•  Le désordre et la nuit, Gilles Grangier, 1958

    C’est un des films qui ont fait beaucoup si on peut dire pour la réhabilitation de Gilles Grangier. Et au fil des années il a été de plus en plus apprécié, obtenant ainsi une reconnaissance tardive. Sans doute parce qu’il joue sur le trouble des relations entre les personnages principaux, un policier qui s’emmourache d’une droguée qui probablement se prostitue, mais qui au fond est relativement pure. Il y a aussi une pharmacienne, grande bourgeoise évidemment qui accumule les turpitudes. Et puis il y a le monde de la nuit et sans doute de la débauche. Mais on oublierait un peu le principal, c’est que la base du film c’est d’abord un roman de Jacques Robert. D’abord journaliste, puis chroniqueur judiciaire, il a écrit de nombreux ouvrages qui ont été adapté au cinéma, mais il a aussi produit de très nombreux scénarios. C’est lui qui écrivit le scénario de Marie Octobre, un succès mondial, et un véhicule pour Danielle Darrieux, ou encore 125 rue de Montmartre de Gilles Grangier. C’est un auteur à mon sens injustement oublié. Bien qu’il n’ait pas fait que du noir, c’est surtout dans ce genre qu’il est intéressant. Il a parfaitement intégré les fausses pistes et les ambiguïtés nécessaires. Sans doute restait il trop souvent enfermé dans des fins plutôt heureusement ou du moins insuffisamment ambigües, mais il avait incontestablement un style, cette capacité d’aller à l’essentiel. Il avait aussi écrit le scénario d’un bon film de Daniel Vigne, Les hommes, dans un registre un peu plus influencé par José Giovanni[1]. 

     Le désordre et la nuit, Gilles Grangier, 1958 

    Albert Simoni le patron de la boîte de nuit, L’œufest convoqué à un mystérieux rendez-vous au Bois de Boulogne. Il s’y rend en compagnie de sa maîtresse, la jeune droguée Lucky. Mais il va être assassiné. La police enquête. L’inspecteur Valois est chargé de l’affaire. Rapidement il va rencontrer Lucky dans la boîte de Simoni, l’Œuf. Elle semble une coupable idéale. S’ensuit une relation passionnée et brûlante, entre un homme vieillissant et une jeune débauchée, bien que Valois se rende rapidement compte que Lucky se drogue. Mais la police veut que l’enquête avance. Cependant on apprend que Simoni est le frère d’un homme important, un député qu’il faut ménager. La pression est mise sur Valois qui repousse toujours le moment de rendre son rapport. Celui-ci est très intrigué par Lucky que son père entretient et qui semble aussi se livrer au putanat. Néanmoins, il va tout faire pour freiner l’enquête parce qu’il est persuadé que Lucky est innocente. Entraîné dans le tourbillon des fêtes auxquelles se livre la bande, Valois va rencontrer une pharmacienne, Thérèse, qui doit donner les premiers soins à Blasco qui au cours d’une bagarre s’est fait ouvrir la peau du crâne. Mais Valois va comprendre que Thérèse et Lucky se connaissent, sans trop savoir comment. Les explications que les deux femmes lui donnent ne lui semblent pas convaincantes. La pression de sa hiérarchie va provoquer sa démission. Ayant embarqué avec lui Lucky, il va avoir un accident. Lucky disparaît. Il va la retrouver bientôt, quasiment séquestrée chez Thérèse. La confrontation est inévitable : Thérèse était en réalité la maîtresse de Simoni, et elle n’avait pas supporter que celui-ci l’abandonne. Valois va téléphoner ses conclusions à la police, puis il s’en va avec Lucky, il va l’emmener dans une clinique pour qu’elle y suive une cure de désintoxication, lui promettant qu’il se retrouveront au printemps. 

    Le désordre et la nuit, Gilles Grangier, 1958 

    Simoni semble préoccupé 

    Si la question de la résolution du meurtre est relativement anecdotique, l’analyse des relations dans un milieu très particulier, le monde de la nuit, est plus intéressante. Valois est un policier intègre, un homme mûr, et pourtant le voilà attiré par une jeune droguée qui se prostitue de temps à autre pour payer ses doses. Ce sont donc deux contraires qui s’attirent, et pour tous les deux il s’agit forcément d’une transgression des codes de leur propre milieu. C’est d’ailleurs Lucky qui drague Valois et qui l’emmène à l’hôtel ! Dans cette chambre d’hôtel de passe, il y aura un jeu de miroir intéressant qui interroge sur les identités de Valois et de Lucky. Sous ses apparences robustes, Valois n’est pas le moins incertain dans sa conduite. Il frise en outre une autre forme de transgression parce qu’il va délayer le plus longtemps possible le moment où il devra remettre son rapport, parce qu’il veut protéger Lucky. Certes il la croit innocente, mais il n’en sait rien du tout. Le lieu où se noue l’intrigue est une boîte de nuit, jazz, drogue, prostitution, c’est un concentré de tous les vices. Tout se passe dans les ombres de la nuit. Et c’est peut-être cela qui attire au fond le rigoriste Valois. Mais dans cette compénétration des milieux, voilà maintenant la pharmacienne, c’est une bourgeoise, presqu’une notable de quartier, qui est attiré par un voyou plus ou moins rangé des voitures. En outre, elle se livre à l’adultère, non par plaisir, mais par une attirance calamiteuse pour le vice et la nuit. 

    Le désordre et la nuit, Gilles Grangier, 1958 

    Valois va faire la connaissance de Lucky 

    Grâce à une très belle photo de Louis Page que Jean Gabin avait souvent employé, Grangier va recycler un certain nombre de tics du film noir. La manière de filmer l’orchestre de jazz comme une explosion de sensations, une transe, rappelle évidemment Phatom lady de Robert Siodmak[2]. Mais il y a ces jeux de miroir dans lesquels se dévoilent des identités multiples et incertaines. Ou encore cette déambulation de Valois dans les couloirs du Georges V. Les scènes où nous voyons Lucky et Valois marcher dans un Paris pluvieux sont aussi très réussies. Bien que tournées en studio, elles ont un vrai accent de vérité. Mais ça c’était aussi une des marques de fabrique de Gilles Grangier que de saisir une atmosphère et d’en rendre le côté populaire et grouillant. Cette agitation sera d’ailleurs mise en opposition avec le calme apparent de la vie que Valois mène à Maisons-Laffitte et qui, on doit en convenir, ne lui convient pas vraiment puisqu’il ira chercher des sensations nouvelles dans un hôtel de passe de seconde catégorie. La fin d’ailleurs est étrange puisque Valois va mettre Lucky à l’écart de toute l’agitation de la ville, dans une clinique, à la campagne.  

