• Parution des cahiers Frédéric Dard, 1er juin 2017

    Frédéric Dard est un écrivain multiple, bien au-delà de San-Antonio, il laisse une œuvre immense dont la parution récente de l’ouvrage de Lionel Guerdoux et Philippe Aurousseau[1] a pu donner un éclairage nouveau à partir de la publication de textes complètement oubliés. Il a tellement écrit sous tellement de noms, que son œuvre est un véritable continent. Jamais ennuyeux, il a donné le goût de lire à plusieurs générations successives. Mais sous cette apparente décontraction, cette manière de ne pas vouloir se prendre au sérieux, il y a un grand styliste qui a peaufiné son talent d’écrivain au fil du temps et de ses expériences littéraires.

    La parution des Cahiers Frédéric Dard, revue dirigée et développée par des universitaires, est une manière de dire l’importance de son œuvre dans toute sa diversité. L’étonnant n’est pas que ces Cahiers paraissent, mais qu’ils ne soient pas parus avant !

    Ce premier numéro insiste donc sur la pluralité de cet écrivain de grand renom. Dans les comptes rendus qui clôturent ce premier numéro, on parle aussi de la renommée de notre écrivain préféré au-delà des frontières. Dominique Jeannerod parle des traduction anglaises de ses « romans de la nuit » qui prouve qu’au-delà de San-Antonio, il était aussi un des maîtres du roman noir, sans doute l’égal des plus grands.

    Le thème de l’enfance qui a été choisi pour ce premier numéro a la particularité d’être transversal par rapport aux différentes approches littéraires que Frédéric Dard a développées, il est aussi bien une clé pour la lecture des San-Antonio, que pour celle des romans noirs qu’il a écrit sous son nom.

    Pour les connaisseurs, ce numéro les amènera à revisiter la vision générale qu’ils avaient de son œuvre, et pour les plus jeunes, ils pourront découvrir de nouveaux aspects de cet écrivain prolifique. C’est en somme une reconnaissance bien plus considérable que la publication de ses œuvres dans la collection de La Pléiade. 

    Parution des cahiers Frédéric Dard, 1er juin 2017

     

     

     


    [1] http://alexandreclement.eklablog.com/lionel-guerdoux-et-philippe-aurousseau-berceau-d-une-oeuvre-dard-frede-a127485814

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  • Mortelle randonnée, Claude Miller, 1983

    Le thème de la veuve noire est ici abordé à travers le regard – c’est le cas de le dire – d’un détective privé. Mais c’est moins sur les motivations de la tueuse en série que celui-ci va s’intéresser que sur l’identité véritable de celle-ci qu’il pense être sa fille qu’il n’a plus revue depuis des années. Quoi qu’il en soit c’est aussi le thème d’une folie contagieuse puisque la meurtrière fascine le détective et le pousse à commettre des actes criminels avec des motivations plus ou moins avouables.  

    Mortelle randonnée, Claude Miller, 1983  

    Le scénario est de Jacques et Michel Audiard. Il suit d’assez près la ligne générale de l’ouvrage de Behm, mais les Audiard, père et fils, lui donnent un tour un peu ironique et sautillant qui va plomber l’ensemble. C’est en effet Michel Audiard qui avait acheté les droits du livre, et c’est lui qui en est le principal moteur. Il voulait également Michel Serrault qui avait contribué au grand succès de Garde à vue du même Claude Miller sur un scénario déjà de Michel Audiard. La différence entre le livre et le film tient moins au dépaysement que l’histoire subit, qu’à la modification du ton. L’ouvrage est en effet très noir et très dramatique, sans repos. Le film au contraire mêlent les moments mélancoliques et tendus et les pitreries de Serrault et les bons mots d’auteur dont les dialogues de Michel Audiard ne peuvent se dispenser. Sans doute est-ce cette hésitation dans la tonalité choisie qui explique que le film malgré de gros moyens n’a pas été un succès ni critique ni public. A cette époque-là, Michel Audiard tentait de se tourner vers des sujets plus noirs et plus graves, de s’éloigner de son humour mâtiné d’argot qui est souvent très lassant. On dit également qu’il avait été très marqué par la mort de son fils et que cela explique aussi pour partie la tonalité mélancolique et désespérée d’un film où un homme est la recherche de sa fille qu’il ne connait pas.  

