, mais ils ne sont pas toujours explicites. La jalousie, le pouvoir, l’argent, s’approprier quelque chose qui ne nous appartient pas. Quel peuvent bien être les motivations de Landru lorsqu’il s’attaque à des femmes un peu mûres et esseulées ? Certes, il a besoin d’argent et les volent après les avoir trucidées, découpées en morceaux et fait passées dans la cuisinière. Mais est-ce l’argent le motif ou le sexe ? Landru est petit, chauve, pas beau, l’air d’un vieux satyre, il ne peut pas jouer de son physique athlétique et de ses beaux cheveux de pâtre grec. Alors il biaise, il s’attaque à ce qu’il peut pour prendre sa revanche sur la vie. Mais plus encore sa consécration si on peut dire viendra au moment de son procès. Il reçoit à ce moment-là des dizaines de demandes en mariages de la part de femmes qui justement savent très bien ce qu’il a fait ! Comme si à leur tour elles voulaient passaient par sa cuisinière. Dans le langage vulgaire, on parle souvent d’une fille qui passe à la casserole, pour dire qu’elle s’est faite baisée. Mangez-moi pourrait être le mot d’ordre qui réunit ses femmes rendues folles par le procès. L’incontournable Landru est presque toujours cité dans les ouvrages répertoriant les grands criminels, il faut dire qu’il est plaisant et farfelu.

     Sous la direction de François Angelier & Stéphane Bou, Dictionnaire des assassins et des meurtriers, Calmann-Lévy, 2012 

    Dans le dictionnaire, on cite à peine Armin Meiwes, le cannibale de Rothenburg qui passera une annonce pour manger quelqu’un qui serait consentant. Et ça marchera, il trouvera sa victime pour satisfaire ce curieux penchant. Ce cas n’est pas détaillé, il aurait selon moi été très intéressant, emblématique de cette idée selon laquelle l’assassin ne peut pas exister sans sa victime ou ses victimes.

    Le dictionnaire de Stéphane Bou et François Angelier à travers environ 75 rubriques écrites par différents auteurs, aide à explorer ces paradoxes, mais à vrai dire il n’épuise pas le sujet et ne le peut pas. 75 rubriques c’est beaucoup, et c’est peu en même temps. Comme on vient de le dire il n’y a pas d’étude d’Armin Meiwes, et on peut dresser tout une liste de ceux qui manquent à l’appel. Par exemple Emile Louis, le chauffeur de bus qui violait et assassinait des jeunes filles handicapées, et qui pu le faire si longtemps parce que les autorités de cette maison spécialisée ne voulaient pas que cela s’ébruite et nuise à leur réputation. Ou encore Francis Heaulme, Marc Dutroux, autres tueurs en série plus que remarquables, ne sont pas présents. C’est que le sujet de ce dictionnaire n’est pas « le tueur en série », mais les motivations diverses et variées du meurtre.  Si on veut en connaitre plus sur les détails des crimes des sérial killers, il faut plutôt lire les ouvrages de Stéphane Bourgoin qui s’en est fait une vraie spécialité[1]. Mais construire une encyclopédie du crime amènerait à écrire des dizaines de volumes, et serait forcément toujours inachevée. Un clou chassant l’autre, il y a toujours du neuf en la matière. Aux Etats-Unis les tueries de masse ne s’arrêtent jamais, la dernière en date que je connais est la fusillade de Thousands oaks. Elle est le fait de Ian Danid Long, un ancien marine, qui assassina 12 personnes en entrant dans un bar, avant de se donner la mort.

    Donc si on explore les différentes facettes des assassinats, on peut s’intéresser par exemple à cette folie meurtrière qui balaya toute trace de civilisation chez les serviteurs de la barbarie nazie. Ceux-ci, Rudolf Hoess ou Otto Ohlendorf, ont envisagé l’éradication d’une fraction du genre humain comme une vocation ou un métier. En quelque sorte c’est une évolution dans la justification des crimes, c’est forcément une intellectualisation de gestes barbares, le produit d’une éducation. Que ce soit pour se disculper – ils obéissaient aux ordres – ou pour se justifier – ils croyaient à une doctrine de rénovation du genre humain, ils sont intarissables pour se raconter. Car le criminel aime généralement à se raconter. N’est-ce pas ce qui poussera finalement Raskolnikov à avouer son crime au juge Petrovitch ? Il ne suffit pas de tuer, il faut encore expliciter son geste, le rationnaliser pour le rendre un peu moins effrayant.  