    Le désordre et la nuit, Gilles Grangier, 1958

    A l’hôtel Valois continue d’interroger Lucky 

    Le film s’est monté sur le nom de Jean Gabin. C’est bien lui la vedette de ce film. Il joue un rôle dont il a l’habitude, l’homme vieillissant qui tend à conserver sa virilité par des prises de décision parfois difficile. Il va curieusement retrouver le même type de rôle dans son film suivant, En cas de malheur, film où il sera opposé à une autre jeunesse, Brigitte Bardot. Ici c’est Nadja Tiller qui est Lucky, cette jeunesse en perdition. Mais le principe est le même : il s’agit d’un homme vieillissant qui va retrouver un coup de jeunesse en tombant amoureux d’une délinquante, sauf que cela ne se terminera pas de manière aussi dramatique que dans le film d’Autant-Lara. Gabin est toujours très bon dans ces rôles où sa force bourrue vise à masquer ses incertitudes. Nadja Tiller n’est pas une actrice très subtile et pour marquer les ravages de la drogue, elle en fait peut-être un peu trop. La toujours très excellente Danielle Darrieux incarne une pharmacienne qui tente de se protéger derrière des airs pincés qui sont la marque d’une classe sociale. Elle retrouve ici dans un second rôle Jean Gabin avec qui elle avait partagé le haut de l’affiche dans La vérité sur Bébé Donge. Beaucoup de seconds rôles sont inétressants : Roger Hanin dans celui de Simoni, François Chaumette dans celui du commissaire Janin, Paul Frankeur ou encore Robert Berri dans le rôle de Marqui.

     Le désordre et la nuit, Gilles Grangier, 1958 

    Valois sait que Lucky ment 

    Le film qui avait bénéficié d’un budget très solide, curieusement ne fut pas un très grand succès, pour un Jean Gabin s’entend. C’est seulement dans le film du temps que la critique va le redécouvrir, une fois qu’elle se sera débarrassée des a priori stupides de la Nouvelle Vague. Et maintenant elle se plait à le désigner comme une réussite d’un film noir à la française. Mais nous avons encore du chemin à faire, car comme nous l’avons vu au fil de ce blog, il y a eu de très belles réussites dans le genre en France, récemment nous avons parlé de La moucharde, mais il y en a bien d’autres[3], comme le film de Pagliero[4]. En tous les cas, Jean Gabin, mais aussi Gilles Grangier auront bien travaillé dans le film noir. 

      Le désordre et la nuit, Gilles Grangier, 1958

    Valois retourne voir Lucky  

    Le désordre et la nuit, Gilles Grangier, 1958

    Blasco a été blessé, Thérèse une pharmacienne étrange le soigne 

    Le désordre et la nuit, Gilles Grangier, 1958 

    Valois est venu chercher Lucky



    [1] http://alexandreclement.eklablog.com/les-hommes-daniel-vigne-1973-a117502408

    [2] http://alexandreclement.eklablog.com/les-mains-qui-tuent-phantom-lady-robert-siodmak-1944-a148583314

    [3] http://alexandreclement.eklablog.com/la-moucharde-guy-lefranc-1958-a158447328

    [4] http://alexandreclement.eklablog.com/un-homme-marche-dans-la-ville-marcel-pagliero-1949-a144320566

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  •  Triple frontière, Triple frontier, J.C. Chandor, 2019

    Netflix est en train de devenir le plus gros studio hollywoodien. Ils arrivent à monter de très grosses productions qui sortiront au cinéma pour être ensuite diffusées sur leur réseau télévision. On a vu ainsi la dernière production des frères Coen, The ballad of Buster Scruggs, qui fut aussi une grosse déception malgré les gros moyens mis à disposition[1], et on attend dans quelques jours The irishman qui devrait consacrer les retrouvailles de Robert de Niro et de Martin Scorsese. Triple frontier apparait dans son principe comme un exercice étrange, un film qui navigue justement aux frontières de plusieurs genres. C’est à la fois un film de casse, un film noir, un film d’aventures et un film sur la drogue et ses barons. Le scénario a été écrit dans un premier temps par Mark Boal pour Kathryn Bigelow, et il dévait être interprété entre autres par Tom Hanks et Tom Hardy. Puis Paramount a laissé tomber le projet qui est revenu chez Netflix. Les moyens sont importants, et l’ensemble du projet est confié à J.C. Chandor, ce qui est sensé lui donner le vernis d’un film de prestige. 

    Triple frontière, Triple frontier, J.C. Chandor, 2019

    Pope et la police vont passer à l’attaque d’une planque de Lorea 

    Santiago Gomez, dit Pope, est un mercenaire, missionné par les Etats-Unis pour aider la police à traquer le puissant patron d’un cartel de la drogue, Lorea. Au cours d’une opération de démantèlement d’une partie du réseau, pour laquelle Yovanna qui est aussi son amante, lui sert d’indic, il lui vient à l’idée d’attaquer pour son propre compte le repaire de Lorea et de le dépouiller de sa fortune. Pour cela il va recruter quatre anciens soldats, des durs, en qui il a confiance, et s’aider également de Yovanna qui les aidera à pénétrer chez Lorea. Dans cette équipe il y a Tom Redfly Davis qui est en quelque sorte le cerveau de l’équipe, les deux frères Miller qui vivotent comme ils peuvent de petits boulots, et Francisco Catfish Morales. Tous ont un impérieux besoin d’argent, et si au début ils sont très réticents, ils vont se laisser convaincre : d’abord pour repérer les lieux, puis ensuite pour exécuter le casse. Le repaire de Lorea est très bien gardé, il faudra donc aussi se débarrasser des gardes qui protègent le magot. Mais ils vont y arriver, contrairement à ce qu’ils pensaient, il y a encore plus d’argent que prévu, plusieurs tonnes de billets de 100 dollars qu’ils vont évacuer par hélicoptère. Mais la charge est trop importante, et l’hélicoptère va se crasher, au milieu d’un champ de coca. Ils devront faire le coup de feu pour récupérer leur butin. Mais n’ayant plus d’hélicoptère, il va leur falloir traverser la Cordillère des Andes pour retrouver le bateau qui les attend. C’est très dur, d’autant plus qu’ils sont poursuivis par une partie des hommes de Lorea, mais ils y arriveront tout de même, sauf que Tom y laissera la vie. Ils abandonneront la plus grosse partie du butin, et reviendront aux Etats-Unis où ils remettront les restes de l’argent à la famille de Tom. 

    Triple frontière, Triple frontier, J.C. Chandor, 2019 

    Pope leur fait découvrir le matériel qu’ils utiliseront 

    Je ne sais pas quelles étaient les intentions du réalisateur qui a semble-t-il participé à l’écriture du scénario. Mais si l’histoire est assez convenue, l’intérêt de ce film est d’être un condensé des obsessions de l’Amérique. Ces cinq hommes désabusés se dresse à la fois contre le trafiquant de drogue, mais aussi contre les Etats-Unis parce qu’ils ont été les jouets d’illusions guerrières. Ils vont retourner contre leur ancien employeur leur savoir faire qu’ils ont acquis difficilement dans les guerres que l’Oncle Sam les a envoyés faire. Ils constituent donc un groupe à part, un groupe qui par sa morale et sa solidarité est l’égrégore d’un nouveau monde à venir. La preuve qu’ils représentent l’avenir, c’est qu’ils vont se débarrasser de l’argent, le jeter dans un gouffre, et que celui qu’ils arriveront à ramener ils l’offriront à la famille de Tom. On pourrait dire que la mort de Tom est un bon prétexte pour se débarrasser de cet argent maudit. L’argent est en effet au cœur de tout le film, il est tellement envahissant qu’il est incorporé dans les murs qui entourent Lorea. Certes la possibilité de mettre la main sur ces montagnes de fric est enthousiasmante dans un premier temps, mais l’euphorie passée, elle se ramènera à des difficultés sans nom, puisqu’ils seront même obligés de tuer des paysans frustes, des producteurs de coca. On verra d’ailleurs que dans les montagnes, l’argent est devenu un véritable boulet qui les empêche d’avancer. Il y a donc une dénonciation de cette cupidité sans fond qui consiste à toujours vouloir accumuler plus au-delà de ses besoins réels. 