    Mortelle randonnée, Claude Miller, 1983 

    Beauvoir voit Catherine jetant un corps au milieu du lac 

    Beauvoir est détective dans une agence belge. On le surnomme l’Œil un peu par dérision. C’est un homme aigri qui pense qui aimerait retrouver sa fille qu’il n’a plus vue depuis des décennies. Un couple de personnes âgées va venir l’engager pour découvrir qui est la femme que leur fils s’apprête à épouser. Rapidement il va découvrir que Michel retire de fortes sommes d’argent qu’il donne justement à cette fille, Catherine. Mais voilà que celle-ci assassine ce fils de famille et jette son corps au milieu d’un lac. Plutôt que d’intervenir, de l’empêcher de commettre des crimes et de l’arrêter, il va suivre pas à pas cette jeune femme qui change de déguisement et d’identité au fil des meurtres qu’elle commet, il l’aide sans qu’elle le sache parfois en cachant les corps. Peu à peu il l’identifie à sa fille sans trop de raison. Dans une ville d’eau, elle séduira aussi une femme qu’elle assassinera à coups de rasoir. Et puis cette saga sanglante va changer de ton. En effet Catherine qui se fait maintenant appeler Charlotte Vincent, va tomber amoureuse d’un richissime aveugle, Ralph, qui l’amène à Rome. Là elle semble vouloir se ranger. Mais alors que son mariage est annoncé, qu’elle ouvre une galerie d’art, c’est Beauvoir qui ne supporte pas qu’elle se marie et qui tue Ralph en le poussant sous un bus. Folle de chagrin, Catherine quitte l’Italie, sur la route elle va rencontrer Betty, une jeune délinquante avec laquelle elle va se lancer dans toute une série d’attaques à main armée. A Biarritz, un couple étrange piste Catherine pour la faire chanter, c’est comme cela que Beauvoir se fera voler sa voiture et la seule photo qu’il possédait de sa fille, mais ils vont être rapidement éliminé. Au cours d’un hold-up, Betty va être tuée et Catherine va remonter vers le Nord où elle trouvera un emploi de serveuse dans un restaurant self-service. C’est là que Beauvoir va la retrouver, il obtiendra d’elle un rendez-vous, mais la police et sur sa trace et ce sera bientôt terminé. 

    Mortelle randonnée, Claude Miller, 1983  

    Elle va tuer à coups de rasoir 

    C’est moins le scénario que la manière de le mettre en forme qui pose problème. Le film hésite en permanence entre tragédie, fantastique et ironie. Si le personnage de Catherine suit une certaine logique – ancienne délinquante qui a fait de la prison elle tente de s’en sortir par tous les moyens – celui de Beauvoir incarne une certaine folie douce, mais aussi le ridicule d’un homme vieillissant hanté par un passé obscur et des obsessions étranges. Par ailleurs dans ce genre de films, il est toujours assez difficile d’éviter les lourdeurs et les répétitions. Et malheureusement les meurtres se suivent et se ressemblent toujours, sous le regard sans réaction de Beauvoir. Le film est beaucoup trop long. Plus fondamentalement après la rencontre de Betty le thème de la veuve noire est abandonné au profit d’une course poursuite avec la police, course poursuite émaillée d’attaques à main armée. La cause de ce changement dans le caractère de Catherine semble se trouver dans le fait qu’elle ait rencontré l’amour avec Ralph, mais cela n’est pas sûr. Comme c’est souvent le cas dans les films qui explorent le thème de la veuve noire, Mortelle randonnée s’interroge sur la sexualité de l’héroïne. Sans doute pour compenser sa frigidité, elle se tournera vers les amours saphiques, mais sans qu’on sache très bien ce qu’il en est. 