    Sous la direction de François Angelier & Stéphane Bou, Dictionnaire des assassins et des meurtriers, Calmann-Lévy, 2012  

    Il y a cependant des criminels exceptionnels, comme les sœurs Papin, qui au contraire refusent de parler et s’excluent d’eux-mêmes de la société refusant d’assumer et de justifier leurs actes de barbarie. Là se pose un sacré problème, parce qu’en se situant dans un en-dehors, ils créent un vide absolu qui n’est guère rassurant. Tant qu’on tue pour de l’argent ou pour une passion sexuelle, on peut comprendre, mais quand on tue sans raison, là, la raison s’effondre. Les sœurs Papin justement n’avaient pas vraiment de raison de tuer leur patronne et sa fille. Certains ont tenté de ramener ce crime à une forme de lutte des classes : deux bonnes maltraitées qui finissent par se rebeller, mais Anne-Claude Ambroise-Rendu montre que cette piste n’a pas beaucoup de fondement. Elles perdront en même temps que leur liberté leur parole, leur capacité à verbaliser le crime sauvage qu’elles ont commis. Le crime n’est rien sans sa rationalisation, et c’est pourquoi le crime pour raison politique se porte toujours très bien. On a vu ce genre d’excuse porté à son paroxysme avec les nazis, mais on aurait pu étendre cette logique aux Escadrons de la mort en Amérique latine. Autrement dit, la lutte contre les rouges ou les rebelles est le plus souvent un prétexte pour camoufler d’autres vérités plus louches. Comment réduire les exactions de Gilles de Rais à de simples nécessités bien réelles de se procurer des liquidités ? Et même l’ignoble Marcel Petiot qui assassinait des juifs pour leur prendre leurs biens, est-on sûr que la cupidité soit la motivation principale ? Il ne semble guère avoir joui des biens qu’il a volé, mais par contre on sait qu’il aimait beaucoup regarder ses victimes en train de mourir dans la chambre secrète qu’il avait aménagé à grands frais.

    Sous la direction de François Angelier & Stéphane Bou, Dictionnaire des assassins et des meurtriers, Calmann-Lévy, 2012

    L’ensemble de l’ouvrage est excellent quoiqu’inégal. Comment en serait-il autrement quand un grand nombre d’auteurs sont convoqués ? Les items consacrés à des figures de fiction apparues au cinéma, M de Fritz Lang, ou Hannibal Lector du Silence des agneaux sont plutôt un peu faibles. Mais d’autres sont au contraire nous paraissent lumineux comme par exemple celui sur Caïn, un autre personnage de fiction, ou sur Charlotte Corday. Le crime est aussi le résultat de circonstances sociales particulières, Charlotte Corday n’aurait jamais été ce qu’elle devint, sans la Révolution française qui avait vu Marat devenir une figure emblématique de la Terreur. Comme on le voit, le crime a toujours un rapport avec la refondation d’un ordre social. C’est un peu la même chose pour Kamo qui sans la révolution bolchevique serait resté sans doute un simple bandit de grand chemin, et qui, en s’acoquinant avec Staline devint un des plus grands criminels de la Russie soviétique et presque son emblème.  

    Sous la direction de François Angelier & Stéphane Bou, Dictionnaire des assassins et des meurtriers, Calmann-Lévy, 2012

    Le crime de Charlotte Corday est un crime politique. On pourrait dire la même chose du crime de celui de Samuel Schwartzbard. Cet anarchiste ayant pris sa part dans la révolution russe de 1917, mais qui s’en éloigna à cause des dérives autoritaires des bolcheviques, il débarqua à Paris. Là il guetta Simon Petlioura, un des grands organisateurs de pogroms en Ukraine et qui à ce titre assassinat des dizaines de juifs, dont une partie de la famille de Schwartzbard. Celui-ci sachant qu’il était aussi à Paris, le guetta et l’abattit de 5 balles dans la peau en 1926. Son procès fut aussi celui de l’antisémitisme. Et il fut acquitté. Notez qu’en 2006 le gouvernement français envoya un de ses représentants en Ukraine en catimini pour saluer la mémoire de Petlioura.  

    Sous la direction de François Angelier & Stéphane Bou, Dictionnaire des assassins et des meurtriers, Calmann-Lévy, 2012

    Il y a, à travers cet ouvrage, un curieux chassé-croisé entre d’une part les criminels de fictions qui sont apparus au cinéma, véhicule qui a beaucoup fait pour la célébrité des assassins, et les criminels bien réels qui ont servi de support à des créations cinématographiques. Et il est vrai que la réalité n’a guère de mal à irriguer la fiction.



    [1] Par exemple Mo, serial killer, douze terrifiantes confessions de tueurs en série, Grasset, 2017.

     

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