    Triple frontière, Triple frontier, J.C. Chandor, 2019 

    C’est dans les murs même de la maison que Lorea planque son fric

    Le groupe reste soudé et partage malgré les difficultés les mêmes aspirations. Il représente une forme de communisme embryonnaire qui bat en brèche l’individualisme possessif remis au goût du jour par la mondialisation. Ce groupe ne montre d’ailleurs ses valeurs morales qu’en niant la puissance de l’argent. Il sera confronté du reste à des paysans pauvres qui sont sans doute exploités par les cartels de la drogue. La triple frontière se trouve au confins du Brésil, de l’Argentine et du Paraguay. Si à première vue ce territoire est une zone de non droit, abandonnée de tous, en vérité, elle appartient, via la mondialisation, au système dominant dont elle est un appendice. C’est évidemment le dollar qui l’y rattache. Quand le groupe donnera de l’argent, beaucoup d’argent, au village pour compenser les morts et les mules dérobées, le chef du village comprend tout de suite de quoi il s’agit. Il ne cherche même pas un prétexte moral à son acceptation. La vie comme la mort a un prix en dollars ! A travers ce paysage pluvieux d’une jungle inextricable, il y a manifestement une opposition frontale entre le Nord et le Sud, une incompréhension définitive, comme si les valeurs s’étaient inversées, les Yankees manifestant finalement plus de conscience sociale que les misérables paysans latinos. C’est ce qui fait d’ailleurs que le groupe de nos héros n’appartient plus à aucun monde. A la fin on les verra indécis sur leur propre devenir. Iront-ils rechercher l’argent enfoui dans une crevasse ? Se reverront-ils seulement ? On ne sait. 

    Triple frontière, Triple frontier, J.C. Chandor, 2019 

    La fuite est semée d’embûches 

    D’un point de vue cinématographique il n’y a pas grand-chose à dire, si ce n’est que c’est proprement filmé, mais sans style. Avec évidemment une belle photo, des paysages bien choisis. La scène d’ouverture, l’attaque d’une planque de Lorea par Pepe et son équipe, est vivement menée, mais elle ressemble assez à ce qu’on a vu avant dans des films comme Sicario[2]. Ensuite on assiste aux étapes de la mise en place du coup proprement dit, ce qui permet de mettre en scènes les compétences techniques du groupe. Plus intéressant est sans doute la fuite à travers la Cordillère des Andes, ça ressemble à un western, plus précisément au très bon film d’Henry Hathaway, Garden of evil. La bataille dans la montagne où Tom y laissera la vie, se passe avec des ennemis invisibles, comme les indiens dans les westerns de l’ancien temps, ils n’ont pas de véritables visages. Ils restent anonymement soudés à la dureté physique de l’espace traversé. D’ailleurs de ces autochtones on ne sait pas qui ils sont, même Yovanna qui est sensée être l’amante et l’indic de Pepe, ne montre pas grand-chose de ce qu’elle est. 

    Triple frontière, Triple frontier, J.C. Chandor, 2019 

    Tom est mort, il faudra ramener le corps 

    C’est un casting haut de gamme autour duquel le film est construit. Tom est interprété très mollement par Ben Affleck, et d’ailleurs pour le punir de cette mollesse, le réalisateur le fait apparaître tardivement, mais il le fait disparaître très tôt également. C’est Oscar Isaac, dans le rôle de Pepe, qui occupe l’écran du début jusqu’à la fin. Cet acteur de petite taille ressemble un peu à Charles Denner, il a toujours ce côté sombre en lui qui lui tient lieu de jeu. Mais comme ce sont des rôles très physiques, les grimaces n’ont que très peu d’importance. On retrouve Charlie Hunnam que certains voudraient nous faire passer pour une réincarnation de Steve McQueen dont il a repris de façon catastrophique le rôle dans la nouvelle mouture de Papillon. Mais malgré un physique athlétique, il reste assez mou. On remarquera que des rôles féminins il n’y en a guère. Adria Arjona dans le rôle d’Yovanna a du mal à exister. C’est donc un film d’hommes, mais plus précisément de 5 hommes qui n’existent que parce qu’ils coopèrent entre eux.  

    Triple frontière, Triple frontier, J.C. Chandor, 2019

    Les quatre survivants ont abandonné leur butin 

    Dire que c’est un film décevant, comme l’a fait la critique, est erroné, qu’attendre en effet de J.C. Chandor ? Mais comme je l’ai dit en commençant cette chronique, c’est plus dans ce que ce film révèle des obsessions de l’Amérique que dans l’histoire elle-même, ou les intentions du réalisateur que se trouve l’intérêt. Il y a une vision crépusculaire de la puissance des Etats-Unis qui traverse l’ensemble et qui lui donne un caractère finalement très noir. Pour le reste, on pourra se contenter de quelques scènes d’action bien menées.



    [1] http://alexandreclement.eklablog.com/the-ballad-of-buster-scruggs-joel-ethan-coen-2018-a151006964

    [2] http://alexandreclement.eklablog.com/sicario-denis-villeneuve-2015-a119674594

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  •  The mule, Clint Eastwood, 2018

    Les Etats-Unis, et notamment Trump, sont obsédés pour ne pas dire plus par les rapports qu’ils peuvent avoir avec les latinos, et notamment ceux qui s’occupent de transporter de la drogue, faire un mur semble de prime abord que cela préserverait la pureté d’un modèle pourtant déjà bien décomposé. Evidemment ce n’est pas la première fois que Clint Eastwood se trouve confronté à des minorités ethniques qui foutent le bordel, c’était déjà le cas dans Gran Torino. Dans ce dernier film, Eastwood, il incarnait déjà un vétéran de la Guerre de Corée qui semble pour Eastwood de bons soldats méritant le respect, il était confronté à des Vietnamiens, certes il y avait de bons Vietnamiens, que le personnage d’Eastwood aidait généreusement, ces bons Vietnamiens avaient appuyé les bons Américains durant la guerre du Vietnam, mais surtout de très mauvais Vietnamiens qui créaient des gangs pour racketter le pays. Le film est sensé s’inspirer d’une histoire vraie, celle de Leo Sharp, donc un vétéran de la Guerre de Corée qui passait encore de la drogue pour un cartel à l’âge de 90 ans ! Le scénario est dû à Nick Schenk qui avait déjà écrit Gran Torino pour Eastwood. On va donc retrouver de nombreux points communs à ces deux films, aussi bien dans le déroulé de l’histoire que dans le portrait du caractère du vieil homme. 