    Mortelle randonnée, Claude Miller, 1983 

    Charlotte semble vraiment amoureuse 

    Claude Miller n’est pas un réalisateur qui est fait pour le film noir. Il lui manque cette capacité à susciter la tension et à faire progresser la situation. Du début jusqu’à la fin du film, les deux personnages principaux n’évoluent pas. Et à mon avis c’est là son plus grave défaut. Par contre les décors qui nous amènent un peu partout en Europe sont très bien choisis et permettent au réalisateur de montrer tout son talent dans l’utilisation de l’architecture – il y a une vision verticale des bâtiments utilisés qui ne se trouve pas souvent au cinéma. Egalement Claude Miller a le sens du mouvement et sait utiliser celui-ci pour éviter les sempiternels champs-contre-champs. La belle photo de Pierre Lhomme saisit parfaitement l’aspect brumeux et pluvieux de cette histoire tourmentée. Mais tout cela ne suffit pas à rendre compréhensible la passivité de Beauvoir face à la conduite criminelle de la jeune femme. 

    Mortelle randonnée, Claude Miller, 1983 

    Un couple bizarre tente de faire chanter Catherine et agresse Beauvoir 

    L’interprétation est très problématique. Et en premier lieu, le cabotinage de Serrault dans le rôle de Beauvoir agace plus qu’il ne dérange. On a souvent l’impression qu’il s’est trompé de film et qu’il se croit encore dans une comédie à la française comme il en a tant tourné. Pourtant on a dit que Serrault avait été très impliqué dans ce film à cause lui aussi de la fille qu’il avait perdue. Mais il surjoue en permanence, c’est aussi bien le cas quand il marmonne des choses incompréhensibles que quand il y va d’une diatribe à l’encontre de Ralph. Isabelle Adjani est impavide et glacée, ce qui peut s’admettre jusqu’à un certain point. Mais elle est assez mal à l’aise quand elle doit changer en permanence de personnalité et qu’elle essaie de bouger son corps différemment selon les identités qu’elle endosse. Elle reste assez terne dans l’ensemble. Le couple de maître-chanteurs incarné par Guy Marchand et Stéphane Audran incarne le côté grotesque, mais là encore c’est assez raté parce que cette intrusion comique rompt le lien avec la tragédie. C’est assez lourd. Il y a encore Sami Frey qui est très bien dans le rôle du richissime aveugle, son rôle est cependant assez bref. On y reconnaîtra des silhouettes familières, Jean-Claude Brialy, Etienne Chicot ou Dominique Frot dans le rôle de Betty. 

    Mortelle randonnée, Claude Miller, 1983 

    Catherine tue à nouveau 

    Claude Miller a longtemps été considéré comme un grand espoir du cinéma français, une sorte de François Truffaut qui aurait de la technique. Mais s’il a réussi quelques très bons films dans sa carrière, comme L’effrontée ou La petite voleuse, il a finalement beaucoup déçu. Mortelle randonnée ne supporte guère le passage du temps et reste bien trop artificiel pour susciter l’émotion. Du reste son réalisateur ne l’aimait pas trop. La version longue du film fait un peu plus de deux heures, mais certaines versions sont bien plus courtes, le film ayant été raccourci par Canal+ d’une demi-heure. La musique de Carla Bley est assez lourde également, avec le même thème qui revient souligner inlassablement l’aspect dramatique du film. Curieusement c’est un film qui est considéré aujourd’hui comme important, comme si à sa sortie on ne l’avait pas vraiment compris. La grâce et la précision de la mise en scène ne suffisent pas à en faire un film important et à le sauver de l’ennui. Ce film a donné lieu à un remake américain, Eye of the beholder de Stephen Elliot avec Ewan McGregor et Ashley Judd en 1999, film plus proche du roman puisqu’il se situe aux Etats-Unis. 

    Mortelle randonnée, Claude Miller, 1983 

    Dans le quartier chaud Beauvoir va retrouver Catherine

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  • Blonde Ice, Jack Bernhard, 1948