    The mule, Clint Eastwood, 2018 

    Leo Sharp un vétéran qui est mort en prison en 2016 

    Earl Stone est un personnage farfelu qui adore cultiver des fleurs et qui gagne des concours où il présente ses productions. Il vit seul, séparé de sa famille. Mais n’ayant guère le souci de l’argent, il va se trouver face à des problèmes financiers. Sa maison est saisie. Il doit déménager. C’est l’occasion pour lui de se rapprocher de sa famille chez laquelle il débarque le jour des fiançailles de sa petite fille. Mais il se fait rabrouer lorsque sa femme et sa fille se rendent compte qu’il est venu parce qu’il ne savait pas où aller. Cette situation singulière alerte un jeune Mexicain qui trainait dans le coin et qui lui dit que s’il aime rouler, il peut lui trouver du travail. Le gang est intéressé par ce vieux bonhomme parce qu’il a un casier vierge et qu’il passe inaperçu. Il va donc commencer à faire des allers-retours. Cela va lui permettre de changer son vieux pick-up pour un plus puissant et flambant neuf. Peu à peu il apprend à utiliser cet argent qui semble lui tomber du ciel. Il rachète sa maison, il donne de l’argent au club des vétérans pour qu’ils le reconstruisent, il va faire aussi des cadeaux à sa petite fille qui a réussi ses examens. Mais la police de Chicago traque le gang qui emploie Earl et voudrait bien faire un gros coup pour améliorer ses statistiques. L’agent de la DEA Colin Bates va dénicher un dealer sur qui il peut exercer un chantage et tenter de remonter la filière des livraisons de dope sur la ville. Pendant ce temps Earl continue à faire ses allers-retours, et il est amené à rencontrer le chef du gang au Mexique, le débonnaire Laton, qui le prend en sympathie et lui offre au passage quelques filles. Mais les choses vont se déglinguer : d’abord parce que Colin Bates commence à avoir des informations sur son trafic, et d’ailleurs il croisera une première fois Earl au moment même où il se trompe de chambre et arrête un tout petit dealer. Mais Laton est tué par son lieutenant et celui-ci va se montrer de plus en plus brutal avec Earl. En outre la femme d’Earl meurt, et il interrompt sa livraison de coke pour aller la revoir, puis assister à son enterrement, ce qui lui permettra de se réconcilier avec sa fille. Les Mexicains sont furieux et menacent de le tuer. Mais les flics sont sur le coup et arrête Earl qui sera jugé et comme il plaidera coupable, au lieu de se trouver l’excuse de son grand âge, il finira ses jours dans un pénitencier où il cultivera ses fleurs.

    The mule, Clint Eastwood, 2018 

    Grâce à l’argent de la drogue Earl peut payer la réfection du local des vétérans

    Outre que la description des mœurs des uns et des autres relève de la fantaisie, notamment le fonctionnement du camp retranché de Laton, c’est un film parfaitement réactionnaire. Certes c’est habituel chez Eastwood, mais ici le message est grossier, il nous engage à reconstruire les valeurs de la famille traditionnelle, il nous enjoint de défendre l’Amérique vieillissante et naïve face aux hordes barbares qui viennent du Sud – voyez le mur – et qui la menace de destruction en la pervertissant aussi bien par l’argent que par la drogue. Comprendre les intentions d’Eastwood c’est comprendre les trumpistes. C’est donc un film trumpiste propre à justifier la construction du mur. Hollywood a toujours eu un problème avec le Mexique, tantôt représenté comme de gentils sous-développés qui se contentent de peu, tantôt comme des révolutionnaires sanguinaires, mais aussi comme des bandits cruels qui ne respectent rien, et encore moins la propriété privée. Earl, incarné par Eastwood, est la représentation des valeurs traditionnelles. Certes c’est un cabochard, voire même un jouisseur, mais au fond il aime l’Amérique et sa famille. Il est tellement traditionnaliste, qu’il ne pourra pas s’empêcher de faire des remarques désobligeantes à un couple de noirs qu’il appelle « négros ». Le message subliminal est que les noirs feraient bien de rester à leur place, eux qui ne savent même pas changer une roue de voiture. Cet épisode encore plus caricatural que le reste est le tournant : face à ces noirs qui ne savent rien, Earl représente l’expérience du vétéran de la guerre, celui qui a sauvé l’Amérique – quoi, on ne le saura pas, mais il l’a sauvé et c’est bien là le principal. Les Mexicains ne sont guère meilleurs, habiles et cruels, ils n’ont d’empathie pour personne et ne pensent qu’à s’enrichir sur le dos de ceux qui travaillent dur. En s’opposant à Earl, ils représentent la force brute face à la ruse et la subtilité du vétéran qui en a vu d’autres. Tout cela se voit à l’écran, et il est assez curieux qu’en France la presse de gauche, et surtout la critique cinématographique, prompte à relever chaque fois qu’elle le peut des tendances fascisantes ici ou là, n’arrive pas à voir ce que Clint Eastwood entend dire. Il n’a pourtant jamais caché ce qu’il était, un partisan de la restauration des valeurs américaines, même si celles-ci relèvent plus du fantasme que de la réalité. Remarquez que l’opposition entre le Mexique représenté par le cartel et l’Amérique représentée par Earl, se focalise sur la culture : Earl est un poète qui cultive des iris pour leur beauté, Laton fait cultiver de la coca, fleur vénéneuse, destinée à détruire la belle jeunesse américaine, air connu depuis disons soixante dix ans.   

    The mule, Clint Eastwood, 2018 

    Earl assiste à l’arrestation d’un dealer 

    Cette passion des valeurs anciennes, mais pas si anciennes que ça au fond, se traduisent par l’écoute de la musique folklorique américaine, ou encore par la passion que Earl manifeste pour les véhicules automobiles – comme dans Gran Torino l’automobile est l’aboutissement de la civilisation. Il démontrera qu’il s’y connait en moteur lorsqu’il croisera un groupe de motardes lesbiennes qui sont en panne. Cette scène est également là pour montrer que si les lesbiennes-motardes jouent les émancipées, elles ne le sont pas tellement puisqu’elles ne comprennent rien – de par leur sexe – à ce que c’est qu’un moteur, et ceux qui ne comprennent rien aux véhicules à moteur doivent rester à leur place, on l’a déjà vu avec les noirs. Cependant la promotion des valeurs réactionnaires n’est pas le seul objectif d’Eastwood. Au passage il va dénoncer aussi le gouvernement, notamment par une critique qui se voudrait féroce de la police et de son fonctionnement. Colin Bates, même si son rôle est mineur, représente celui qui voudrait reconstituer l’ordre ancien. Mais le peut-il étant lui aussi en porte à faux avec sa famille, en porte à faux avec sa hiérarchie bureaucratisée ? Le vieux Earl lui donnera des conseils pour mieux réussir dans la vie avec la sagesse du vétéran. La morale finale de cette fable boursoufflée serait évidemment que l’argent ne fait pas le bonheur, et Earl lorsqu’il se retrouve au pénitencier à cultiver des fleurs, retrouve aussi une forme de paix intérieure puisqu’il ne cherche plus de l’argent. Laton, le chef de gang qui a réussi à amasser une fortune grâce à son trafic de drogue, ne profitera pas de cet argent. Passons sur la fin plus que lénifiante, même les critiques américains qui apprécient le cinéma d’Eastwood, l’ont mal supportée, quand Earl dans un élan ultime d’honnêteté se dénonce pour expier ses crimes et payer la dette qu’il pense avoir envers la société.