    Jack Bernhard est surtout connu des amateurs de films noirs pour l’excellent Decoy[1], petit film de série B qui, dans son genre atteint au sublime. Sa grande année est 1948, il réalisera 5 films cette année-là, dont le très bon The hunted, une histoire de détective tourmenté. Ses deux derniers films sont aussi des films de détective de la série Falcon. Puis il disparaitra du paysage sans qu’on ne connaisse les raisons. C’est donc un météore dans la grande saga du film noir. L’ensemble des films réalisés par Jack Bernhard l’a été avec des budgets ridicules. Si Jack Bernhard a laissé sa marque sur le film noir, cela vient de la manière qu’il a eu d’utiliser la femme fatale, et plus encore la blonde fatale. Que ce soit dans Decoy, The hunted ou Blonde Ice, le schéma est le même : une femme mauvaise va semer la mort autour d’elle par sa cupidité et son égoïsme outrancier. La contrepartie de ce caractère singulier est une sexualité atrophiée, une frigidité rédhibitoire. Et justement c’est ce qui excite les hommes qui les désirent, parce que les faire jouir serait une grande preuve de leur virilité.  

    Blonde Ice, Jack Bernhard, 1948

    Le jour de son mariage Claire Cummings, une journaliste, a invité à la noce ses anciens amants. Certains la détestent cordialement, comme le journaliste Herrick, et s’en méfient comme de la peste. Mais le malheureux Les Burns ne s’est jamais remis de sa rupture avec elle. Alors même que le mariage vient à peine d'être prononcé, Claire embrasse avec vigueur Les, mais elle est surprise par son mari à qui elle invente une histoire pour le faire tenir tranquille. Cependant, lors de leur voyage de noces, Hanneman la surprend en train d’écrire une lettre enflammée à Les. Il décide de divorcer. Mais Claire ne l’entend pas de cette oreille et va monter un plan pour l’assassiner et hériter. Malgré ses précautions, la police soupçonne un meurtre, mais pire encore, elle oriente ses soupçons vers Les ! Un pilote d’avion, saisi par le démon du jeu, tentant de faire chanter Claire, il est promptement assassiné sur une route obscure. Dès lors Claire va se tourner vers l’avocat Mason, à la fois pour qu’il l’aide à récupérer l’argent d’Hanneman et parce qu’il est promis à un grand avenir politique. Elle va tenter de se faire épouser. Croyant qu’elle peut toujours jouer les uns contre les autres, dans une ultime provocation elle laisse Mason annoncer devant Les qu’elle va l’épouser ! Mais le psychiatre Kippinger a compris que cette femme était dangereuse et va mettre en garde Mason contre elle. L’avocat ayant compris son jeu décide de renoncer au mariage. La frustration est trop grande et Claire le tue. Elle va essayer de faire porter le chapeau au malheureux Les qui a eu la malencontreuse idée de toucher le poignard qu’elle a utilisé. Cependant, tout le monde commence à être convaincu qu’elle est bien une criminelle et que Les n’est pour rien dans cet assassinat. Son ancien amant, son patron au journal et le psychiatre vont mettre en place un piège pour la confondre. 

    Blonde Ice, Jack Bernhard, 1948 

    Claire Cummings se marie avec le riche Hanneman 

    Le scénario est basé sur Once too often le roman d’un petit maître du noir, Whitman Chambers dont quelques-unes de ces œuvres, mais pas celle-là, ont été traduites à la Série noire. C’est semble-t-il une œuvre fondatrice qui traite au cinéma le thème de la veuve noire. Claire assassine un peu tous ceux qui se mettent en travers de sa route. Ce qui est intéressant ici, ce ne sont pas les invraisemblances, mais plutôt la capacité qu’elle a de jouer avec le feu. En effet, elle convoque ses anciens amants à son mariage et elle en embrasse un comme un défi à son nouveau mari. Elle est donc marquée par une sorte de délire de toute puissance, ces provocations tant qu’elles marchent lui donnent une importance qu’elle n’aurait pas autrement. Elle jongle d’ailleurs aussi comme ça avec la police ou même le pilote d’avion qui se croit plus malin qu’elle.  Elle est donc joueuse car en se mettant dans des situations impossibles, il faut bien qu’elle fasse preuve d’un grand talent pour s’en sortir ! 