     The mule, Clint Eastwood, 2018 

    La mort de sa femme le réconciliera avec sa fille 

    Le film dure deux heures, c’est beaucoup trop, la multiplication des livraisons ne fait pas progresser un scénario très paresseux. C’est du Eastwood, donc c’est larmoyant, la scène de la mort de sa femme et celle de la réconciliation d’avec sa fille sont difficiles à digérer. C’est lourd, du début jusqu’à la fin. Un autre déséquilibre provient de l’amoindrissement du personnage de Colin Bates. C’est comme toujours avec Eastwood filmer très platement, les couleurs sont plutôt laides, et les paysages, filmés sans doute depuis un hélicoptère, sont dessinés sans grâce, alors qu’Earl traverse des contrées immenses représentant la grandeur de l’Amérique. Comme c’est un film à la gloire de l’automobile et de l’individualisme qui va avec, on ne verra jamais d’encombrement gênant sur les routes, la circulation reste toujours fluide et le transfert de la drogue ne peut pas prendre de retard. La longueur c’est aussi la multiplication de ces scènes à l’intérieur du pick-up de Earl quand on le voit chanter en permanence des chansons débiles censées représenter la nostalgie d’un âge d’or correspondant à la Guerre de Corée, et si cela saoule les latinos qui le suivent, ça saoule aussi le spectateur. De très nombreuses scènes frisent le ridicule, j’ai déjà parlé de cette scène où sur le lit de mort de sa femme Earl tente de se faire pardonner, c’est la même scène larmoyante que celle qu’on avait vu dans Million dollars baby quand l’entraîneur se demande s’il va ou non débrancher sa boxeuse. La morale de tout ça, est que Hollywood a bien du mal à savoir quoi faire du sujet de la drogue et des latinos qui l’importent. C’est leur préoccupation du moment. Comme on le voit le film d’Eastwood hésite entre le polar, avec la chasse au gang de la drogue, et le film plus classique de l’opposition ethnique qui traverse l’histoire de l’Amérique. Cette hésitation ne pardonne pas.  

    The mule, Clint Eastwood, 2018

    Les trafiquants menacent de le tuer s’il n’obéit pas 

    L’interprétation qui aligne les grands noms, c’est d’abord et presqu’uniquement le monolithique Clint Eastwood. Il est lamentable au physique comme au moral. Il cabotine à mort, se tient tout tordu pour mimer les ravages de l’âge. Certes il a tourné ce film à 88 ans, mais est-ce une raison pour grimacer tout autant les émotions et les étonnements de Earl ? Son jeu est très artificiel, vous me direz que ce n’est pas d’aujourd’hui, mais disons que cela se voit encore plus lorsque le personnage est une caricature. A côté de lui on troue Bradley Cooper qui avait déjà joué pour Clint Eastwood dans American sniper – film qui fut un triomphe au box-office[1] - il est difficile de juger sa prestation, tant son rôle, celui de l’agent Colin Bates, est bref et effacé. Le très bon Laurence Fishburne joue sans se forcer le chef de la police, mais enfin, il ne serait pas là que ce serait la même chose, d’ailleurs est-il là ? Allison Eastwood qui joue la fille d’Earl est la propre fille d’Eastwood. On n’est jamais si bien servi que par soi-même et sa famille. C’est un peu comme si à travers le personnage d’Earl, Eastwood retrouvait lui aussi sa fille. Mais il est vrai qu’elle tire assez bien son épingle du jeu. Il y a aussi Andy Garcia, méconnaissable, dans le rôle du débonnaire Laton, qui est venu faire une pige, et qui tient assez bien son rang. Pour le reste les méchants Mexicains roulent de gros yeux et montrent leurs dents blanches pour montrer que ça va barder si on n’exécute pas leurs ordres. 

    The mule, Clint Eastwood, 2018 

    Earl s’est fait frapper pour ses retards

    L’ensemble se révèle fort décevant, même pour les amateurs de Clint Eastwood qui, comme Michel Ciment, ne sont généralement pas bien difficiles. Le seul intérêt sans doute de la filmographie d’Eastwood, et ce qui explique son succès planétaire, c’est cette présentation inquiète de ce qu’est devenue l’Amérique qui ne cesse de sombrer moralement et culturellement. Celle-ci ne représente même plus un possible devenir pour tous ces pays qui l’admiraient tant plu pour ses fantasmes que pour ce qu’elle était vraiment. C’est une assemblée de momies au bord de la tombe.  

     The mule, Clint Eastwood, 2018

     Il finira au pénitencier pour cultiver des fleurs



    [1] http://alexandreclement.eklablog.com/american-sniper-clint-eastwood-2015-a114844494

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  •  Le rouge est mis, Gilles Grangier, 1957

    Quand Le rouge est mis se monte, les films de voyous sont très à la mode. Gabin en a déjà fait plusieurs, certains n’ont pas très bien marchés comme Miroir, et d’autres ont vraiment fait de grosses recettes comme Touchez pas au grisbi. Par ailleurs Du rififi chez les hommes a été aussi un gros succès, alors qu’il n’a été tourné sans vedette de premier plan. Mais le film est basé sur un roman d’Auguste Le Breton. Ce dernier a investi la série noire avec trois romans qui font un carton, dont Le rouge est mis. Mais Auguste Le Breton ne va pas rester à la série noire, il s’estime mal payé, et surtout il ne supporte pas de se trouver en concurrence avec Albert Simonin qu’il déteste cordialement. Est-ce que Le Breton déteste Simonin pour ses activités dans la collaboration et son antisémitisme notoire ? Cette inimitié sera en tous les cas à l’origine d’un conflit plutôt violent avec Marcel Duhamel. Gabin qui a tourné Touchez pas au grisbi d’après un roman de Simonin, aime bien les auteurs voyous, sans doute pour l’usage qu’ils font de la langue argotique. Simonin, Le Breton ou Giovanni utilisent cette langue qu’ils font revivre en la faisant accéder aux librairies. Des trois auteurs que je viens de citer, c’est Le Breton qui maitrise le mieux cette langue. Il écrira un dictionnaire d’argot, Langue verte et noirs desseins[1], ouvrage qui s’est inspiré d’Albert Simonin qui publia Le petit Simonin illustré[2]. Alphonse Boudard à son tour donnera aussi l’excellent L’argot sans peine, ou la méthode à Mimile qui est un solide remède contre la morosité[3]. Tous ces auteurs ont un passé de délinquance plus ou moins important, Boudard, Giovanni et Simonin ont fait de la prison, et Le Breton, orphelin très tôt vient de la rue littéralement après s’être échappé de l’orphelinat. Gabin aimait bien Le Breton qui faisait peur à beaucoup de monde et qui avait un caractère des plus difficiles. Il tournera avec lui, en dehors de Le rouge est mis, Razzia sur la chnouf, du Rififi à Paname et Le clan des siciliens. Evidemment Le Breton admirait, comme tous les voyous de cette époque Jean Gabin. C’est donc tout un univers singulier qui est mis en scène dans ce film. Et d’ailleurs on se demande si l’intrigue a vraiment intéressé Gilles Grangier, il semble s’être plus intéressé à un univers qu’à une histoire ou à des caractères. L’adaptation pour laquelle on retrouvera Michel Audiard, a été faite par Auguste Le Breton lui-même qui signe aussi les dialogue. Le film est assez conforme au roman, sauf que celui-ci est un peu plus violent et un peu moins moralisateur, Pepito plus cruel aussi.  