    Blonde Ice, Jack Bernhard, 1948 

    Les anciens amants de Claire sont très jaloux 

    Le curieux du film est sans doute que Claire ne séduit que des moustachus ! Et d’ailleurs ce qui n’ont pas cet attribut sous le nez ne se laissent pas abuser bien longtemps. Film fauché, il n’y a quasiment pas de scènes d’extérieur, seuls quelques plans de champ de course ou de terrain d’aviation viennent un peu rompre cette succession d’intérieurs. En tous les cas tous les protagonistes de cette sombre affaire n’existent devant la caméra que dans des lieux clos. Cela va permettre de surcharger la photographie d’un noir qui masque la médiocrité des décors. Mais avec Jack Bernhard ce n’est pas gênant c’était même un peu sa marque de fabrique ce minimalisme. Il est intéressant de voir qu’il ne reste pas statique dans sa manière de filmer, qu’il sait se déplacer et ainsi donner du champ à l’ensemble. Le rythme est excellent, le montage resserré. Cette histoire pourtant pleine de rebondissements ne dure que 1 h 14. 

    Blonde Ice, Jack Bernhard, 1948 

    Le sergent Benson soupçonne un meurtre 

    Dans ce genre de film, l’interprétation est importante. Et en effet, budget oblige, on peut avoir dans ces films de série B des acteurs de second ordre, quasi inconnus, sans pour autant que cela gâche le film. Comme son titre l’indique, il va de soi que c’est le personnage de la blonde de glace qui est décisif. C’est Leslie Brooks qui s’y colle. Pas spécialement jolie, elle a une personnalité énergique et intéressante. Mais on se souvient que dans Decoy, la garce de service était déjà interprétée par Jean Gillie, une blonde de glace aussi, et pas très jolie, très britannique, mais avec une personnalité très forte également. C’est le seul premier rôle de Leslie Brooks dans une carrière qui s’arrêtera très rapidement, le reste de sa filmographie ce ne sont au mieux que des seconds rôles. Robert Paige et sa moustache sont Les Burns, l’ahuri de service. Dans ce genre de rôle il est très bien, sans doute avait-il de l’entraînement, car s’il n’a pas fait grand-chose, il est apparu plusieurs fois dans la série des Deux nigauds. Les autres acteurs ont tout de même des têtes assez curieuses et donnent un côté un peu horrifique à l’ensemble. James Griffith qui avait un physique de mante religieuse, est le curieux journaliste Herrick. Son côté fouineur et soupçonneux étoffe le rôle. Dans l’ensemble la direction d’acteurs est bonne. 

    Blonde Ice, Jack Bernhard, 1948 

    Claire approche l’avocat Mason 

    C’est moins un peu moins bon que Decoy. Mais outre que c’est un film pionnier, le film recèle de belles scènes, notamment celles qui filment Claire de dos, dialoguant avec ses ennemis du moment. Elle relève juste les sourcils et on comprend que celui qui l’ennuie en la soupçonnant va sans doute être poursuivi de sa hargne. On remarque que Bernhard a utilisé abondamment les rayures provoquées par les stores vénitiens, ce qui permet de mieux faire ressortir les personnages dans des situations difficiles. La photo est due à George Robinson qui avait beaucoup travaillé sur des films fantastiques à petit budget et aussi sur la série des Deux nigauds.

    Blonde Ice, Jack Bernhard, 1948  

    Le psychiatre veut mettre en garde Mason 

    C’est donc un film noir très maîtrisé, avec un petit bémol sur la fin, la ficelle est un peu grossière dans la façon dont le psychiatre fait craquer Claire qui tout soudain avoue tout ce qu’on veut et le met même par écrit. 

    Blonde Ice, Jack Bernhard, 1948 

    Kippinger va démasquer Claire

     

     


    [1] http://alexandreclement.eklablog.com/la-rapace-decoy-jack-bernhard-1946-a114844852

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  •  La rançon de la peur, Milano Odia : la polizia non puo’ sparare, Umberto Lenzi, 1974 

    Au moins ce film montre clairement la spécificité du poliziesco all'italiana, il n’y a guère de complaisance, ni de romantisme avec les criminels comme on peut le voir dans les films américains ou les films français à la même époque. Ceux-ci sont montré comme de dangereux psychopathes n’ayant aucun autre but que le mal. Lenzi aurait même tendance à en rajouter dans la nécessité de purger radicalement la société de cette engeance. 