    Le rouge est mis, Gilles Grangier, 1957

    Louis Bertain, dit Louis le blond, est propriétaire d’un garage, mais il a une seconde vie : il braque les encaisseurs avec son équipe qui comprend Pepito le gitan, Fredo le peureux et Raymond. Ils sont tous les quatre assez proches et aiment banqueter ensemble dans des établissements amis. Le frère de Louis, Pierre, qui est interdit de séjour, va cependant se faire arrêter par la police alors qu’il vient de passer la nuit avec sa maitresse, la belle Hélène. Les flics lui proposent donc de balancer en échange d’un condé qui lui permettrait d’aller et de venir à sa guise. Mais il ne dit rien, du reste il ne sait rien, et retourne en prison. Hélène cependant est une fille un peu légère qui fréquente d’autres hommes. Louis va la mettre au pas lorsqu’il s’aperçoit qu’elle serait prête à se jeter dans ses bras. Il lui interdit de revoir son frère. Quand celui-ci sort de cabane, il va reprendre sa place dans le garage de son frère. Mais Louis a besoin de fric. Il va monter une autre attaque d’encaisseurs sur la route de Dourdan. Pierre a surpris la conversation entre Pepito et Louis. Mais ça tourne plutôt mal, Pepito tue les deux convoyeurs de fonds. Ils sont poursuivis par des motards qu’il faut abattre également. Raymond est mort, il faut aussi se débarrasser du corps. Toute cette violence va ébranler Frédo le maillon faible de l’équipe. C’est lui qui va les balancer. Mais Pepito croit que c’est Pierre, et il va partir à sa recherche pour lui faire la peau. Louisa été arrêté, mais il s’évade et traverse tout Paris pour tenter de stopper l’impulsif Pepito. Il y arrivera, mais y laissera sa peau après qu’il ait abattu le gitan. 

    Le rouge est mis, Gilles Grangier, 1957 

    Le gang attaque des encaisseurs 

    Plusieurs schémas s’entrecroisent. D’abord celui du bourgeois qui mène une double vie, c’est déjà vu dans Miroir, ou encore dans le méconnu Leur dernière nuit. Mais n’est-ce pas la personnalité même de Gabin qui offre ce désir de dédoublement ? En effet, venant d’un milieu prolétarien, il n’aura jamais assumé son statut de vedette très riche, manifestant toujours de la tendresse pour les petites gens qu’ils soient des travailleurs ou des voyous. Cette figure ambiguë du bandit arrivé mais qui cherche toujours le mauvais coup, traverse toute l’œuvre de Gabin. Il est à la fois celui qui transgresse l’ordre bourgeois, et celui qui le remet à sa place. C’est comme ça d’ailleurs qu’il faut voir la succession des adaptations de Simenon qu’il a tournées : un coup il est une sorte de paumé, de criminel, livré à ses passions premières, un coup il est le policier Maigret. Dans Razzia sur la chnouf adapté du même Auguste Le Breton, il est à la fois le trafiquant de drogue et le policier qui démantèle le réseau. Sous ses airs solides et carrés, il est toujours dans l’entre-deux. La récurrence de ce thème dans sa filmographie ne peut pas être un hasard, il n’était pas du genre à tourner des films dont il n’appréciait pas le principe. Cette ambiguïté est le fil conducteur qui relie le Gabin d’avant-guerre à celui d’après la Libération.

    Le rouge est mis, Gilles Grangier, 1957 

    Fredo commence à avoir peur 

    On retrouvera donc des formes déjà vues, le truand arrivé, en pyjama comme souvent. Je crois que Gabin est l’acteur qui a le plus porté le pyjama à l’écran ! L’amitié des truands autour d’un bon repas, les appuis dans le milieu et bien sûr les maillons faibles. Les maillons faibles il y en a plusieurs, et tous sont en rapport avec les liens familiaux. D’abord c’est Pierre qui a la tentation de trahir et qui se laisse manipulé par la passion sexuelle qu’il entretient pour Hélène. Mais c’est aussi Fredo qui appartient à la grande famille du milieu. C’est presqu’une figure imposée que de traiter de ceux qui dans le milieu trahissent, avec les lamentations qui vont avec sur le temps qui passe et le milieu qui n’est plus ce qu’il était. Certains pensent que de mettre en scène la trahison parmi les truands c’est pour montrer qu’au fond ceux-ci ne sont pas fiables, soit par lâcheté, soit par cupidité. Mais en vérité, au moins pour Auguste Le Breton et José Giovanni, s’il y a trahison, c’est bien parce que ce principe de la solidarité entre truands existe, s’il n’existait pas on ne le trahirait pas. Les femmes ne sont guère fiables, Hélène en est l’exemple même. Et d’ailleurs Louis ne vit pas avec une femme, il vit avec sa mère ! On comprend qu’il tient sa vie sexuelle à l’écart de ce qui est important, sa famille, le pognon et ses amis. Mais derrière ces portraits, il y a aussi la police qui donne la chasse à ce gang violent. Cette police est déjà assez moderne puisqu’elle considère que la fin justifie les moyens, et elle n’hésite pas à mentir et à exercer un chantage pas très honorable sur le fragile Pierre. 

    Le rouge est mis, Gilles Grangier, 1957 

    Pierre est arrêté alors qu’il sort de chez Hélène 

    La façon dont est traité le scénario va décider du rythme du film. On voit bien qu’ici on a plutôt exploré un milieu qu’aborder le genre du côté de l’action. Et pourtant, ce sont les scènes d’action qui sont les plus réussies. La fin, que ce soit la seconde attaque des encaisseurs, l’évasion de Louis ou encore la course de vitesse pour rattraper Pepito, est tout à fait réussie. Elles auraient pu être un peu plus étirées, notamment en ce qui concerne la préparation de l’attaque à main armée. Au contraire, Grangier s’étend sur la liaison entre Pierre et Hélène, sans toutefois jusqu’à aller au bout de l’analyse entre une » sorte de benêt et une grue. Il y a deux tentatives pour ensuite explorer le milieu : d’abord replonger Pepito dans le milieu gitan, voué à la misère, ensuite la description des relations d’entraide qui se nouent autour de Louis. Les décors naturels sont plutôt bien choisis, comme souvent chez Grangier, surtout quand c’est Jacques Deray l’assistant, mais l’ensemble reste trop collé aux normes des studios de l’époque. On sait que Gabin n’aimait pas trop s’éloigner des studios et de ses exigences de tournage. Quelques scènes restent emblématiques du film noir, les jeux de miroir, le rôle des escaliers du côté de chez Hélène. Le flingage des motards qui donnent la chasse au gang, semble avoir été une source d’inspiration pour le Melville du Deuxième souffle, comme sans doute l’interrogatoire de Louis par la police.

    Le rouge est mis, Gilles Grangier, 1957 

    Raymond est mort, il faut se débarrasser du cadavre 

    La distribution est excellente, construite autour de la personne de Gabin dont on ne peut pas commenter la performance, étant donné qu’il reste toujours égal à lui-même. On retrouve ici un certain nombre d’habitués du cinéma de Gilles Grangier de cette époque-là, à commencer par Marcel Bozzuffi toujours très juste, puis Albert Dinan encore dans le rôle d’un flic aussi retors que besogneux, et Paul Frankeur dans le rôle de Frédo qui vend le reste de la bande, effrayé qu’il est de voir le gang tourné à la virée sanglante. Gabin voulait également Lino Ventura avec qui il avait déjà tourné Touchez pas au grisbi et Razzia sur la chnouf, ça tombait bien parce que celui-ci avait déjà tourné pour Grangier dans Trois jours à vivre. Bien que son rôle ne soit pas encore très étoffé, il a une présence très forte dans le rôle du nerveux Pepito le gitan. Il lui faudra attendre encore deux ans avant de devenir un grand premier rôle avec Classe tout risques de Claude Sautet. Annie Girardot est la légère Hélène, avec aplomb et beaucoup de sûreté dans son jeu. Elle avait déjà tourné pour Grangier dans Reproduction interdite, et elle retrouvera Gabin l’année suivant dans Maigret tend un piège. Jean-Pierre Mocky fait aussi une petite apparition dans le rôle d’un bellâtre qui se fait chasser par Gabin, c’est à peine si on le reconnait. Lucien Raimbourg qui était aussi un autre habitué de chez Grangier, fait une jolie apparition dans le rôle d’un petit voyou qui va aider Louis à s’évader. L’ensemble de cette distribution fait penser à un clan ou à une famille qu’on retrouve à cette époque de film en film au point de finir par les confondre. Bozzuffi, Girardot, Frankeur, Raimbourg, Dinan, Ventura et Gabin sont les acteurs favoris de Grangier à cette époque. 

    Le rouge est mis, Gilles Grangier, 1957 

    Pierre a offert un manteau de fourrure à Hélène 

    Ce n’est pas le meilleur du couple Grangier-Gabin, mais il a suffisamment de qualités, y compris cinématographiques, pour que non seulement on ne s’ennuie pas, mais pour qu’on y retrouve les marques de ce que doit être le film noir à la française. Donc, oui, il a passé assez bien les années. Il y manque peut-être un peu d’émotion, et puis surtout il y a une mauvaise musique qui de temps en temps vient se superposer aux dialogues, ce qui est assez désagréable. Le public suivra, mais sans que ce soit un très fort succès pour Gabin, et la critique ne s’y intéressera pas trop, elle avait à cette époque là d’autres préoccupations.  

    Le rouge est mis, Gilles Grangier, 1957

    Louis a été arrêté sur la dénonciation de Fredo 

    Le rouge est mis, Gilles Grangier, 1957 

    Pepito en veut à mort à Louis et à son frère



    [1] Presses de la Cité, 1960.

    [2] Pierre Amiot, 1957.

    [3] La table ronde, 1970.

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  •  Reproduction interdite, Gilles Grangier, 1957

    Gilles Grangier fait partie de ces auteurs mis à l’index par la police de la pensée de la Nouvelle Vague qui ne le jugeait pas assez artiste, trop commercial. C’était un réalisateur à succès qui a beaucoup tourné avec Jean Gabin – une douzaine de films – et Fernandel – une demi-douzaine. Ces collaborations lui donnèrent l’image d’un tâcheron docile au service de vedettes un peu capricieuses. Mais c’est une approche erronée, ou du moins très insuffisante, de sa carrière[1]. Si nous la regardons depuis notre centre d’intérêt principal qui est le film noir, on va voir qu’il a apporté sa pierre à la production de films noirs à la française. Nous avons déjà parlé de Trois jours à vivre[2], film tout de même assez solide. Mais il y en a bien d’autres, Gas oil par exemple avec Jean Gabin, ou encore La vierge du Rhin, Le désordre et la nuit, toujours avec Jean Gabin. Certains de ses films conserve une bonne image toutefois comme 125 rue Montmartre avec Lino Ventura, ou Le rouge est mis avec Jean Gabin d’après un roman d’Auguste Lebreton paru à la série noire. Formé à l’école du studio, il avait cependant fait assez souvent de belles excursions en extérieur. Il continuera à s’intéresser au film noir jusque pratiquement à la fin de sa carrière de réalisateur de cinéma avec Le cave. Il passera ensuite à la télévision dans les années soixante-dix, son heure en tant que réalisateur à succès avait passé, et puis les acteurs avec qui il avait ses habitudes n’étaient plus là. Ici le point de départ est un ouvrage de Michel Lebrun qui dans un premier temps avait signé du pseudonyme de Michel Lenoir. Michel Lebrun – pseudonyme de Michel Cade – était un auteur très prolifique dont de nombreux romans ont été adaptés au cinéma, et qui fut aussi un scénariste pour des adaptation d’OSS117 ou d’autres héros de film d’action. Il avait obtenu en 1956 le Grand Prix de la Littérature Policière pour Plein feux sur Sylvie, prix prestigieux à l’époque qu’obtiendra l’année suivante Frédéric Dard pour Le bourreau pleure. Longtemps il a été considéré comme une sorte de figure tutélaire du roman noir français. Il est aujourd’hui un peu oublié. Ecrivant beaucoup il avait multiplié les pseudonymes[3]. Bien qu’il ait connu quelques succès, et une vraie reconnaissance critique, il n’arrivera jamais cependant à la notoriété d’un Frédéric Dard, d’un Simenon ou même d’un Léo Malet.

    Reproduction interdite, Gilles Grangier, 1957  

    Kelber est un galeriste en difficulté : sa femme est dépensière, les études de son fils lui coûtent cher. Il rêve d’une bonne affaire. Et celle-ci va se présenter derrière le masque de Jacques Lacroix qui lui propose des tableaux pour un prix dérisoire. Dans ce lot il y aurait un Gauguin. Kelber va plonger la tête la première dans le piège. Le vendeur fait monter les prix : Kelber est obligé de racler les fonds de tiroir pour payer, et d’emprunter aussi au boucher. Bien qu’il ait fait expertiser le tableau, Lacroix va lui en refiler un faux. Lorsqu’il s’en rend compte, Lacroix a mis les bouts. Mais Kelber va le retrouver. Après l’avoir menacé, il va s’associer avec lui et avec un peintre raté Claude qui vit en concubinage avec Viviane. Les trois, ensemble, vont mettre au point une combine avec de faux certificats d’expertise : ils vont vendre plusieurs fois la même reproduction du Gauguin. Kelber peut ainsi se refaire. Il va passer du temps pour expliquer comment Claude doit travailler pour parfaire sa technique de faussaire. Mais Claude culpabilise et boit. L’affaire marche convenablement, Kelber trouve des clients pour les faux Gauguin et finit par rembourser le boucher, acheter une voiture neuve. Kelber et Lacroix ayant peur qu’il parle vont l’assassiner après s’être débrouillés pour avoir un alibi. Mais Viviane a compris qu’ils étaient tous les deux coupables, elle va les dénoncer. Lacroix sera arrêté et Kelber se suicidera.