    La rançon de la peur, Milano Odia : la polizia non puo’ sparare, Umberto Lenzi, 1974 

    Giulio Sacchi participe à un hold-up 

    Giulio Sacchi est un petit délinquant qui conduit la voiture du gang de Maione. Mais sa nervosité est trop grande et parce qu’il est mal garé il attire l’attention de la police sur lui. Paniqué, il tue le policier. Il s’ensuit une course poursuite avec la police. Les gangsters s’en tirent pourtant, mais Maione ne pardonne pas Sacchi été lui donne une raclée en lui disant de l’oublier. Sacchi fréquente une jeune femme qui travaille comme secrétaire pour le richissime Porrino. Toujours à cours d’argent il va avoir l’idée de kidnapper la fille de celui-ci, espérant pouvoir récupérer 500 millions de lires dans l’affaire. Pour cela il va s’entourer de deux minables petits délinquants, Vittorio et Carmine qu’il arrive à impressionner avec son bagout. L’affaire part assez mal puisque Sacchi va commencer par tuer deux vieux receleurs qui leur vendent des armes pour commettre leur forfait. Ils vont enlever Marilu dans des conditions dramatiques, non seulement ils tuent Gianni son petit ami, mais celle-ci s’étant enfuie, ils vont massacrer les habitants d’une villa assez proche. Devant cette débauche de meurtres, le commissaire Grandi prend l’affaire en mains. Et tandis que Sacchi négocie la rançon, alors qu’il commence à être soupçonné par la police, il se construit un alibi en faisant chanter outrageusement Maione. Sacchi ne veut pas laisser de traces, il projette d’ailleurs de tuer aussi Marilu, mais d’un même mouvement il assassine aussi sa fiancée Jone. Malgré les réticences, Grandi qui est de plus en plus persuadé que Sacchi est le coupable, va remplacer Porrino pour la livraison de la rançon. Sacchi assassine Marilu puis ses deux complices et va se réfugier chez Maione. Les preuves étant insuffisantes pour condamner Sacchi, celui-ci est relâché. Mais Grandi ne se tient pas pour battu, il va aller provoquer Sacchi et il finira par le tuer.

     La rançon de la peur, Milano Odia : la polizia non puo’ sparare, Umberto Lenzi, 1974 

    La police poursuit les gangsters 

    La réalisation est soignée et l’utilisation des décors réels de Milan est très astucieuse car elle donne à comprendre mieux encore que de grands discours comment la délinquance prend racine dans les formes délétères de l’urbanisme débridé. Les délinquants sont minables et drogués, Sacchi qui se prend pour le cerveau ne vise finalement qu’à épater son entourage à peu de frais. Son discours sur les inégalités sociales ne convainc personne et sans doute pas lui-même. Il n’apparait que comme le cache misère de la dégénérescence d’un individu livré à ses pulsions. La manière dont il est énoncé liquide d’un seul coup une explication de type sociologique comme excuse et fait ressortir au contraire le peu d’humanité de cette racaille. Le film est cru, dans le langage comme dans l’action, les deux complices de Sacchi admirent malgré tout l’amoralisme de cet imbécile qu’ils se sont choisis comme chef. La façon crapuleuse dont ils se livrent dans la villa à des exactions barbares en dit long sur leur caractère veule. Mais ils sont tous les trois à des degrés divers complètement abrutis, à la bêtise ils ajoutent volontiers le mensonge et le goût de la trahison. Sacchi réunissant tous les défauts qu’on peut imaginer chez un délinquant. Notez qu'à cette époque les kidnappings d'enfants de milliardaires sont nombreux en Italie.

    La rançon de la peur, Milano Odia : la polizia non puo’ sparare, Umberto Lenzi, 1974 

    Sacchi tente de se faire admirer auprès des petits délinquants de son quartier 

    Filmé en cinémascope, la profondeur de champ est excellente, la lumière crépusculaire, et cela donne un aspect néo-réaliste à l’ensemble. Pour ceux qui connaissent le Milan d’aujourd’hui, ils seront surpris de voir le côté délabré de la ville. Le rythme est aussi très bon, même si vers la fin cela se ralentit un petit peu quand il faut démontrer l’astucieuse la manière imaginée par Sacchi pour récupérer le montant de la rançon. La course poursuite consécutive au hold-up qui ouvre le film est rondement menée, et l’analyse des relations entre Jone et Sacchi parfaitement exploitée : en effet on y remarque la louche complaisance de la jeune femme pour ce petit criminel sans envergure complètement tordu qu’elle entretient aussi. Les délinquants vivent dans les redents de la civilisation, un peu en marge, et c’est parmi les ordures de la ville que Grandi ira à la recherche de Sacchi pour le tuer. Les scènes où l’on voit Sacchi fanfaronner auprès d’un public acquis à sa dévotion sont également remarquables de justesse psychologique. 

    La rançon de la peur, Milano Odia : la polizia non puo’ sparare, Umberto Lenzi, 1974 

    Ils récupèrent Marilu dans une villa où elle s’est réfugiée 

    La distribution est intéressante. D’abord il y a Thomas Milian dans le rôle de Sacchi. Il cabotine beaucoup et endosse un personnage qu’il trimbalera au fil du temps dans d’autres films policiers ou dans des westerns spaghetti. Ça n’est pas très grave cependant parce qu’en réalité il interprète un grand cabotin. Donc on peut dire qu’il est parfait dans le rôle. Henry Silva qui a aussi produit le film interprète le commissaire Grandi, à sa manière, impavide sous l’outrage, il est froid et déterminé. Les deux acolytes de Sacchi, sont interprétés par Ray Lovelock et Gino Santercole, ils représentent les deux faces d’une même veulerie. Anita Strinberg dans le rôle de la petite amie de Sacchi est excellente également

    La rançon de la peur, Milano Odia : la polizia non puo’ sparare, Umberto Lenzi, 1974 

    Sacchi ruse pour déjouer les plans de la police  

    C’est donc un très bon Lenzi, peut-être un de ses meilleurs dans le genre polliziottesco. Il n’est pas exempt de défauts pourtant, et on peut regretter une fin abrupte et bâclée.  On soulignera la bonne bande son, la musique étant signée de l’inévitable Ennio Morricone.

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  •  La guerre des gangs, Milano Rovente, Umberto Lenzi, 1973

    Umberto Lenzi a travaillé énormément dans le cinéma de genre, selon les modes : le peplum, puis le giallo et enfin le poliziottesco qui donna naissance à des œuvres très intéressantes dans le début des années soixante-dix. Ce genre qui se trouve aux confins du film noir et du cinéma d’action a donné de véritables chefs-d’œuvre. Ce sont des films à petit budget, souvent tournés dans les décors naturels, très violents par nature, avec un ancrage social marqué mais sans ostentation. Lenzi est assurément un des maîtres de ce sous-genre qui en France a été un peu méprisé, on regardait trop souvent le cinéma italien soit à travers les comédies à l’italienne, ou les westerns spaghetti. C’est un cinéma sans prétention, et il est toujours bon d’en revoir un de temps à autre. Milano rovente n’est pas le meilleur de l’œuvre de Lenzi, mais plusieurs aspects valent cependant le détour, notamment son réalisme cru. 

    La guerre des gangs, Milano Rovente, Umberto Lenzi, 1973 

    Milan est le terrain de chasse des prostituées de Cangemi 

    Salvatore Cangemi est un sicilien qui se trouve à la tête d’un vaste réseau de prostitution à Milan. Mais une de ses putes va être assassinée. C’est en réalité un message du Français, Roger Daverty, qui veut que Cangemi vende la drogue qu’il importe depuis le Liban à travers son réseau. Cangemi se fait tirer l’oreille, et les coups bas entre son équipe et le Français se font de plus en plus fréquents, à la traque des prostituées qui sont le gagne-pain de Cangemi succède les rétorsions contre le Français. La police est aussi dans le coup et voudrait bien coincer Cangemi. Après plusieurs passes d’arme, Cangemi va engager Billy Barone, un sicilien qui a fait ses classes aux Etats-Unis. La lutte des gangs reprend de plus belle, mais entre-temps Cangemi est tombé amoureux de la belle Jasmine. Finalement sous l’impulsion de Barone, Cangemi et Daverty vont signer une sorte de compromis. Le premier accepte de distribuer l’héroïne du second, pour un pourcentage cependant plus élevé. Mais ce répit sera de courte durée. En effet Jasmine est une taupe du Français et contribue à la ruine matérielle de Cangine. En outre celui-ci se fait piéger par la police pour de la drogue qu’on a cachée chez lui. Obligé de se mettre en fuite, il va essayer de se venger du Français. Mais c’est trop tard, celui-ci est mort, tué par Barone qui en fait n’avait qu’un but : prendre la place de Cangine, celui-ci aura été trahi par tout le monde et aussi par son cousin. 