    Reproduction interdite, Gilles Grangier, 1957 

    Le boucher avancera de l’argent pour acheter des tableaux 

    La trame est l’illustration de la maxime « le crime ne paie pas », et les criminels seront punis. Mais évidemment si on s’en tenait à cela, ce ne serait guère intéressant. Il faut prendre cette histoire comme le portrait d’un homme murissant dont la vie en apparence bien réglée est en train de se défaire. Sa femme l’accable de ses exigences, il tire très peu de satisfaction de son fils, et en plus il se fait rouler dans la farine par un petit escroc. C’est dans ce contexte que paradoxalement il va trouver du réconfort et une nouvelle raison d’exister en s’acoquinant avec celui qui l’a volé. Il va passer du statut de petit commerçant avide de bonnes affaires, à celui de criminel crapuleux. Et cela lui plait assez ! Mais il y a encore autre chose :  Kelber est fasciné par Lacroix. Il est attiré par lui, alors même que celui-ci s’est moqué de lui. Et cette attirance va être le ressort même de son orientation dans le crime. En effet, après s’être renfloué, il ne devrait plus avoir aucune motivation pour continuer ses carambouilles, la seule chose qui peut le pousser dans ce sens est bien de prolonger sa relation avec Lacroix. Curieusement malgré toutes les avanies que Lacroix lui a faites subir, Kelber est prêt à le suivre jusqu’au bout. C’est plus une relation d‘affaire, c’est une vraie relation amoureuse. Et d’ailleurs quand l’affaire tournera au vinaigre et qu’il apprendra que Lacroix a été arrêté, il perdra jusqu’à la motivation de s’échapper et de sauver sa peau. La scène peut-être la plus révélatrice c’est quand Lacroix tient la main de Kelber armé d’un revolver pour assassiner Claude.  

    Reproduction interdite, Gilles Grangier, 1957

    Kelber a retrouvé Lacroix 

    Les autres caractères sont bien moins intéressants. Lacroix n’est qu’un petit escroc sans envergure qui trouve dans Kelber un complice facile à manipuler. Le galeriste va être stimulé par le fait qu’il connait mieux que Lacroix ou même que Claude ce que sont les difficultés de peindre des faux, et là il reprend à ses propres yeux un peu d‘importance. Claude est juste un peintre raté et pleurnichard, à peine bon à se faire dorloter par Viviane. Il n’a aucune envergure, et on se demande bien pourquoi sa maîtresse se préoccupe de ce qu’il devient. La relation entre Claude et Viviane est un peu similaire à celle entre Jeanne et Simon dans Trois jours à vivre. Dans les deux cas, c’est la femme qui est forte et l’homme artiste et faible, faible parce que raté. On voit dans l’inversion des caractères traditionnels de féminité et de virilité, une figure qui s’ébauche : l’artiste est dépouillé de ses attributs masculins qui sont, selon les codes de l’époque, au minimum la prise d’initiative. Et c’est la femme qui le remplace dans ce rôle au pied levé. Viviane va venger Claude. Pourquoi ? L’aimait-elle ? On ne sait pas trop. Mais ce qui est certain c’est qu’on l’a privée de la possibilité de protéger quelqu’un de très faible.

     Reproduction interdite, Gilles Grangier, 1957 

    Le plus difficile est de motiver Claude 

    Le scénario est évidemment un peu paresseux, le coup de l’alibi au cinéma ou de la difficulté d’assassiner quand on n’y est pas habitué est une ficelle un peu usée, les scènes familiales paraissent aussi très répétitives. Cependant la réalisation tient assez bien la route. On appréciera cette façon de mettre en scène un quartier un peu populaire dans lequel le boucher semble le roi : c’était ainsi dans les années cinquante, les bouchers avaient de l’argent et vivaient bien mieux que les autres. Il y a donc dans ce film le charme de ce qu’était la vie dans les années cinquante quand Paris était encore une ville populaire.  Les scènes dans les escaliers ou dans l’atelier d’artiste de Claude sont plutôt réussies, avec une très bonne photo de Jacques Lemare qui retravaillera avec Grangier, mais qui s’était fait une spécialité dans le film policier avec de l’action.

    Reproduction interdite, Gilles Grangier, 1957 

    Lacroix et Kelber ont amené des toiles anciennes à Claude 

    La distribution s’organise autour de Paul Frankeur dans le rôle de Kelber. Il est excellent, mais cet acteur a toujours été très bon, il a toutefois eu rarement l’occasion de tenir des premiers rôles. A l’époque de ce tournage il avait à peine la cinquantaine, mais il avait une silhouette vieillotte qui du reste convenait très bien au rôle. Il fut souvent employé par Gilles Grangier. Michel Auclair, un autre très bon acteur, toujours très juste et constant dans la qualité de ses interprétations, mais trop souvent condamné aux seconds rôles, est Lacroix, le petit escroc sans envergure. Annie Girardot incarne Viviane la maitresse de Claude. Elle allait se spécialiser au fil de sa longue carrière dans ces rôles de femmes fortes et compatissantes, toujours prêtes à venir au secours des pauvres malheureux. Elle retrouvera rapidement Gilles Grangier dans Le rouge est mis. Elle avait cet air prolétaire et la gouaille qui allait si bien aux rôles qu’elle interprétait. Gianni Esposito s’était spécialisé dans des rôles de faibles ou de névrotiques. Ici il était Claude le peintre raté qui se rongeait les sangs sur sa propre nullité. Mais le reste de la distribution était tout aussi intéressant, que ce soit l’excellente Jacqueline Noël dans le rôle de l’épouse Kelber, ou Marcel Bozzuffi dans un petit rôle de comparse. Pour les plus anciens, ils remarqueront la présence de Jacques Moulières qui fut brièvement une star du yéyé sous le nom de Jacky Moulières, mais ici il n’était encore qu’un gamin qui de temps à autre faisait quelque apparition dans un film, généralement pour jouer le garçon un peu insolent, un peu agaçant. 

    Reproduction interdite, Gilles Grangier, 1957 

    Viviane découvre le cadavre de Claude 

    Ce n’est pas un très grand film, il y manque bien trop de choses pour cela. Production à petit budget, il ne s’en regarde pas moins avec plaisir et prouve que le film noir à la française a bel et bien existé. En tous les cas il démontre que Gilles Grangier n’était pas de ces réalisateurs nullissimes que la Nouvelle Vague méprisait. L’absence de charisme des principaux acteurs n’a pas permis au film d’être un très gros succès. Jacques Deray était l’assistant de Gilles Grangier sur ce film et selon lui, c’est bien là qu’il a appris le cinéma ! 

    Reproduction interdite, Gilles Grangier, 1957 

    Kelber comprend que Viviane l’a piégé



    [1] Gilles Grangier, Passé la Loire c'est l'aventure, entretiens avec François Guérif, Losfeld, 1989.

    [2] http://alexandreclement.eklablog.com/trois-jours-a-vivre-gilles-grangier-1957-a127976468

    [3] Alfred Eibel, Michel Lebrun, témoignages, Hors commerce, 2002.

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