    La guerre des gangs, Milano Rovente, Umberto Lenzi, 1973 

    Une nouvelle recrue pour le réseau de Cangemi débarque de Sicile 

    Le scénario est très touffu comme on le voit, mais surtout il donne lieu à des scènes répétitives dans les actions punitives des gangs qui s’affrontent. Et l’argument ne progresse pas vraiment. Le début est excellent et soigné, d’abord avec ces putes qui travaillent dans des endroits un peu désolés et à l’écart de Milan, ensuite avec la poursuite dans le métro quand Cangemi et Lino sauve de la mort une prostituée qui travaillait avec les Français. On remarque que les gangsters sont soit des Français – Daverty est Corse ! – soit des Siciliens, donc aussi quelque part des étrangers, quoique le film donne des excuses aux Siciliens puisqu’ils sont présentés comme fuyant la misère de l’île. Les vrais Milanais ne semble pas concerné par le crime organisé. Les belles séquences, comme les pertes de Cangemi sur le tapis vert, alternent avec du nettement moins bon, la torture de Lino est longue et tape à l’œil. Le personnage du commissaire de police sensé traquer Cangemi n’est pas très développé. Le meilleur se trouve le plus souvent dans l’usage des décors réels de Milan, filmés en cinémascope, une vie froide et dure pour ceux qui ne savent pas se défendre. Le personnage de Barone est un peu caricatural tout de même. 

    La guerre des gangs, Milano Rovente, Umberto Lenzi, 1973 

    Nino est convoqué à un repas dont il ne ressortira pas vivant 

    Le principal problème semble résider dans la distribution. En effet Antonio Sabato est particulièrement mauvais dans le rôle, il en fait des tonnes, grimace à contre-temps. Marisa Mell est insignifiante, pourtant son rôle était intéressant puisqu’elle piège Cangemi. Seul Philippe Leroy qui a toujours été en France un acteur sous-estimé, tire son épingle du jeu. Les seconds rôles sont sans doute plus intéressants, représentant des figures ordinaires de la pègre milanaise, ou des putes sans charisme et sans beauté. Umberto Lenzi attribuait l’échec public de ce film au fait que le héros, Cangemi, ne peut pas être sympathique, un proxénète ne pouvant servir de modèle pour l’identification d’un public populaire. 

    La guerre des gangs, Milano Rovente, Umberto Lenzi, 1973 

    Lino se fait électrocuter les couilles par les hommes du Français

     Au passage on reconnaitra déjà l’influence du Parrain de Coppola, la violence crue des assassinats, le banquet qui tourne au drame, mais aussi la manière dont Cangemi va tomber amoureux d’une fille qu’il croit différente de celles de son milieu, et aussi cette façon de protéger Virginia en éliminant le sinistre Nino. Il faut bien donner un peu d'humanité à Cangemi, et c'est pourquoi il va voir fréquemment sa mère qui s'ennuie dans une maison de retraite. Le décès de celle-ci est d'ailleurs le début de la fin de sa carrière criminelle.

    La guerre des gangs, Milano Rovente, Umberto Lenzi, 1973 

    Cangemi perd des millions de lires sur le tapis vert 

    Ce n’est donc pas un grand film de Lenzi, néanmoins il recèle quelques scènes très intéressantes, plutôt dans la première partie d’ailleurs. Mais dès lors que le film s’éloigne de son décor urbain, il devient bavard et par moments ennuyeux. On peut le voir pour ce côté un peu prolétaire et crasseux comme l’histoire d’un homme qui tente d’échapper à sa condition sans jamais y parvenir.

    La guerre des gangs, Milano Rovente, Umberto Lenzi, 1973  

    La fin de Cangemi est amère

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